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Automne | La piscine

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La série d’interviews Automne reprend. Après une superbe surprise avec Blaise Jourdan, écrivain, proposé par Neil Jomunsi, nous continuons la balade en sérendipité avec l’équipe de La piscine, revue graphique et littéraire, soufflée par Thierry Crouzet.

La piscine ?

La Piscine est née en juillet 2015. C’est une revue graphique et littéraire à lire en diptyque et tête-bêche. Deux côtés, une face A et une face B à retourner comme nos beaux vieux disques vinyles. Se retourner : c’est ce que l’équipe des maitres-nageurs de La Piscine propose. Se retourner et se retrouver au fond des eaux comme à la surface grâce à la littérature et aux arts graphiques qui nous et plaisent à nos lecteurs.

Nous : ce sont quatre personnes autour d’un projet simple et ambitieux. Diffuser la création contemporaine dans une publication épurée mais riche, simple mais intelligente, belle mais exigeante et qui se veut aussi légère que profonde comme un après-midi d’échanges entre amis au bord de l’eau. Nous sommes quatre, Louise, Philippe, Christophe, et Alain, à vouloir transmettre ce qui nous anime : la beauté de la langue et l’excitation de l’iris.

La revue publie tout genre de littérature et d’arts visuels sans restriction ni dictât. De façon non-exhaustive, il y a de la place pour de la poésie contemporaine, de la prose poétique, de la fiction ou de la non-fiction autant que pour les arts graphiques au sens large (dessins, photographies, gravures, BD, street-art, etc.) Nous nous réservons le droit de ne publier que ce que nous trouvons cohérent dans un ensemble. Il se peut donc qu’un ou plusieurs genres mentionnés plus haut ne soient pas inclus dans tel ou tel numéro.

La Piscine est ouverte. Les auteurs et artistes peuvent y venir quand ils le souhaitent nous proposer des textes, des œuvres et répondre aux appels à contributions. La Piscine existe pour faire connaître ces créateurs-là qui n’ont pas nécessairement la visibilité qu’ils méritent.

Les maitres nageurs ?

Alain Mouton (Photographe-plasticien )
Christophe Sanchez (Auteur )
Louise Imagine (Propriétaire de la Cyprière où se situe La Piscine, auteur, membre du comité éditorial de Publie.net, Photographe
Philippe Castelneau (Libraire, auteur, photographe)

A quoi reconnait-on un lieu sans âme ?

Ces lieux sont partout en définitive : tours d’immeubles, bureaux dits « open spaces », centres d’appels, parkings de supermarché, zones industrielles, usines désaffectées, salles d’attente, cabinets médicaux, halls d’accueil, maisons abandonnées, rues, lotissements en construction, jardins publics, aires d’autoroute, chantiers en cours : lieux transitoires et fonctionnels, mais aussi lieux d’errance.
Le but dans notre numéro sur « l’âme des lieux sans âme » fut donc de présenter le regard des auteurs, photographes et artistes sur ces lieux. De démontrer que lorsque le quotidien s’enraille, pour qui sait regarder, les murs cachent d’autres murs, invisibles au premier coup d’œil. Que derrière le banal se dissimulent la magie et le mystère. La vraie vie.

Une influence ou une référence à la base du plongeon ?

Nos influences sont diverses mais nous nous sommes trouvés sur un point de ralliement précis. Faire découvrir les auteurs et artistes que nous côtoyons tous les jours, sur le web ou ailleurs, donner la parole à ce qui est en train de se créer, une parole littéraire et artistique contemporaine.

Vous lancez une revue papier sans version numérique. Pourquoi ?

Nous œuvrons tous les quatre dans le numérique. Certains ont même publié dans ce format. Nous n’excluons pas plus tard de présenter une version numérique mais dans un premier temps, nous souhaitions, outre tout ce qui est dit plus haut, présenter un bel objet de qualité. Une revue qui s’approche d’une revue d’art avec une exigence de qualité (couverture sur offset 250g/m², pages intérieures offset 120g/m², dos carré cousu).

Votre ambition pour la suite de La Piscine ?

Des centaines de numéros ! Mais aussi diversifier nos publications au sein de l’association La Cyprière, éditrice de la revue. Organiser des expositions autour de La Piscine, des événements, des lectures, des dédicaces etc.… Et également, dans un avenir proche, devenir une véritable maison d’édition de littérature et d’arts graphiques en gardant cette exigence de qualité dans la confection de nos ouvrages.

Jacques Brel a dit « Le talent c’est d’avoir envie de faire des choses, le reste c’est de la sueur ». Un avis ?

Philippe : Disons que si l’on veut progresser dans quelque chose, il faut du travail, de la rigueur, de l’engagement et une bonne dose d’abnégation.
Alain : Et comme dit si bien Jean-Claude Van Damme “Le talent, ça se travaille, mais ça ne se perd pas.”
Louise : Je dirais que notre souhait de partager, d’échanger, de donner à connaître et ressentir donne des ailes ! Quand nous recevons de si belles contributions, il est impossible de ne pas avoir envie de les défendre et de les diffuser !

Une publication ou un livre inconnu* à nous faire découvrir ?

Christophe : Ce n’est pas inconnu, loin de là, mais peut-être aujourd’hui un peu oublié : Les autonautes de la cosmoroute de Julio Cortázar et Carol Dunlop, 1983, Collection du monde entier, nrf/Gallimard
Louise : Là aussi, loin d’être inconnu, mais son écriture – forte et poétique – est peut-être moins sous les projecteurs actuellement : Le Dit de la Terre Plate de Tanith Lee, pour les amateurs du genre (je préviens c’est de la Dark Fantasy).
Philippe : Daily Fiction d’Albéric d’Hardivilliers et Matthieu Raffard aux éditions Ateliers INS. D’Hardivilliers imagine de courtes fictions, une page, parfois deux, à partir des photos de Raffard, prises à Brooklyn, Paris ou Odessa. Un très beau livre.
Alain : Entretien avec Fabienne Verdier – Charles Juliet aux éditions Albin Michel

Un.e auteur.e inconnu.e à nous faire découvrir ?

Pour rebondir sur le propos de Thierry, il faudrait effectivement dire « auteur méconnu » plutôt qu’inconnu, ce serait plus juste. Quatre noms, puisque nous sommes quatre :
– Christophe : Dominique Boudou
– Louise : la philosophe Isabelle Pariente Butterlin
– Philippe : le poète Emmanuel Laugier
– Alain : les auteur(e)s que nous publions dans la revue (ceux pour qui c’est le premier « plongeon »)

Une question qu’on ne vous jamais posée ?

Celle-ci !

Le volume 2 de La Piscine sera à base de coïncidence, ça tombe bien, cette série d’interviews repose sur la sérendipité. Thierry Crouzet a proposé votre revue. Alors après, j’interviewe qui ? Vous pouvez mettre deux ou trois personnes (ou plus si le cœur vous en dit).

Roxane Lecomte
Le collectif L’air Nu
Philippe Aigrain
Sabine Huynh

* comme le fait remarquer Thierry Crouzet, si vous connaissez ce n’est pas totalement inconnu mais vous voyez l’esprit

Olive, le serveur de « Une tarte dans la gueule »

Nom

Olivier Pécherot, dit Olive.

Description

Olive est un serveur Parisien, la trentaine, marié à Sylvie, père d’un petit Clément. Un jour, un client lui met une tarte dans la gueule, à 10h00 du matin. Olive y voit un signe du destin, plaque son taf et se met en quête de liberté. Mais Olive n’est pas très futé, manque de recul, il fonce tant qu’il peut en espérant qu’il n’y aura pas de mur sur le chemin. Ah, et il picole beaucoup. Beaucoup trop.

Lieu

Paris et plus particulièrement Belleville.

La phrase choc

Le comptoir, c’est un vicieux ; il te soutient alors t’as pas l’impression de tomber. Mais quand ta gueule touche le sol, lui, il est à la même place et le sang, la sueur et la honte restent les tiens.

Fait d’arme

Il monte un bar restaurant avec ses potes, ses potes alcooliques.

Apparition(s)

Héros de « Une tarte dans la gueule » mon premier roman noir. Il fait également une apparition discutable dans « La Greffe« , une nouvelle du premier recueil des Nouvelles Noires pour se Rire du Désespoir, « Le goût de la vie« .

CouvertureTarteDansLaGueulePetitSD Nouvelles Noires Volume 1

Automne | Blaise Jourdan

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La série d’interviews Automne se poursuit. Après Mélanie, blogueuse, voici Blaise Jourdan, écrivain, proposé par Neil Jomunsi.

Blaise Jourdan ?

C’est un pseudonyme que je me suis choisi quand j’ai décidé de prendre l’écriture au sérieux. Je voulais garder une séparation avec mon activité professionnelle.

Pour te découvrir, tu conseilles quoi ?

