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Automne | Mélanie de L’évasion Littéraire

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On continue la série d’interviews Automne. Après Benjamin Fogel, place à Mélanie, blogueuse. 

Mélanie?

Effectivement, je m’appelle Mélanie, sur internet comme dans la vraie vie, j’ai 17 ans, je viens du sud de la France (Toulouse) et je tiens mon blog littéraire par passion pour la lecture mais aussi pour le partage depuis le 13 mai 2015.

L’évasion Littéraire ?

Ce nom est né à la création de mon blog, il me fallait un nom qui ressemblait à ce que je voulais présenter sur celui-ci, il était évident qu’il serait littéraire et le meilleur moyen de décrire les moments de lectures que les petits comme les grands lecteurs apprécient tant était d’en parler comme d’une évasion à travers les pages, faire abstraction de ce qui est réel le temps d’un livre, ou même de plusieurs, « L’évasion Littéraire » m’a alors semblé évident. C’est un nom que je ne regrette pas et que je trouve simple, efficace et reconnaissable.

Tu as lancé « Je lis les auto-édités« , Ils/elles ont besoin de soutien ?

En effet, les auto-édités sont des auteurs qui peinent à faire connaître leurs livres pour la simple et mauvaise raison que les gens ne sont pas ouverts à ce qui n’a pas de succès dans l’immédiat, or il est évident qu’un auteur indépendant n’étant pas rattaché à une grande maison d’édition a plus de mal à connaître ce succès que les lecteurs recherchent, pour ne pas être déçus et ne pas regretter leurs achats. Beaucoup ne veulent que le meilleur, mais c’est justement là qu’ils font une énorme erreur, tous les livres publiés par des maisons d’éditions ne sont pas nécessairement meilleurs que les livres auto-édités, le contraire est également vrai, mais nous pouvons trouver dans les deux de très bons livres. Mais les gens n’osent pas se lancer et les auteurs auto-édités restent dans l’ombre, ce qui est vraiment regrettable car un grand nombre d’entre eux méritent vraiment de connaître le succès qu’ils n’ont malheureusement pas à cause des lecteurs qui ne leur laissent pas leur chance. Ils ont aussi besoin de soutien dans le sens où ils ne sont pas très connus, promouvoir soi-même son livre n’est pas si simple et beaucoup ne connaissent même pas l’existence de l’auto-édition, c’est justement la que nous autres, blogueurs littéraires, pouvons nous rendre utiles!

Livre d’éditeur classique Vs Autoédité.e* ?

Je pense que ce que le livre d’éditeur classique a de plus que le livre auto-édité, c’est simplement un objet livre plus travaillé, puisque les éditions proposent des services d’impression, de maquette (…) alors que l’auteur auto-édité doit s’en charger lui-même et il n’est pas forcément qualifier pour et ne dispose pas forcément du même matériel (etc…), il est vrai que les livres auto-édités contiennent souvent plus de fautes de frappe que les livres d’édition classique, mais au niveau du contenu, je ne pense pas qu’il y en ai un meilleur que l’autre, tout dépend des goûts, ce n’est pas parce qu’un livre est retenu et édité par une édition qu’il va forcément plaire à tout le monde.

Pour découvrir des autoédités, tu fais comment ?

Je fonctionne beaucoup avec les réseaux sociaux comme twitter et instagram, c’est d’ailleurs pour cela qu’il est très important pour les auteurs d’être présents sur les réseaux sociaux afin de pouvoir échanger directement avec les lecteurs, j’en découvre énormément en tombant sur les pages des auteurs, en discutant avec eux, attirée par une couverture, simplement parce que j’ai vu tel ou tel livre sur un blog, si une personne m’en a parlé ou encore par les recommandations Amazon…

Une préférence ?

Ne citer qu’un livre me paraît beaucoup trop compliqué, mais j’ai adoré « Question de temps » de Link, « Yggdrasil » de Myriam Caillonneau, « La rumeur » de Solenne Hernandez, « Habeas Corpus » de Victor Boissel… Des livres très originaux que j’ai vraiment beaucoup aimés, il y en a pour tous les goûts.