Blaise Jourdan marisa

Je conseillerais de lire Marisa, parce que ça synthétise beaucoup de préoccupations personnelles. C’est l’histoire d’un homme qui prend conscience qu’il n’existe pas. Du moins, c’est l’idée que j’avais en tête au départ ; je voulais creuser ce sentiment d’inquiétante étrangeté à la Philip K. Dick.

Mais comme je ne sais jamais de quoi vont parler mes histoires tant que je n’ai pas fini de les écrire, celle-ci est finalement plus large que le concept initial : chacun l’interprète comme il veut, mais je crois que c’est une nouvelle qui parle du rapport entre l’art et la vie, de l’art comme soutien et stimulant de la vie. Il y a une différence entre exister et vivre, et vous savez ce qu’on dit : « beaucoup de gens existent mais peu savent vivre ». La nuance n’est pas facile à saisir, du moins si l’on veut aller au-delà du cliché des adolescents qui accusent leurs parents de ne pas vivre parce qu’ils ne font pas la fête. Mais après avoir écrit Marisa, j’ai compris un peu mieux ce que ça signifiait.

Auto-édité ?

Oui, auto-édité parce que je fais des expériences, et que je voudrais créer une sorte de repaire sur internet, où tomberaient régulièrement des histoires courtes, assez rythmées et menant toujours quelque part. Ma vie personnelle ne m’a pas laissé beaucoup de place pour m’organiser ces derniers mois, mais ça devrait bientôt se calmer. D’ici la fin de l’année, je compte commencer à publier un feuilleton, et j’ai l’intention de frapper fort.

Ta nouvelle « Les dernières cendres » est uniquement disponible sur Amazon. C’est gênant ou pas ?

Je ne sais pas. Disons qu’il y a au moins un avantage pratique à publier sur Amazon, c’est qu’il suffit d’un clic au lecteur pour que le texte soit envoyé sur sa liseuse. Sur mon site, à moins de lire les nouvelles dans le navigateur, il faut télécharger les fichiers et se les envoyer par mail ou les transférer par USB.

D’autre part, « Les dernières cendres » est payante parce qu’elle est un peu plus longue que les nouvelles du site. D’autres devraient arriver bientôt.

J’ai lu ta nouvelle « Métamorphoses », tu peux en parler un peu ?

Blaise Jourdan metamorphoses

C’est l’histoire d’une bande de potes qui se réveillent à demi transformés en sangliers après une grosse cuite. C’est une idée qui m’est venue un matin de gueule de bois, et à laquelle je voulais donner une tournure un peu méchante, drôle et vulgaire, grand-guignol aussi, à la manière des Contes de la crypte. J’adore cet univers, cette espèce de cruauté rigolarde, avec des personnages qui sont souvent des pauvres cons, des gens mesquins, complexés, confrontés à des situations épouvantables qui les punissent par où ils ont péché. Je suis souvent tenté d’y retourner, j’y prends beaucoup de plaisir.

Finalement, pour Métamorphoses, je n’ai pas pu m’empêcher d’y mettre aussi un peu de tendresse, parce que ces gros lourds d’étudiants, qui parlent des filles entre eux comme des cadors mais deviennent tous penauds quand il faut assumer, je les ai connus et j’en ai fait partie.

Le roman et le lecteur de roman vont disparaitre pense Philip Roth. Un avis ?

J’avais lu son interview : « je peux vous garantir que dans trente ans, il y aura en Amérique autant de lecteurs de vraie littérature qu’il y a aujourd’hui de lecteurs de poésie en latin ». C’est radical mais justement, c’est intéressant d’essayer de comprendre pourquoi il dit ça.

Et je vois notamment une raison, c’est qu’on oublie aujourd’hui ce que la littérature a de spécifique en tant que culture. Si Roth parle de « vraie littérature », c’est sans doute par opposition à cette tendance moderne à considérer la littérature comme du cinéma écrit : la seule valeur du roman, ce serait l’histoire ou le message qu’il rapporte. C’est vrai mais ce n’est pas suffisant, car il y a certaines composantes culturelles qui n’appartiennent qu’à la littérature : on n’est pas éduqué de la même façon par la littérature et par le cinéma, un peu comme on n’est pas éduqué de la même façon en terres chrétiennes et en terres bouddhistes.

En plus de l’histoire, la littérature c’est aussi le silence, les mondes intérieurs, l’introspection, le dialogue avec l’auteur… Mais plus profondément encore, c’est une façon d’interpréter le monde à travers des codes narratifs qui n’ont aucun rapport avec ceux de l’image : par exemple, le fait de structurer un récit en paragraphes, chacun introduisant et développant une nouvelle idée ; ça n’a l’air de rien parce qu’on n’y pense jamais, mais ça structure l’intellect, ça éduque la pensée dans une certaine direction. Une civilisation de grands lecteurs ne peut pas ressembler à une civilisation de grands cinéphiles, même si les deux ont une passion pour les histoires ; l’une est dressée pour les mots et les phrases, l’autre pour la composition et le montage. Ils ne voient pas le monde de la même façon, et ils ne vivront sans doute pas de la même façon.

Or l’une des particularités de l’Occident moderne, c’est la culture du roman. Dans Notre Dame de Paris, quand Victor Hugo écrit que l’imprimerie tuera l’architecture, c’est lié : l’esprit critique occidental est né de l’exploration du monde par la littérature, et peut-être pourrait-on même dire par le roman. Et c’est l’imprimerie, en disséminant l’esprit romanesque, qui a éduqué les peuples européens dans une certaine direction, leur a appris à penser d’une certaine façon, et les a conduits jusqu’à la mort de Dieu.

Mais, pour mille raisons (dont, sans doute, l’attrait des écrans, mais on pourrait se demander si la littérature ne contenait pas en elle-même son propre poison), l’époque contemporaine se détache des livres : elle ne leur trouve plus d’intérêt que comme vecteurs d’histoires. Je maintiens que l’histoire est cruciale, mais nous passons nos vies à raconter des histoires, sans arrêt : si la littérature a une valeur, c’est parce qu’elle est une manière particulière de le faire. Alors la « vraie littérature » c’est celle qui tire profit des spécificités littéraires pour explorer un certain rapport au monde : pour caricaturer, un mauvais roman ne vous apprend rien d’autre que les événements de l’histoire qu’il raconte, il vous divertit ; un grand roman vous éduque.

Je pense que c’est de ce lien des individus à l’esprit littéraire dont parle Roth. Sans doute que dans 30 ans, les peuples occidentaux seront plus éduqués par les vidéos que par la littérature. La suite de notre destin sera structurée par l’image plus que par le texte.

Est-ce raisonnable, souhaitable de vouloir vivre de ses écrits ?

Raisonnable ou non, ça regarde celui qui a une idée en tête et qui y croit. Mais judicieux, je ne suis pas sûr. Il me semble relativement évident que l’argent se trouve aujourd’hui dans le cinéma, dans la télé, dans les chaînes YouTube, mais de moins en moins dans les livres (à l’exception de quelques coups marketing et grands raconteurs d’histoires, comme J.K. Rowling). On peut toujours rêver de vendre les droits d’un roman à un studio de cinéma, mais vivre de ses histoires comme un artisan vit de sa production me paraît irréaliste, surtout en France. Je rejoins en ça le diagnostic de Philip Roth : bien que les plateformes d’autopublication montrent qu’il y a toujours énormément de gens qui écrivent, nous sommes pourtant de moins en moins une civilisation littéraire, une civilisation de mots (on voit d’ailleurs comme beaucoup de ces romans publiés sur Internet sont issus d’une culture visuelle ; ils décrivent des scènes de films). Ca m’ennuie parce que j’adore la littérature, mais après tout c’est mon problème, et j’ai toujours la possibilité de lire beaucoup et d’écrire beaucoup.

De plus en plus de personnes s’éloignent des réseaux sociaux, en disparaissant complètement ou en réduisant leur activité. Et toi ?

Je suis souvent tenté de tout couper. Je supporte à peine Twitter, par exemple. J’y suis souvent, mais il y règne une telle puanteur ressentimentale, une telle hargne, une telle culture de la plainte, du grognement, de l’indignation, que je trouve difficile de ne pas y céder aussi. Rester dans le positif réclame un effort.

Mais enfin, pour l’instant je ne réduis rien du tout. Je n’ai pas de mal à m’en décoller, le week-end ou en vacances, et ça ne manque pas.

Comment découvres-tu de nouveaux livres ?

Par recommandations ou par proximité avec les livres que j’ai aimés.

Un livre inconnu* à nous faire découvrir ?