Le roman et le lecteur de roman vont disparaître pense Philip Roth. Un avis ?

Je pense que c’est totalement faux! Le lecteur est bien loin d’être une espèce en voie de disparition! Il n’y a qu’à regarder dans les transports en communs, les gens lisent, pour faire passer le temps ou comme je le disais, pour s’évader, nous vivons dans une société ou le stress et l’anxiété sont très présents, chacun à ses propres problèmes et fuir la réalité un moment est très recherché. De nos jours nous pouvons trouver tous les sujets possibles et imaginables dans les livres, il y en a pour tous les goûts et chacun peut trouver ce qui lui plaît, si le format est au coeur des débats (le numérique qui remplacerait le papier…), l’existence même du roman n’est pas remise en question, loin de la. La communauté littéraire dans le monde entier en est la preuve (Les blogs, booktubes, bookstagram…), le roman ne s’essouffle pas et toutes les générations lisent. Avez-vous lu Fahrenheit 451 de Ray Bradbury? Un tel monde n’existera jamais, pour notre plus grand bonheur. 

Parler livre sur Instagram, ça marche ?

Plus pour certains que pour d’autres, pour ma part, je ne suis pas forcément très influente sur instagram par rapport à d’autres (1000 abonnés environ) mais c’est un réseau social que j’adore, j’accorde beaucoup d’importance à la couverture des livres (même si je sais qu’il ne sert à rien de juger un livre à sa couverture) et beaucoup sont vraiment très doués pour les mettre en scène et font de très belles photos qui donnent bien souvent envie d’en savoir plus sur les livres présentés. De plus c’est un moyen simple et rapide pour échanger avec d’autres passionné(e)s de lectures. Je fais beaucoup de très belles découvertes grâce à instagram.

Des envies d’écriture ?

Souvent, mais je ne m’en sens absolument pas capable et je n’ai ni le temps, ni le talent, ni l’inspiration. J’admire les auteurs. 🙂 

Un livre inconnu à nous faire découvrir ?

C’est naturellement vers l’auto-édition que je me tourne, puisqu’inconnus, et pour ne pas reciter les mêmes que précédemment, je dirai « Forever Young » de Charlotte Orcival.

Un.e auteur.e inconnu.e à nous faire découvrir ?

Nico Bally, peut-être pas inconnu, mais un auteur que j’apprécie.

Une question qu’on ne t’a jamais posée ?

C’est peut-être parce qu’on ne me l’a jamais posé qu’elle ne me viens pas à l’esprit. 🙂 
Pas de proposition d’interview suivante pour Mélanie que vous pouvez retrouver sur twitter et instagram. La sérendipité fait un premier arrêt par ici. Qu’à cela ne tienne, prochaine interview ? L’équipe de La Piscine sur une idée de Thierry Crouzet !

L’indé Panda 3 | Un magazine pour découvrir des auteurs indépendants

Il y a deux mois je décidais de soumettre une nouvelle à un appel à textes pour la première fois. Et j’ai choisi l’Indé Panda parce que le numéro 1 m’avait bien plu. Visuel travaillé, présentation soignée et nouvelles de qualité, ce qui n’est pas toujours le cas dans la galaxie des autoédités. Je soumis donc « La dent », ma première nouvelle. Et quelques semaines plus tard, je reçus une réponse positive. Et le numéro 3 de l’Indé Panda est là. Je n’ai pas encore tout lu mais voici déjà mes retours sur les premières nouvelles au menu :

IndePanda3Éternicide – SAID

Si vous avez aimé « Un Monde Meilleur« , les 20 nouvelles qui composent le volume 2 des « Nouvelles Noires Pour Se Rire Du Désespoir« , vous allez adorer cette nouvelle dans le même esprit. Une réussite.

Bon Dieu Bourdieu ! – Nicolas Chevolleau

Une histoire de vacances en Ford Escort qui fleure bon la nostalgie, un peu loufoque.

Le destin de Dvalin – Stéphane Arnier

J’avoue, j’ai moins accroché à cette histoire mais elle n’est pas mal écrite ni rien, juste pas trop ma came.

Willy – Céline Saint-Charle

Pour l’instant ma préférée avec « Eternicide ». Une histoire sur plusieurs niveaux qui se passe au 19ieme et au 20ieme siècle, lente mais passionnante. Originale et très bien écrite.

Citius Altius Fortius – Bouffanges
Les étudiantes fauchées ne prennent pas le taxi – Caroline Giraud
Le Coin des curieux – Didier Betmalle
Mes petits chéris – Khalysta Farall
La couturière et l’oiseau – Nathalie Bagadey
Le plus beau métier du monde – Jeanne Sélène
Chers lecteurs – Jean-Christophe Heckers

Les autres micro critiques arrivent rapidement. En attendant, vous pouvez vous procurer l’Indé Panda partout !

Automne | Benjamin Fogel

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On continue la série d’interviews « Automne » avec Benjamin Fogel. Je le laisse se présenter parce que le monsieur a beaucoup d’activités.

Benjamin Fogel ?

35 ans / Cofondateur de Playlist Society (Revue et Maison d’édition) / Auteur du Renoncement de Howard Devoto (2015 – Le mot et le reste) et de Swans et le dépassement de soi (2016 – Playlist Society)

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Blogueur ?

J’ai commencé à bloguer en 2007 alors que Playlist Society n’était encore que mon blog personnel. Presque 10 ans plus tard, je me considère toujours comme un blogueur qui écrit de manière irrégulière sur des sujets qui le touchent. J’ai toujours beaucoup d’affection pour ce terme et pour cette idée d’espace d’écriture autonome soumis à quasiment aucune règle.

Ecrivain ?

On m’a posé cette question peu après la sortie du Renoncement de Howard Devoto lors d’un festival littéraire qui avait pour thème « les premiers romans ». A l’époque j’avais répondu que non, qu’on ne pouvait pas se prétendre écrivain parce qu’on avait publié un seul livre, le tout dans un contexte où tout le monde écrit et où il y a déjà beaucoup trop de livres. Les autres auteurs interviewés avaient sensiblement répondu la même chose. François Alquier, qui animait la rencontre, avait alors souligné combien nos réponses étaient typiquement françaises. Qu’aux Etats-Unis ou en Angleterre, un écrivain était quelqu’un qui avait publié au moins un roman chez un éditeur, et que les auteurs assumaient ce titre sans se poser la question. Je me suis senti un peu bête et faussement modeste en l’écoutant. Alors depuis, quand on me dit « Ecrivain ? », je réponds « Oui ».

Editeur ?

Si on m’avait posé la question il y a trois ans, j’aurais répondu « Je voudrais bien, mais je ne vois pas comment ce serait possible ». Après 6 livres publiés en deux ans par les éditions Playlist Society et une dizaine de projets en cours de développement, il semblerait bien que ce soit le cas.

Il faut être fou pour être éditeur en 2017 ?

Non je ne crois pas. Il y a toujours besoin de publier des livres en lien avec l’histoire, l’actualité et les évolutions socio-culturelles. Ce n’est pas impossible d’être éditeur en 2017. Pas besoin d’être fou pour ça. Il faut juste être prêt à travailler beaucoup avec en seule ligne de mire le fait que les livres restent essentiels.

Pour te découvrir, tu conseilles quoi ?

Aller boire des bières avec moi \o/

Pour découvrir Playlist Society éditions, tu conseilles quoi ?

Oh j’aime beaucoup tous les livres qu’on a publiés. Je dirais juste de choisir celui pour lequel on a le plus d’affinité avec le sujet.

Le roman et le lecteur de roman vont disparaître pense Philip Roth. Un avis ?

Je ne suis pas du tout adepte de ces théories dystopiques. Le lecteur de roman va évoluer, et les écrivains vont continuer d’écrire. Cette interview de Philip Roth où il parle du roman comme d’un animal mort remonte à 7 ans déjà, et le roman est toujours là – voire même particulièrement en forme en 2016. On peut questionner l’utilité du roman, mais pas son existence. L’écriture permet toujours d’aborder des émotions inaccessibles par l’image, par le cinéma et par les jeux-vidéos. Tout coexistera. Le roman perdra parfois du terrain, mais il aura toujours un espace bien à lui.