Kaputt, de Curzio Malaparte. L’auteur était correspondant de guerre sur le front de l’est, pendant la seconde guerre mondiale. Il y rapporte ses souvenirs, qui sont parfois vraiment malsains (en tant que capitaine de l’armée fasciste italienne, il est souvent invité à dîner à la table de dignitaires nazis, et raconte les longues et pénibles conversations mondaines, souvent sans fil conducteur, les politesses, les piques et les blagues, les digressions interminables des Allemands sur leur bien-aimée Kultur, dont ils se gargarisent avant d’emmener tout le monde devant le mur du ghetto juif pour tirer sur des enfants, comme on va au théâtre), parfois hallucinants d’horreur baroque. Le style lui-même devient alors presque fou, les descriptions surchargées pourraient avoir inspiré certaines visions cauchemardesques de films d’horreur contemporains. C’est un livre à part, bizarrement écrit, foisonnant, parfois barbant, parfois traumatisant, assez difficile à lire mais qui vaut la peine.

Un.e auteur.e inconnu.e* à nous faire découvrir ?

Pas vraiment inconnu mais sous le radar médiatique : Philippe Jaenada. Vous pouvez tout lire, mais commencez par Le chameau sauvage. Je l’ai lu à 18 ans, je ne m’en suis jamais remis. C’est formidable, généreux, sincère, joyeux et tragique, et c’est un des très rares livres qui m’ont véritablement fait pleurer de rire au point de devoir interrompre la lecture, tellement je m’y reconnaissais et tellement le style emporte tout sur son passage. Jaenada a vraiment inventé une façon de raconter qui n’appartient qu’à lui, mais qui est en même temps d’une simplicité désarmante. On ne voit pas ça souvent.

Une question qu’on ne t’a jamais posée ?

Quel est le roman que tu aurais aimé avoir écrit, et après lequel tu aurais estimé que plus rien ne pouvait t’arriver ? Je réponds quand même : c’est Ça, de Stephen King. C’est en le lisant que j’ai « senti » pour la première fois ce que c’était que la littérature.

Tu arrêtes quand d’écrire ? (la question qu’on n’a jamais posée à Neil Jomunsi)

Peut-être quand je serai vieux. Il y a un aphorisme de Nietzsche que j’aime beaucoup, dans Humain, trop humain : il suppose qu’on doit ressentir une joie presque maligne à voir son corps vieillir, à sentir ses capacités mentales diminuer, tout en sachant qu’on a mis sa vie dans les livres qu’on a écrits, et qu’on l’a ainsi préservée, en quelque sorte. De notre corps, il ne reste déjà plus que de la cendre ; le feu de la vie a été sauvegardé, et il peut agir sur les lecteurs, se propager dans le temps, déployer ses effets dans le monde, etc. C’est un peu comme si un homme regardait de loin un voleur s’approcher de son coffre-fort, tout en sachant que celui-ci est vide et que l’argent est en sécurité ailleurs. La vieillesse et la mort peuvent venir, elles ne trouveront plus grand chose à emporter.

Toute la question, bien sûr, c’est de savoir comment exprimer le feu de sa vie, le feu de sa jeunesse. Comment lui donner une voix sans le trahir, sans le rapetisser. C’est cet objectif-là qui m’obsède.

C’est Neil Jomunsi qui a indiqué ton nom pour cette série d’interview : un mot sur Neil ?

J’admire son énergie créatrice et le soin qu’il met dans tout ce qu’il fait. C’est toujours beau, toujours généreux, et il ne se moque pas de son public. Je suis de près son actualité, j’ai beaucoup aimé quelques très belles nouvelles du projet Bradbury, et apprécié son roman Kappa 16. En revanche je suis moins client du côté pulp des éditions Walrus, je trouve ça bizarrement anachronique.

Cette série d’interview repose sur la sérendipité. J’interviewe qui après ? Tu peux mettre deux ou trois personnes et une question à ajouter si tu as envie

Tu pourrais interviewer Loïc Dessèbre. C’est quelqu’un qui « cherche », qui se pose des questions, et qui se dit lui-même en cours d’apprentissage du métier d’écrivain. J’aime bien ça. Il y a aussi Saint Epondyle, du blog Cosmo Orbüs, pour les mêmes raisons, et parce que je trouve que c’est quelqu’un de « solide », qui développe une pensée vraiment personnelle, ce qui est très rare.

Et puisque tu parles de sérendipité, voici un menuet de Haendel joué par Anne Queffelec (la soeur de Yann), et un très beau poème d’Edmond Rostand :

Les rois mages

Ils perdirent l’étoile, un soir ; pourquoi perd-on

L’étoile ? Pour l’avoir parfois trop regardée.

Les deux rois blancs, étant des savants de Chaldée,

Tracèrent sur le sol des cercles au bâton.

Ils firent des calculs, grattèrent leur menton,

Mais l’étoile avait fui, comme fuit une idée.

Et ces hommes dont l’âme eût soif d’être guidée

Pleurèrent, en dressant des tentes de coton.

Mais le pauvre Roi noir, méprisé des deux autres,

Se dit « Pensons aux soifs qui ne sont pas les nôtres,

Il faut donner quand même à boire aux animaux. »

Et, tandis qu’il tenait son seau d’eau par son anse,

Dans l’humble rond de ciel où buvaient les chameaux

Il vit l’étoile d’or, qui dansait en silence.

Je suis joie. Cyrano reste ma pièce et mon personnage préférés de tous les temps. Alors voir débarquer Rostand dans cette série d’interviews, si c’est pas de la sérendipité heureuse ça ! Un grand merci à Blaise pour la richesse de ses réponses. La prochaine fois, on retrouvera l’équipe de la Piscine proposée par Thierry Crouzet (que je devais mettre cette semaine mais je suis à la bourre).

55 nouvelles, 5 interviews, 3 romans, 3 recueils, 2 essais, 1 salon, 1 novella. Des chiffres et des lettres.

Hello, petit bilan classique de presque mi-année en chiffres et en lettres : projets, démarchages, nouveautés.

La fête du livre d’Autun

Je suis allé faire un tour sur mon premier salon « La fête du livre d’Autun », un très bon souvenir notamment grâce à une organisation sans faille et des bénévoles d’une gentillesse confondante. La petite vidéo que j’avais tournée sur place est en ligne depuis peu.

3 romans

Quoi 3 romans ? Mais ils sont où ? Eh bien, Une tarte dans la gueule est toujours disponible pour la modique de somme de 2 euros en numérique et 10 euros en papier. Le deuxième roman est enfin parti chez quelques éditeurs triés sur le volet. Retour d’ici 2-3 mois. Et le troisième, un spin off de « Une tarte dans la gueule » sera publié quelque part en 2017, mais je réfléchis encore à la meilleure manière de faire.

Une tarte dans la gueule

Un premier roman noir aux dialogues enlevés.

2 essais

Bon, je parle d’essai pour « Mon collègue est un robot » mais je devrais plutôt parler de roman d’anticipation en fait. C’est plus vendeur et plus proche de la réalité. La suite est écrite et là aussi chez quelques éditeurs mais je me demande si je ne devrais pas en faire une série de chroniques pour des magazines. J’ai le titre que je vous dévoilerai un peu avant la publication – là aussi quelque part en 2017 voire début 2018.

MonCollegueEstUnRobot_T

55 nouvelles

J’ai publié ma 55ieme nouvelle il y a peu : 37 Nouvelles noires pour se rire du désespoir et 18 Refaits divers. J’adore écrire des nouvelles. Je n’imagine pas continuer à écrire sans passer, régulièrement, par la nouvelle. Les refaits divers entament la fin de leur deuxième saison et nous avons lancé un appel à textes et recueilli quelques contributions de qualité. Je commence de mon côté à répondre à des appels à texte également et c’est comme ça que je me suis retrouvé dans un recueil de nouvelles d’auteurs indépendants (ou Autoédités ou autopubliés):

L’indé Panda

Je vous recommande chaudement ce magazine : 12 nouvelles de 12 auteurs dans des styles différents mais avec un niveau d’exigence rassurant. En plus c’est gratos alors que demande le peuple. Et vous pourrez y relire « La dent » qui est un peu mon best seller :-). Sur les 11 autres nouvelles, la plupart valent le détour.

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Un monde meilleur

Le deuxième recueil des « Nouvelles noires pour se rire du désespoir » est sorti et il s’appelle « Un Monde Meilleur« . 20 nouvelles sur le monde qui vient. Entre rire et larmes. 2€ en numérique et 10€ en papier! Le premier volume « Le goût de la vie » est toujours disponible, au même prix.

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1 novella

Quoi? Tu te lances dans les feux de l’amour? Non, une novella c’est un court roman. En fait à la base, c’était un genre littéraire, et depuis quelques années on le voit tourner pour définir un court roman. Je vais soit le sortir cet été en feuilleton, soit en livre à la rentrée. C’est très très con, totalement régressif et ne plaira peut-être pas à grand monde mais j’écris pour me faire plaisir d’abord.

5 interviews

J’ai lancé une série d’interviews autour du livre, de la création, de la sérendipité : « Automne« . Déjà 5 au compteur et beaucoup à venir. Et j’adore, totalement le résultat. Qui commence à bouger puisque l’idée c’est que l’interviewé.e propose la personne à interviewer après.

Et la suite niveau écriture ?

C’est vrai, je ne vous parle que de l’écrit, pas de ce sur quoi j’écris. Et c’est normal parce que annoncer un projet, c’est prendre le risque qu’il ne voit jamais le jour. Sachez quand même que je travaille sur le quatrième roman et que la publication de nouvelles ne va pas s’arrêter de sitôt.

Automne | Mélanie de L’évasion Littéraire

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AutomneInterviewsCrepusculaires_EvasionLitteraire

On continue la série d’interviews Automne. Après Benjamin Fogel, place à Mélanie, blogueuse. 

Mélanie?

Effectivement, je m’appelle Mélanie, sur internet comme dans la vraie vie, j’ai 17 ans, je viens du sud de la France (Toulouse) et je tiens mon blog littéraire par passion pour la lecture mais aussi pour le partage depuis le 13 mai 2015.

L’évasion Littéraire ?

Ce nom est né à la création de mon blog, il me fallait un nom qui ressemblait à ce que je voulais présenter sur celui-ci, il était évident qu’il serait littéraire et le meilleur moyen de décrire les moments de lectures que les petits comme les grands lecteurs apprécient tant était d’en parler comme d’une évasion à travers les pages, faire abstraction de ce qui est réel le temps d’un livre, ou même de plusieurs, « L’évasion Littéraire » m’a alors semblé évident. C’est un nom que je ne regrette pas et que je trouve simple, efficace et reconnaissable.

Tu as lancé « Je lis les auto-édités« , Ils/elles ont besoin de soutien ?

En effet, les auto-édités sont des auteurs qui peinent à faire connaître leurs livres pour la simple et mauvaise raison que les gens ne sont pas ouverts à ce qui n’a pas de succès dans l’immédiat, or il est évident qu’un auteur indépendant n’étant pas rattaché à une grande maison d’édition a plus de mal à connaître ce succès que les lecteurs recherchent, pour ne pas être déçus et ne pas regretter leurs achats. Beaucoup ne veulent que le meilleur, mais c’est justement là qu’ils font une énorme erreur, tous les livres publiés par des maisons d’éditions ne sont pas nécessairement meilleurs que les livres auto-édités, le contraire est également vrai, mais nous pouvons trouver dans les deux de très bons livres. Mais les gens n’osent pas se lancer et les auteurs auto-édités restent dans l’ombre, ce qui est vraiment regrettable car un grand nombre d’entre eux méritent vraiment de connaître le succès qu’ils n’ont malheureusement pas à cause des lecteurs qui ne leur laissent pas leur chance. Ils ont aussi besoin de soutien dans le sens où ils ne sont pas très connus, promouvoir soi-même son livre n’est pas si simple et beaucoup ne connaissent même pas l’existence de l’auto-édition, c’est justement la que nous autres, blogueurs littéraires, pouvons nous rendre utiles!

Livre d’éditeur classique Vs Autoédité.e* ?

Je pense que ce que le livre d’éditeur classique a de plus que le livre auto-édité, c’est simplement un objet livre plus travaillé, puisque les éditions proposent des services d’impression, de maquette (…) alors que l’auteur auto-édité doit s’en charger lui-même et il n’est pas forcément qualifier pour et ne dispose pas forcément du même matériel (etc…), il est vrai que les livres auto-édités contiennent souvent plus de fautes de frappe que les livres d’édition classique, mais au niveau du contenu, je ne pense pas qu’il y en ai un meilleur que l’autre, tout dépend des goûts, ce n’est pas parce qu’un livre est retenu et édité par une édition qu’il va forcément plaire à tout le monde.

Pour découvrir des autoédités, tu fais comment ?

Je fonctionne beaucoup avec les réseaux sociaux comme twitter et instagram, c’est d’ailleurs pour cela qu’il est très important pour les auteurs d’être présents sur les réseaux sociaux afin de pouvoir échanger directement avec les lecteurs, j’en découvre énormément en tombant sur les pages des auteurs, en discutant avec eux, attirée par une couverture, simplement parce que j’ai vu tel ou tel livre sur un blog, si une personne m’en a parlé ou encore par les recommandations Amazon…

Une préférence ?

Ne citer qu’un livre me paraît beaucoup trop compliqué, mais j’ai adoré « Question de temps » de Link, « Yggdrasil » de Myriam Caillonneau, « La rumeur » de Solenne Hernandez, « Habeas Corpus » de Victor Boissel… Des livres très originaux que j’ai vraiment beaucoup aimés, il y en a pour tous les goûts.

Le roman et le lecteur de roman vont disparaître pense Philip Roth. Un avis ?

Je pense que c’est totalement faux! Le lecteur est bien loin d’être une espèce en voie de disparition! Il n’y a qu’à regarder dans les transports en communs, les gens lisent, pour faire passer le temps ou comme je le disais, pour s’évader, nous vivons dans une société ou le stress et l’anxiété sont très présents, chacun à ses propres problèmes et fuir la réalité un moment est très recherché. De nos jours nous pouvons trouver tous les sujets possibles et imaginables dans les livres, il y en a pour tous les goûts et chacun peut trouver ce qui lui plaît, si le format est au coeur des débats (le numérique qui remplacerait le papier…), l’existence même du roman n’est pas remise en question, loin de la. La communauté littéraire dans le monde entier en est la preuve (Les blogs, booktubes, bookstagram…), le roman ne s’essouffle pas et toutes les générations lisent. Avez-vous lu Fahrenheit 451 de Ray Bradbury? Un tel monde n’existera jamais, pour notre plus grand bonheur. 

Parler livre sur Instagram, ça marche ?

Plus pour certains que pour d’autres, pour ma part, je ne suis pas forcément très influente sur instagram par rapport à d’autres (1000 abonnés environ) mais c’est un réseau social que j’adore, j’accorde beaucoup d’importance à la couverture des livres (même si je sais qu’il ne sert à rien de juger un livre à sa couverture) et beaucoup sont vraiment très doués pour les mettre en scène et font de très belles photos qui donnent bien souvent envie d’en savoir plus sur les livres présentés. De plus c’est un moyen simple et rapide pour échanger avec d’autres passionné(e)s de lectures. Je fais beaucoup de très belles découvertes grâce à instagram.

Des envies d’écriture ?

Souvent, mais je ne m’en sens absolument pas capable et je n’ai ni le temps, ni le talent, ni l’inspiration. J’admire les auteurs. 🙂 

Un livre inconnu à nous faire découvrir ?

C’est naturellement vers l’auto-édition que je me tourne, puisqu’inconnus, et pour ne pas reciter les mêmes que précédemment, je dirai « Forever Young » de Charlotte Orcival.

Un.e auteur.e inconnu.e à nous faire découvrir ?

Nico Bally, peut-être pas inconnu, mais un auteur que j’apprécie.

Une question qu’on ne t’a jamais posée ?

C’est peut-être parce qu’on ne me l’a jamais posé qu’elle ne me viens pas à l’esprit. 🙂 
Pas de proposition d’interview suivante pour Mélanie que vous pouvez retrouver sur twitter et instagram. La sérendipité fait un premier arrêt par ici. Qu’à cela ne tienne, prochaine interview ? L’équipe de La Piscine sur une idée de Thierry Crouzet !

L’indé Panda 3 | Un magazine pour découvrir des auteurs indépendants

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Il y a deux mois je décidais de soumettre une nouvelle à un appel à textes pour la première fois. Et j’ai choisi l’Indé Panda parce que le numéro 1 m’avait bien plu. Visuel travaillé, présentation soignée et nouvelles de qualité, ce qui n’est pas toujours le cas dans la galaxie des autoédités. Je soumis donc « La dent », ma première nouvelle. Et quelques semaines plus tard, je reçus une réponse positive. Et le numéro 3 de l’Indé Panda est là. Je n’ai pas encore tout lu mais voici déjà mes retours sur les premières nouvelles au menu :

IndePanda3Éternicide – SAID

Si vous avez aimé « Un Monde Meilleur« , les 20 nouvelles qui composent le volume 2 des « Nouvelles Noires Pour Se Rire Du Désespoir« , vous allez adorer cette nouvelle dans le même esprit. Une réussite.

Bon Dieu Bourdieu ! – Nicolas Chevolleau

Une histoire de vacances en Ford Escort qui fleure bon la nostalgie, un peu loufoque.

Le destin de Dvalin – Stéphane Arnier

J’avoue, j’ai moins accroché à cette histoire mais elle n’est pas mal écrite ni rien, juste pas trop ma came.

Willy – Céline Saint-Charle

Pour l’instant ma préférée avec « Eternicide ». Une histoire sur plusieurs niveaux qui se passe au 19ieme et au 20ieme siècle, lente mais passionnante. Originale et très bien écrite.

Citius Altius Fortius – Bouffanges

Peut-être la nouvelle la plus fort de tout le magazine. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas déflorer le sujet mais très intense.