L’industrie du live a-t-elle un avenir (en tant qu’industrie) ?

Je cite le Syndicat National de l’Edition : « Après cinq années consécutives de baisse,  le revenu net des éditeurs a amorcé une légère reprise en 2015. Il a progressé de 0,6 % en valeur et de 3,5 % en volume, passant de 2,652 milliards d’euros en 2014 à 2,667 milliards d’euros pour un total de 436 millions d’exemplaires vendus ». Le livre, c’est un marché difficile, mais, à ce stade, ça reste totalement un marché. Ce qui ne veut pas dire que les acteurs d’aujourd’hui seront sont de demain.

Les réseaux sociaux semblent s’atrophier. Tu le ressens ou pas ?

Je ne pense pas qu’ils s’atrophient. Je crois qu’ils se stabilisent. Ils sont maintenant tellement intégrés à nos vies, qu’ils n’attirent plus l’attention comme avant. Mais au quotidien, Twitter et Facebook m’apparaissent toujours aussi essentiels.

Comment découvres-tu de nouveaux livres ?

Par le plus de canaux possibles. Les livres peuvent venir de partout. Je reste attentif.

Un livre inconnu* à nous faire découvrir ?

Oh bah sans surprise, La Bouche de Francis Bacon de Michael Gira, recueil de nouvelles affreusement gênantes. Un des rares livres qui m’a vraiment filé la nausée.

Un.e auteur.e inconnu.e* à nous faire découvrir ?

Pas inconnu, loin de là même, mais je m’étonne toujours qu’on ne parle pas plus souvent d’Albert Cossery dont l’économie des mots n’a d’égal que son goût pour la paresse.

Une question qu’on ne t’a jamais posée ?

Quel est le livre que tu rêves d’écrire ?

Est-que que tu te sens seul (c’est la question qu’on n’a jamais posée à Thierry Crouzet) ?

A cet instant précis, non. Mais c’est le genre de question dont la réponse varie malheureusement selon les moments.

Cette série d’interview repose sur la sérendipité. J’interviewe qui après ? Tu peux mettre deux ou trois personnes  (et une question pour elles si tu le souhaites).

Elise Lépine, critique littéraire à Transfuge et à France Culture, raison notamment pour laquelle je ne me sens pas seul à cet instant précis.

Je confirme que pour découvrir Benjamin la bière est un bon moyen. Je vous conseille son Swans et le dépassement de soi d’une noirceur rafraichissante pour une livre sur un groupe de musique. Je n’ai pas lu le renoncement de Howard Devoto mais je suis à peu près sûr qu’il y a un livre pour vous chez les éditions Playlist Society

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16 ressources en français sur l’intelligence artificielle et les robots – MOOC, livres et vidéos

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Sur Twitter voila t’il pas qu’on me demande sur @Unmondederobots s’il y a des MOOC sur l’Intelligence Artificielle. Plutôt en français. D’où l’idée de faire une petite récap sur ce qui est disponible sur les robots, l’IA, le machine learning. Sans prétention d’exhaustivité bien sûr, ni d’objectivité d’ailleurs. Premier contenu incontournable pour en savoir plus sur l’impact des robots sur l’emploi : « Mon Collègue est un robot« . OK, j’arrête.

MOOC sur l’intelligence artificielle, machine learning, robot

Alors premier constat, niveau MOOC : pas grand-chose en français, et c’est rien de le dire.

– Sur Digischool, pas moins de 272 MOOC francophones ! Et rien autour des robots, IA/AI ou machine learning. Le désert.

– Sur OpenClassroom, c’est mieux, mais le site s’adresse aux développeurs. Avec S’initier à la robotiqueInitiez-vous au machine learning ou évaluez les performances d’un modèle de machine learning, on reste dans des cours de spécialistes ou disons d’ingénieurs ou développeurs. Genre « Evaluez un algorithme de classification qui retourne des valeurs binaires » ou « Décomposez l’apprentissage d’une régression linéaire ». Il y a bien un truc plus généraliste « Le machine learning est-il l’avenir de l’homme » mais d’une ce n’est pas un MOOC à proprement parler, de deux c’est plus une tribune de startup donc delight qui ressemble plus à une bonne vieille machine à pourrir votre email qu’autre chose. Je déconseille.