Les étudiantes fauchées ne prennent pas le taxi – Caroline Giraud

Une nouvelle désespérante parce que, eh bien, elle ressemble beaucoup à la réalité. J’avais chroniqué le roman de Caroline Giraud « La loi de Gaia » et le hasard nous amène dans le même recueil de nouvelles.

Le Coin des curieux – Didier Betmalle

L’ambiance est sympa, et le côté absurde ou disons impossible résonnera peut-etre pour certains lecteurs avec les Nouvelles noires pour se rire du désespoir.

Mes petits chéris – Khalysta Farall

La seule nouvelle à laquelle je n’ai pas accrochée. Trop convenu à mon sens et sans surprise.

La couturière et l’oiseau – Nathalie Bagadey

Une courte histoire, bien amenée, légère et subtile.

Le plus beau métier du monde – Jeanne Sélène

Chers lecteurs – Jean-Christophe Heckers

Les autres micro critiques arrivent rapidement. En attendant, vous pouvez vous procurer l’Indé Panda partout !

Automne | Benjamin Fogel

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On continue la série d’interviews « Automne » avec Benjamin Fogel. Je le laisse se présenter parce que le monsieur a beaucoup d’activités.

Benjamin Fogel ?

35 ans / Cofondateur de Playlist Society (Revue et Maison d’édition) / Auteur du Renoncement de Howard Devoto (2015 – Le mot et le reste) et de Swans et le dépassement de soi (2016 – Playlist Society)

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Blogueur ?

J’ai commencé à bloguer en 2007 alors que Playlist Society n’était encore que mon blog personnel. Presque 10 ans plus tard, je me considère toujours comme un blogueur qui écrit de manière irrégulière sur des sujets qui le touchent. J’ai toujours beaucoup d’affection pour ce terme et pour cette idée d’espace d’écriture autonome soumis à quasiment aucune règle.

Ecrivain ?

On m’a posé cette question peu après la sortie du Renoncement de Howard Devoto lors d’un festival littéraire qui avait pour thème « les premiers romans ». A l’époque j’avais répondu que non, qu’on ne pouvait pas se prétendre écrivain parce qu’on avait publié un seul livre, le tout dans un contexte où tout le monde écrit et où il y a déjà beaucoup trop de livres. Les autres auteurs interviewés avaient sensiblement répondu la même chose. François Alquier, qui animait la rencontre, avait alors souligné combien nos réponses étaient typiquement françaises. Qu’aux Etats-Unis ou en Angleterre, un écrivain était quelqu’un qui avait publié au moins un roman chez un éditeur, et que les auteurs assumaient ce titre sans se poser la question. Je me suis senti un peu bête et faussement modeste en l’écoutant. Alors depuis, quand on me dit « Ecrivain ? », je réponds « Oui ».

Editeur ?

Si on m’avait posé la question il y a trois ans, j’aurais répondu « Je voudrais bien, mais je ne vois pas comment ce serait possible ». Après 6 livres publiés en deux ans par les éditions Playlist Society et une dizaine de projets en cours de développement, il semblerait bien que ce soit le cas.

Il faut être fou pour être éditeur en 2017 ?

Non je ne crois pas. Il y a toujours besoin de publier des livres en lien avec l’histoire, l’actualité et les évolutions socio-culturelles. Ce n’est pas impossible d’être éditeur en 2017. Pas besoin d’être fou pour ça. Il faut juste être prêt à travailler beaucoup avec en seule ligne de mire le fait que les livres restent essentiels.

Pour te découvrir, tu conseilles quoi ?

Aller boire des bières avec moi \o/

Pour découvrir Playlist Society éditions, tu conseilles quoi ?

Oh j’aime beaucoup tous les livres qu’on a publiés. Je dirais juste de choisir celui pour lequel on a le plus d’affinité avec le sujet.

Le roman et le lecteur de roman vont disparaître pense Philip Roth. Un avis ?

Je ne suis pas du tout adepte de ces théories dystopiques. Le lecteur de roman va évoluer, et les écrivains vont continuer d’écrire. Cette interview de Philip Roth où il parle du roman comme d’un animal mort remonte à 7 ans déjà, et le roman est toujours là – voire même particulièrement en forme en 2016. On peut questionner l’utilité du roman, mais pas son existence. L’écriture permet toujours d’aborder des émotions inaccessibles par l’image, par le cinéma et par les jeux-vidéos. Tout coexistera. Le roman perdra parfois du terrain, mais il aura toujours un espace bien à lui.

L’industrie du live a-t-elle un avenir (en tant qu’industrie) ?

Je cite le Syndicat National de l’Edition : « Après cinq années consécutives de baisse,  le revenu net des éditeurs a amorcé une légère reprise en 2015. Il a progressé de 0,6 % en valeur et de 3,5 % en volume, passant de 2,652 milliards d’euros en 2014 à 2,667 milliards d’euros pour un total de 436 millions d’exemplaires vendus ». Le livre, c’est un marché difficile, mais, à ce stade, ça reste totalement un marché. Ce qui ne veut pas dire que les acteurs d’aujourd’hui seront sont de demain.

Les réseaux sociaux semblent s’atrophier. Tu le ressens ou pas ?

Je ne pense pas qu’ils s’atrophient. Je crois qu’ils se stabilisent. Ils sont maintenant tellement intégrés à nos vies, qu’ils n’attirent plus l’attention comme avant. Mais au quotidien, Twitter et Facebook m’apparaissent toujours aussi essentiels.

Comment découvres-tu de nouveaux livres ?

Par le plus de canaux possibles. Les livres peuvent venir de partout. Je reste attentif.

Un livre inconnu* à nous faire découvrir ?

Oh bah sans surprise, La Bouche de Francis Bacon de Michael Gira, recueil de nouvelles affreusement gênantes. Un des rares livres qui m’a vraiment filé la nausée.

Un.e auteur.e inconnu.e* à nous faire découvrir ?

Pas inconnu, loin de là même, mais je m’étonne toujours qu’on ne parle pas plus souvent d’Albert Cossery dont l’économie des mots n’a d’égal que son goût pour la paresse.

Une question qu’on ne t’a jamais posée ?

Quel est le livre que tu rêves d’écrire ?

Est-que que tu te sens seul (c’est la question qu’on n’a jamais posée à Thierry Crouzet) ?

A cet instant précis, non. Mais c’est le genre de question dont la réponse varie malheureusement selon les moments.

Cette série d’interview repose sur la sérendipité. J’interviewe qui après ? Tu peux mettre deux ou trois personnes  (et une question pour elles si tu le souhaites).

Elise Lépine, critique littéraire à Transfuge et à France Culture, raison notamment pour laquelle je ne me sens pas seul à cet instant précis.

Je confirme que pour découvrir Benjamin la bière est un bon moyen. Je vous conseille son Swans et le dépassement de soi d’une noirceur rafraichissante pour une livre sur un groupe de musique. Je n’ai pas lu le renoncement de Howard Devoto mais je suis à peu près sûr qu’il y a un livre pour vous chez les éditions Playlist Society

Catalogue_PlaylistSociety

16 ressources en français sur l’intelligence artificielle et les robots – MOOC, livres et vidéos

Ressources RobotsSD

Sur Twitter voila t’il pas qu’on me demande sur @Unmondederobots s’il y a des MOOC sur l’Intelligence Artificielle. Plutôt en français. D’où l’idée de faire une petite récap sur ce qui est disponible sur les robots, l’IA, le machine learning. Sans prétention d’exhaustivité bien sûr, ni d’objectivité d’ailleurs. Premier contenu incontournable pour en savoir plus sur l’impact des robots sur l’emploi : « Mon Collègue est un robot« . OK, j’arrête.

MOOC sur l’intelligence artificielle, machine learning, robot

Alors premier constat, niveau MOOC : pas grand-chose en français, et c’est rien de le dire.

– Sur Digischool, pas moins de 272 MOOC francophones ! Et rien autour des robots, IA/AI ou machine learning. Le désert.

– Sur OpenClassroom, c’est mieux, mais le site s’adresse aux développeurs. Avec S’initier à la robotiqueInitiez-vous au machine learning ou évaluez les performances d’un modèle de machine learning, on reste dans des cours de spécialistes ou disons d’ingénieurs ou développeurs. Genre « Evaluez un algorithme de classification qui retourne des valeurs binaires » ou « Décomposez l’apprentissage d’une régression linéaire ». Il y a bien un truc plus généraliste « Le machine learning est-il l’avenir de l’homme » mais d’une ce n’est pas un MOOC à proprement parler, de deux c’est plus une tribune de startup donc delight qui ressemble plus à une bonne vieille machine à pourrir votre email qu’autre chose. Je déconseille.

– En fait, ce qui s’apparente le plus à un MOOC, c’est cette séries de vidéos sur youtube intitulée « Intelligence Artificielle ». Mais on reste dans le pointu:

Bon alors c’est tout ? En terme de MOOC oui. Ce qui m’amène à ce constat et cette question : camarades créateurs de MOOC, on le fait quand le MOOC sur les robots et l’IA qui soit compréhensibles par un humain lambda ?

Vidéos et conférences sur l’intelligence artificielle, machine learning, robot ?

Et là, heureusement, ça se décante un peu. Avec quelques vidéos vraiment didactiques :

Vous connaissez peut-être la chaine youtube Science étonnante et dans cet épisode il explique très bien le fonctionnement d’une IA qui a permis de battre un (très bon) joueur de go.

– Un autre vidéo, toujours par science étonnante qui reprend le deep learning mais de manière plus générique et il évoque l’intelligence artificielle plus globalement.

– « Ce soir ou jamais ! Intelligence artificielle : faut il tout arrêter ? » Je n’ai pas vu l’émission mais comme il y a Laurent Alexandre, ça doit valoir le détour.

Laurent Alexandre qu’on peut retrouver au sénat : Impact de l’Intelligence Artificielle sur l’économie – Laurent ALEXANDRE au Senat (HD) ou chez orange business service : L’intelligence artificielle peut-elle dépasser les humains ?

– Enfin une vidéo qui présente des exemples de ce que l’intelligence artificielle amènera. Bon, c’est très tournée marketing mais les exemples sont intéressants : Stephane Mallard – L’intelligence Artificielle – A l’aube de la disruption ultime

Et finalement c’est à peu près tout pour les vidéos. Je n’ai pas inclus les documentaires sur les robots mais je les mettrai peut-être plus tard. Il y a beaucoup d’autres videos mais didactiques et en français, pas tant que ça. Si vous en trouvez, n’hésitez pas.

Livres sur l’intelligence artificielle, machine learning, robot ?

Je vous ai parlé de « Mon collègue est un robot » ? Il y a 10 pages sur l’histoire de la robotique vraiment très claires. OK, je suis lourd. Alors, niveau écrit :

– « L’intelligence artificielle« , un ouvrage dessiné dans « la petite bédéthèque du savoir » dont j’ai lu le plus grand bien ici ou là.

IntelligenceArtificielle_PetiteBedethequeDuSavoir

– Le deep learning – tentative de vulgarisation : alors dans tentative, il y a tentative, mais bon.

– Un portail de ressources sur la robotique : Didactique, assez complet mais pas forcément à jour, dommage.

– Des robots et des hommes de Laurence Devillers, qui évoque l’impact potentiel de l’IA sur les humains. Pas lu mais pourquoi pas.

– Les robots font-ils l’amour ? Le transhumanisme en 12 questions de Laurent Alexandre et Jean-Michel Besnier. Incontournable.

– Enfin, une ressource très utile, le ebook de Olivier Ezratty sur les avancées de l’intelligence artificielle. C’est pointu mais pas inaccessible, il découpe bien les domaines, tout en reconnaissant qu’il y a de la confusion et surtout il pointe les enjoliveurs/escrocs -comme vous préférez- qui vous collent de l’IA ou du machine learning partout dès que leur appli pourrie sait traiter des SMS surtaxés. Après il ne s’agit pas de vulgarisation, plus d’un état des lieux, et ça s’adresse quand même à un public averti mais c’est très complet.

Avancees-intelligence-artificielle

Voilà, j’espère que ça vous sera utile. Et bien sûr, il manque beaucoup de liens, d’infos, alors si vous trouvez du didactique, du vulgarisateur, faites-moi signe. Je mettrai à jour au fil de l’eau. Et la version anglaise arrivera bientôt.

« Les 20 ans de la fête du livre d’Autun » ou « mon premier salon (presque) en caleçon ».

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Premier salon du livre pour ma pomme : les 20 ans de la fête du livre d’Autun. J’avais été invité pas une dame très sympathique – Joselyne Bernot-Perdreau – pour constituer un pôle « Quel monde demain ? » vu que « Mon collègue est un robot » colle au thème. Nickel. Le livre sera fourni sur place par une des librairies locales. Pour « Une tarte dans la gueule » et « Un monde meilleur« , indisponibles en librairie, je viendrai avec. Réglo.

Organisation au cordeau, je reçois les billets de train 10 jours avant et me voilà ce samedi 8 avril à 11h00 en direction de la gare avec mon carton de bouquins.

Carton de bouquins que je vais pour soulever à la sortie du métro. Quand j’entends un « crac » caractéristique des plus mauvais films, des plus mauvaises nouvelles – mon pantalon, mon seul et unique pantalon pour ce salon, vient de se découvrir des besoins de liberté et m’a créé un trou supplémentaire, sis de la meilleure des manières sur mon postérieur.

Je m’aperçois que si je me mets à transpirer, stresser, m’angoisser, je vais oublier de sortir du métro. Ce qui manque d’arriver, je me rue donc comme un poivrot en sortie de boite hors du métro avec mon carton de 50 bouquins à bous de bras. Heureusement la longue marche entre le métro et le train me laissera tout le temps de transpirer, stresser. A la gare de Lyon, j’ai le choix entre un sandwich ou un « canard enchainé » mais pour les fringues c’est mort.

Je monte dans le train avec mon carton, me tiens au bar debout avec mon trench-coat que j’ai hésité à prendre.

J’arrive à la gare du Creusot où une navette attend « les auteurs ». Marrant cette appellation, ce concept un peu protéiforme qui masque mal une réalité disparate car il y a de tout : des ôteurs, des seigneuries, des inconnus. Et ensuite, des jeunes, des moins jeunes, des femmes, des hommes etc.

Bref, nous arrivons à Autun et on nous dépose à l’Hexagone, un bâtiment nettement moins joli que la ville qui est elle, n’ayons pas peur des mots superbe.

Je mange avec Joël Favreau qui a écrit « Quelques notes avec Brassens » car il a joué avec Brassens. Wow. Première rencontre, premier sourire.

Je vais à ma table, mon petit stand.

20ansFeteLivreAutun_Stand_ValeryBonneau

Je suis entre deux hommes. Le premier : Michel Hutt dont je vois le premier livre « osons la fraternité« . Ma première réaction : « Merde, je suis tombé à côté d’une secte ». Mais quand je porte le regard sur Michel, le stress augmente : « Putain, si c’est le Gourou, je suis mort, je vais m’inscrire à sa secte avant la fin du salon tellement il a l’air sympa ».

Michel œuvre pour « la transition« , il a écrit entre autre Le cri du colibri et les Recycleurs. Et c’est juste le mec dont tu te dis « C’est mon pote, je le connais pas mais c’est mon pote ». Il sourit tout le temps, il rigole, il discute avec une gentillesse qui le rend à peine à sa finesse.

Bref on a ri comme des bossus pendant deux jours.

20ansFeteLivreAutun_MichelHutt

A côté il y avait Hervé Kempf, pointure du journalisme écologique chez Reporterre, que j’ai à peine croisé parce que les pointures sont beaucoup sollicitées forcément.

Quelques signatures, des rencontres, des discussions.

L’après-midi, une table ronde initialement prévue avait eu l’air annulée. La déception initiale avait fait place à l’euphorie lorsque j’étais arrivé cul nul.

« Ah mais non, elle est maintenue, c’est maintenant ».

Merde.

Bon, alors les gens qui auront remarqué le manège se seront surement demandé qui est ce type qui ne se lève jamais s’il n’a pas passé son trench coat alors qu’il fait 30 degrés dans le bâtiment. « Encore un parigo auteur qui veut se la péter ».

Justement non, c’était déjà fait.

Là, on passe avec Michel Hutt, Hervé Kempf, et lorsque je présente le livre, une dame bien énervée demande la parole pour expliquer qu’il y en a marre, que ça va bien et je me retrouve en suppôt du néo libéralisme qui demande l’esclavagisme de l’homme par l’homme.

La journaliste (Patricia Martin)- essaye de me passer la parole car justement je disais un peu le contraire mais non, rien n’y fait et la conférence se finit là-dessus et c’est plutôt amusant qu’autre chose.

La journée se continue tranquille. J’ai un côté bon élève (pas toujours évident à déceler) : le salon m’invite, le libraire a commandé des livres alors je reste sur le salon tout le temps à mon stand.

Du coup au lieu de partir à 18.30 pour aller m’acheter un froc, je quitte à 18H55 et je vois tous les rideaux de toutes les boutiques d’Autun se baisser sur ma gueule à 19h00.

« Ok, je vais aller au diner et apéro avec le froc pété. cool. Nickel ».

Je pousse jusqu’à l’hôtel en visitant un peu la ville et je suis saisi par les vitrines, les magasins fermés, et le côté un peu anxiogène. Une belle ville mais dont le centre-ville, hors une rue commerçante très agréable, est un peu mort.

Je prends une douche mais je remets mon falzar quatre trous et c’est parti pour le dîner.

Arrivée à la Villa Médicis, un cadre bluffant avec un cloître à tomber, une vue à tomber et des gens sympas.