– En fait, ce qui s’apparente le plus à un MOOC, c’est cette séries de vidéos sur youtube intitulée « Intelligence Artificielle ». Mais on reste dans le pointu:

Bon alors c’est tout ? En terme de MOOC oui. Ce qui m’amène à ce constat et cette question : camarades créateurs de MOOC, on le fait quand le MOOC sur les robots et l’IA qui soit compréhensibles par un humain lambda ?

Vidéos et conférences sur l’intelligence artificielle, machine learning, robot ?

Et là, heureusement, ça se décante un peu. Avec quelques vidéos vraiment didactiques :

Vous connaissez peut-être la chaine youtube Science étonnante et dans cet épisode il explique très bien le fonctionnement d’une IA qui a permis de battre un (très bon) joueur de go.

– Un autre vidéo, toujours par science étonnante qui reprend le deep learning mais de manière plus générique et il évoque l’intelligence artificielle plus globalement.

– « Ce soir ou jamais ! Intelligence artificielle : faut il tout arrêter ? » Je n’ai pas vu l’émission mais comme il y a Laurent Alexandre, ça doit valoir le détour.

Laurent Alexandre qu’on peut retrouver au sénat : Impact de l’Intelligence Artificielle sur l’économie – Laurent ALEXANDRE au Senat (HD) ou chez orange business service : L’intelligence artificielle peut-elle dépasser les humains ?

– Enfin une vidéo qui présente des exemples de ce que l’intelligence artificielle amènera. Bon, c’est très tournée marketing mais les exemples sont intéressants : Stephane Mallard – L’intelligence Artificielle – A l’aube de la disruption ultime

Et finalement c’est à peu près tout pour les vidéos. Je n’ai pas inclus les documentaires sur les robots mais je les mettrai peut-être plus tard. Il y a beaucoup d’autres videos mais didactiques et en français, pas tant que ça. Si vous en trouvez, n’hésitez pas.

Livres sur l’intelligence artificielle, machine learning, robot ?

Je vous ai parlé de « Mon collègue est un robot » ? Il y a 10 pages sur l’histoire de la robotique vraiment très claires. OK, je suis lourd. Alors, niveau écrit :

– « L’intelligence artificielle« , un ouvrage dessiné dans « la petite bédéthèque du savoir » dont j’ai lu le plus grand bien ici ou là.

IntelligenceArtificielle_PetiteBedethequeDuSavoir

– Le deep learning – tentative de vulgarisation : alors dans tentative, il y a tentative, mais bon.

– Un portail de ressources sur la robotique : Didactique, assez complet mais pas forcément à jour, dommage.

– Des robots et des hommes de Laurence Devillers, qui évoque l’impact potentiel de l’IA sur les humains. Pas lu mais pourquoi pas.

– Les robots font-ils l’amour ? Le transhumanisme en 12 questions de Laurent Alexandre et Jean-Michel Besnier. Incontournable.

– Enfin, une ressource très utile, le ebook de Olivier Ezratty sur les avancées de l’intelligence artificielle. C’est pointu mais pas inaccessible, il découpe bien les domaines, tout en reconnaissant qu’il y a de la confusion et surtout il pointe les enjoliveurs/escrocs -comme vous préférez- qui vous collent de l’IA ou du machine learning partout dès que leur appli pourrie sait traiter des SMS surtaxés. Après il ne s’agit pas de vulgarisation, plus d’un état des lieux, et ça s’adresse quand même à un public averti mais c’est très complet.

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Voilà, j’espère que ça vous sera utile. Et bien sûr, il manque beaucoup de liens, d’infos, alors si vous trouvez du didactique, du vulgarisateur, faites-moi signe. Je mettrai à jour au fil de l’eau. Et la version anglaise arrivera bientôt.

« Les 20 ans de la fête du livre d’Autun » ou « mon premier salon (presque) en caleçon ».