Il y a Jean-Pierre Mocky, un peu perdu, touchant. Axel Kahn. Et il y a le doyen de l’académie française. L’académie française c’est le truc où tu rentres à la sortie de la maison de retraite. Alors vous imaginez l’âge du doyen. Mais bon, il racontait des anecdotes géniales sur Victor Hugo qu’il a du bien connaitre. Non, je déconne, il avait l’air très sympa et souriant en fait.

Il y a Lorraine Joly qui écrit des livres pour enfants, et des romans, un monsieur dont j’ai oublié le prénom. Le diner arrive, table très sympa avec des auteurs et autrices fantasy. Je suis perturbé car j’ai la certitude de les avoir vus, tous, sans arriver à les recaser. Je veux éviter le coté faux cul « j’adore ce que vous faites » alors que je ne sais pas mais tout, ou presque s’éclaire :  Samantha Bailly a une chaine youtube et j’ai vu tout ce petit monde sur sa chaine.

On a beaucoup ri, parlé pas mal d’éditeurs, un peu d’écriture, de bibliothèque verte de l’Atalante, de Gallimard. On s’est bien marré.

Le lendemain retour à sa petite table mais à la place de Kempf c’est Olivier Razemon qui est à ma gauche. Et le mec est sympa, décidément. Il a écrit « Comment la France a tué ses villes » qui résonna carrément avec le sentiment de la veille en visitant Autun. Il a le sourire facile, il a l’air sain (je ne le connais pas hein), je me dis que j’ai de la chance d’être entouré de ces deux personnes, que je passe un bon moment, qu’il y a plein de monde, que j’ai vendu quelques livres et que ces deux jours valaient le coup.

Le midi je mange entre autre avec un général responsable du lycée militaire et une dame très agréable aussi, qui souriait beaucoup. D’ailleurs j’ai vu beaucoup de sourires.

Je ne sais pas qui je recroiserais, je ne sais pas avec qui je resterais en contact mais j’ai vraiment bien profité. Et je remercie encore toute l’équipe et toutes les personnes sur place qui ont été d’une gentillesse éblouissante. Je repars avec mon carton de livres un peu plus léger et un grand sourire.

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L’enfer c’est les autres, sauf si t’es au RSI

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ValeryBonneau_RSI_Nouvelle

Le RSI, ou le régime social des indépendants est une invention qui nous parvient du septième cercle de l’enfer, via une de ses portes sur terre « Nicolas Sarkozy ». Je sais, je sais, dire du mal d’une administration, est souvent l’apanage de sales types, mais d’une le RSI est un organisme privé, de deux, vraiment, le RSI est une folie.

Petit parcours à la cool, entre réalité et invention parce que parfois, personne ne croit la réalité.

Donc, tu montes ton entreprise.

T’es content, tu nages dans un bonheur sans limites.

En France on dit souvent… Bon on dit souvent plein de conneries en France, mais c’est un autre sujet. En France, t’as des mecs qu’ont jamais monté une boite et qui sont de droite : eux vont te dire que c’est hyper compliqué. Sous-entendu faut bruler toutes les administrations. En face t’as la fille de gauche, qu’a jamais monté une boite non plus qui te dit que « Non au contraire c’est hyper simple », sous-entendu les patrons sont des enculés qui gueulent tout le temps.

Ça leur fait un point commun, ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils devraient s’entendre, « Ah tiens toi aussi tu parles sans savoir, viens je te paye un coup ». Non rien à voir. Ils vont s’engueuler, se déchirer.

Alors je peux vous le dire : nos deux énergumènes, en plus de parler sans savoir, de pas être d’accord, ils ont tous les deux tort et tous les deux raison.

Une boite pour la monter en France, ça demande 1 heure et 1 euro ? C’est vrai. Bim. 1-0

Mais pour avoir le droit de la monter en 1 heure, là, faut y passer 3 semaines pour collecter toute la paperasse…  Vrai aussi. 1-1

Mais c’est APRÈS que les emmerdes commencent. Pas avant.

Avant, il te faut 2, 3 papelards, un statut que tu auras volé sur internet, genre tu veux monter une sandwicherie et tu vas télécharger à la cool la charte de Google ou les conditions générales de ventes d’Apple, mais c’est pas grave, comme personne ne relit en face, ça devrait passer..

On te demande aussi quelle activité tu veux faire. Déjà ça se complique.

T’as le droit à trois codes d’activité gratos. C’est un code à 5 niveaux.

Premier niveau, une lettre. Ça va de « agriculture, sylviculture et pêche » à « activité extra-territoriales ». Oh putain. Sandwicherie, coup de pot, t’as « Hébergement et restauration ». Mais l’épicerie fine tu la mets où ? Genre épicerie fine avec deux trois plats à emporter. Dans restaurant ou dans commerce ? On continue, tu cliques restaurant, on te laisse le choix entre restaurant, traiteurs et débits de boissons. Houla. Surtout que de l’autre côté, tu as « commerce de détail alimentaire ».

Merde, bon tu recliques un coup. Tu te trouves avec « services des traiteurs » ou « autres services de restauration » et il y a un côté angoissant dans tout ça. « Je veux juste monter une sandwicherie ! Je sais l’écrire, l’épeler, le dessiner, mais je trouve pas dans les 15 265 codes ».

Et ça continue : « 56.21Z services des traiteurs » ou « 56.29B Autres services de restaurations » ?

Normalement au bout d’une semaine à hésiter, tu prends toujours un truc « autre ». Faut juste éviter « autres industrie hydrocarbure » pour l’épicerie, mais c’est ça ou l’infarctus. Si t’aimes bien les trucs carrés, tu finis vieux et usé avant d’avoir choisi.

Tu peux aussi prendre un spécialiste à 300 euros de l’heure. Mais t’en es à créer ta boite, tu la soldes pas, donc t’es pas encore pété de thune, tu fais gaffe.

Sinon, tu peux demander à quelqu’un sur internet. Là normalement, c’est la personne qui sait le moins qui répond le plus vite. C’est surprenant, mais ça marche quelle que soit la question. Faites le test hein.

23h48 « Je voudrais savoir quel code NAF je dois prendre pour une épicerie fine » ?

23h49 : Bob « Non, mais ce sont des codes APE et ça n’existe plus donc t’en as pas besoin. »

23h50 : Toi « Forcément que les codes APE n’existent plus, ils ont été remplacés par les codes NAF. Si vous ne savez pas, merci de ne pas répondre»

23h51 : Bob « Ah voilà on veut rendre service et on se fait envoyer chier »

23h52 : Toi « Mais tu ne rends pas service, tu me fous dans la merde. Imagine que je t’écoute » !

Tu peux essayer avec n’importe quelle question hein :

« Ca fait cinq jours que je ne suis pas allé aux toilettes, au bout de combien de temps est-ce dangereux » ? T’es au bord de l’occlusion intestinale et plutôt du mauvais côté du bord, t’es vert, rouge, jaune bleu, on t’appuie sur le bide un peu trop fort et faut refaire toute la déco du salon. 10 secondes plus tard, t’as un mec qui répond :

Bobby « Non, mais c’est très surfait, il parait qu’on peut rester un mois sans y aller »

Bref, tu te choisis un code, des statuts, un type de société « EURL, SARL, SAS, entreprise individuelle, autoentrepreneur » ? Je vais pas expliquer la différence, vu que les mecs qui le font sont payés 300 euros de l’heure, déjà que c’est un texte gratos.

Mais en gros tu choisis un peu au pif et pour démarrer, ça devrait aller. C’est plus tard que ça va chier. Un peu comme un médoc contre le cancer qui te file l’hépatite 5 ans plus tard. Tu sera bien content d’être encore là dans 5 ans pour profiter de ton hépathite.

Là, c’est pareil.

Donc t’as ton dossier.

Tu rentres tout sur le site du CFE. Le CFE ? Le site de la CCI qui regroupe tous les OA. Faites un effort. Le Centre de Formalité des Entreprises monté par la Chambre de commerce et d’industrie avec la paperasse pour tous les Organismes Agréés. Un site pour tout centraliser, plutôt une bonne idée non ?

Le site est assez bien fait, tu scannes, tu charges, et tu dois ensuite valider.

Pour valider la création, il faut :

  • Envoyer le dossier par internet
  • ET
  • L’imprimer et l’envoyer par la poste

Tiens, c’est bizarre ça. Un peu comme un mec qui te dirait bonjour en te faisant la bise et en te serrant la main.

– Bah pourquoi ?

– Non, mais on sait jamais, t’es ptete insensible des mains ou t’as une paralysie faciale.

Bon, ça rassure pas trop. Mais t’as pas le choix.

Trois jours plus tard, bim, courrier du CFE :

« Merci, voici votre numéro de SIRET ou de  SIREN (ou  autre). Bon courage ». Cool. Wow. Les autres organismes t’écrivent. Tous. Merci bon courage, bienvenu, ça fera 500 euros.

Hey, vous voyez, vous gueulez, mais c’est plutôt bien foutu, centralisé. Tout le monde t’a écrit.

Ah, sauf, sauf le RSI. Mais toi, déjà tu sais pas ce que c’est, et puis tu bosses hein, monter la boite, démarrer l’activité tout ça, ça te fait des bonnes semaines.

7 mois plus tard, un courrier du RSI.

« Bonjour, nous prenons acte de votre décision de fermer votre société ».

Ah merde qu’est-ce qu’ils racontent ?

« Comme convenu, vous ne nous devez rien. »

On n’avait rien convenu, mais ça te va.

« Merci donc de nous adresser votre règlement de 7000 euros avant le 3 mars ».

Oh putain, c’est des malades. En plus, on est le 28 février et l’année n’est pas bissextile.

Tu es dans la merde, tu paniques surtout que les 7000€, tu les as pas.

Tu décides donc d’appeler le RSI.

Ahahaha « Décider d’appeler le RSI ». Tu racontes ça à un pote qu’a déjà vécu le truc, il se marre.

« Oui ben tu peux aussi décider de devenir immortel ou de te transformer en labrador, mais tu vas quand même crever bientôt et tu seras à priori sans truffe ni fourrure ».

Déjà trouve le numéro.

Tu tapes sur google « RSI » tu tombes sur un 36 15. Merde. Ah non RSI.fr cool.

Tu arrives sur un site, bon, tu peux le consulter si t’as un commodore, un Amstrad ou un Amiga, mais si ton terminal est du 21e siècle, ça va ramer.

Ah tu vois un bouton « nous contacter ». Oui, mais attention, avant d’avoir le droit de nous contacter faut répondre à une petite quinzaine de questions. Et le niveau des questions accroche toi. Faut être spécialiste du RSI pour y répondre. Tu finis par trouver un 0800. Tu sais les numéros gratuits à un euro la minute.

Tu appelles.

Ça sonne. 25 fois. Et puis. Bip bip bip.

Tiens, y-a pas de répondeur ? C’est marrant ça ? Y-a pas une machine là pour tapoter ton choix ? Comme à la SNCF ?

Non y-a pas.

Pourtant ces machines tu les détestes. Tu préfères parler un humain. Oui, mais avec le RSI tu vas t’apercevoir que ce que tu préfères c’est quand même parler à une machine qu’à rien. Tu rappelles. Pareil. 25 sonneries.

10 fois de suite. 25 sonneries, ça fait long.

Ton premier réflexe si t’es de droite, c’est de gueuler sur ces feignasses du RSI. Mais il y doit y avoir 4 conseillers en Ile de france. T’imagines, si au centre d’appel SFR, il y avait Bob, François, Rachid et Amida ? « Bonjour, le temps d’attente est de 7 heures 32… environ ».

Attendre, tu peux plus, parce que t’as du boulot. Tu rappelleras demain.

Un jour plus tard, donc le 1er mars, il te reste une journée pour payer. Mais comme tu dois rien.

Le lendemain, tu rappelles encore et encore. Vers 15h00, tu tombes sur quelqu’un, mais t’es tellement énervé, que tu vas vite devenir gonflant.

Tu tombes sur François.

Là, il faut savoir qu’au RSI, tout le monde ne veut pas y aller. Ils le savent bien les conseillers que les gens qu’appellent ils sont un peu noués vu le parcours du combattant. Donc ils envoient que les suicidaires, les gens en phase terminale, au bout du rouleau.

Donc François là, il en peut déjà plus et tu lui tombes sur la gueule avec ton :

– Oui alors 7000 euros, voleurs, incompétents, bons à rien. JE TRAVAILLE MOI !

Oui, depuis que t’es patron, TOUS les autres sont des feignasses qui n’en branlent pas une. Depuis que tu fais 35 euros de chiffre par jour en vendant 3 sandwichs dans une poubelle que t’as rénovée, tu as tous les droits.

Et François là, tu le gonfles déjà, mais il te demande ton numéro d’abonné.

  • Heu, AB54
  • Non ça c’est le numéro de dossier
  • Et vous pouvez pas retrouver mon numéro d’abonné à partir de ça, mais putain vous êtes vraiment trop cons
  • Bip bip bip

Faut le comprendre François. On ferait pareil.

Donc là, tu es au bord de l’apoplexie. C’est la crise cardiaque. Heureusement maintenant ils ont mis des défibrillateurs un peu partout. Tu sais les trucs dont personne ne sait se servir sauf pour faire griller des saucisses. Bon toujours est-il que tu rappelles.

2 heures plus tard, tu tombes, méchamment, sur « Francine ». Alors Francine, elle a décidé que c’était bon là, 6 mois qu’elle travaille au RSI, elle a baissé le rideau, terminé les conneries, ce soir, c’est pas les saucisses qu’elle va griller, c’est sa tronche. Du coup, toutes ces histoires d’agressivité, c’est du passé. Elle veut bien rendre un dernier service avant de partir.

  • Bonjour monsieur, comment puis-je vous aider ? Oui donnez-moi votre numéro de dossier
  • Ah bon, mais l’autre il m’a dit heu que c’était le numéro d’abonné qu’il fallait
  • Oui voilà c’est ça
  • Heu
  • Il commence pas 2 chiffres
  • Bah non c’est AB54
  • Oui voilà c’est ça

Oui, parce que Francine elle veut bien t’aider, mais juste elle peut pas. Elle a été formée 3 heures en arrivant et c’était en arrivant de sa cure de repos, elle était encore shooté, je te raconte pas.

Bref elle finit par te dire qu’il faut payer 1000 euros. Maintenant. Mais il te reste 3 heures pour payer et « non on ne prend pas la CB, ni les virements ».

Bon, tu payes le 3 mars.

Le 20 avril, nouveau courrier :

  • Nous avons bien reçu votre payement de 1000€ en retard. Nous appliquons donc une pénalité de 10%. Vous restez donc nous devoir 12 574 euros

C’est pas vrai les mecs, c’est une farce. Déjà 10% de pénalités quand t’y penses. Mais le RSI œuvre pour l’état, et l’état, il rigole pas sur le sujet. Et l’état c’est nous, alors on devrait être content.

Mais tu devais, soit disant 7000€ dont si t’es en retard, ça devrait faire 700€ d’amende. Pas 1000. Et pourquoi ils te demandent 12 574€ ? Mais tu commences à comprendre qu’il n’y a rien à comprendre, faut payer d’abord et gueuler après.

Encore faut-il les avoir les 12 574€ pour payer. Mais admettons, tu cherches à les joindre du 30 mars au 22 avril et le 23 tu payes 12 574€.

Le 24 avril, ne me demande pas comment c’est possible, mais tu reçois :

« Merci pour votre règlement de 700 euros. N’oubliez pas de nous verser les 32 000 restant avant le 15 aout ».

Là tu te dis  qu’ils sont en cheville avec les plus gros dealers de la région et que la came est consommée pure. Faut que tu te déplaces. Il y a 3 caisses en Ile de France, donc c’est un voyage, c’est sûr. 30 ou 40 bornes pour aller voir tes amis du RSI.

J’espère que t’as vérifié les horaires parce que si tu viens le jeudi à 11 heures au pif, en te disant « Bah non, mais un jeudi à 11 heures, ça passe », ça passe pas. Le deuxième jeudi pair de chaque mois impair ils sont fermés, Le 1er mardi de chaque mois aussi et les mois de moins de 29 jours, ils sont fermés tout le mois.

Mais admettons, admettons que t’arrives un jour où c’est ouvert. Normalement, y-a un car de police devant. Ah bah attends, faut voir la gueule des mecs qui viennent. C’est pas pour offrir des chocolats ou taper la discute, ils sont tous au bord de la crise de nerfs, et comme les employés aussi, ça coince vite.

Toi, t’as pris un petit canif avant de partir, mais c’est en défensif, la plupart des autres, ils sont venus pour régler ça dans le sang.

Quand tu travailles au RSI, t’as la même espérance de vie qu’un cancéreux en phase 5. Four ou couteau, la sortie va être brutale.

Blague à part, le RSI fait vivre un cauchemar kafkaïen permanent à des centaines de milliers de personnes et le sujet a finalement très peu d’écho. Un article par-ci par-là, mais globalement, tout le monde s’en cogne :

– Soit t’es de gauche et tu t’en branles des patrons parce que tu les mets tous dans le même sac : le mec qui gagne 5 M€ par mois et le pauvre type qui galère en bossant 60 heures par semaine pour se payer un gros smic. Pour toi c’est pareil, parce que c’est plus simple d’avoir des préjugés que des sentiments.

– Ou alors t’es de droite, mais si t’es de droite, tu vas surtout défendre les gros patrons, oubliant consciencieusement les petits. Je sais pas pourquoi, c’est bizarre. Et si t’es un gros patron, tu t’en branles, t’as une armée de gens qui font toute la paperasse pour toi et qui supportent pour toi toute cette folie.

Bref, bienvenue au RSI.

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