Premier salon du livre pour ma pomme : les 20 ans de la fête du livre d’Autun. J’avais été invité pas une dame très sympathique – Joselyne Bernot-Perdreau – pour constituer un pôle « Quel monde demain ? » vu que « Mon collègue est un robot » colle au thème. Nickel. Le livre sera fourni sur place par une des librairies locales. Pour « Une tarte dans la gueule » et « Un monde meilleur« , indisponibles en librairie, je viendrai avec. Réglo.

Organisation au cordeau, je reçois les billets de train 10 jours avant et me voilà ce samedi 8 avril à 11h00 en direction de la gare avec mon carton de bouquins.

Carton de bouquins que je vais pour soulever à la sortie du métro. Quand j’entends un « crac » caractéristique des plus mauvais films, des plus mauvaises nouvelles – mon pantalon, mon seul et unique pantalon pour ce salon, vient de se découvrir des besoins de liberté et m’a créé un trou supplémentaire, sis de la meilleure des manières sur mon postérieur.

Je m’aperçois que si je me mets à transpirer, stresser, m’angoisser, je vais oublier de sortir du métro. Ce qui manque d’arriver, je me rue donc comme un poivrot en sortie de boite hors du métro avec mon carton de 50 bouquins à bous de bras. Heureusement la longue marche entre le métro et le train me laissera tout le temps de transpirer, stresser. A la gare de Lyon, j’ai le choix entre un sandwich ou un « canard enchainé » mais pour les fringues c’est mort.

Je monte dans le train avec mon carton, me tiens au bar debout avec mon trench-coat que j’ai hésité à prendre.

J’arrive à la gare du Creusot où une navette attend « les auteurs ». Marrant cette appellation, ce concept un peu protéiforme qui masque mal une réalité disparate car il y a de tout : des ôteurs, des seigneuries, des inconnus. Et ensuite, des jeunes, des moins jeunes, des femmes, des hommes etc.

Bref, nous arrivons à Autun et on nous dépose à l’Hexagone, un bâtiment nettement moins joli que la ville qui est elle, n’ayons pas peur des mots superbe.

Je mange avec Joël Favreau qui a écrit « Quelques notes avec Brassens » car il a joué avec Brassens. Wow. Première rencontre, premier sourire.

Je vais à ma table, mon petit stand.

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Je suis entre deux hommes. Le premier : Michel Hutt dont je vois le premier livre « osons la fraternité« . Ma première réaction : « Merde, je suis tombé à côté d’une secte ». Mais quand je porte le regard sur Michel, le stress augmente : « Putain, si c’est le Gourou, je suis mort, je vais m’inscrire à sa secte avant la fin du salon tellement il a l’air sympa ».

Michel œuvre pour « la transition« , il a écrit entre autre Le cri du colibri et les Recycleurs. Et c’est juste le mec dont tu te dis « C’est mon pote, je le connais pas mais c’est mon pote ». Il sourit tout le temps, il rigole, il discute avec une gentillesse qui le rend à peine à sa finesse.

Bref on a ri comme des bossus pendant deux jours.

20ansFeteLivreAutun_MichelHutt

A côté il y avait Hervé Kempf, pointure du journalisme écologique chez Reporterre, que j’ai à peine croisé parce que les pointures sont beaucoup sollicitées forcément.

Quelques signatures, des rencontres, des discussions.

L’après-midi, une table ronde initialement prévue avait eu l’air annulée. La déception initiale avait fait place à l’euphorie lorsque j’étais arrivé cul nul.

« Ah mais non, elle est maintenue, c’est maintenant ».

Merde.

Bon, alors les gens qui auront remarqué le manège se seront surement demandé qui est ce type qui ne se lève jamais s’il n’a pas passé son trench coat alors qu’il fait 30 degrés dans le bâtiment. « Encore un parigo auteur qui veut se la péter ».

Justement non, c’était déjà fait.

Là, on passe avec Michel Hutt, Hervé Kempf, et lorsque je présente le livre, une dame bien énervée demande la parole pour expliquer qu’il y en a marre, que ça va bien et je me retrouve en suppôt du néo libéralisme qui demande l’esclavagisme de l’homme par l’homme.

La journaliste (Patricia Martin)- essaye de me passer la parole car justement je disais un peu le contraire mais non, rien n’y fait et la conférence se finit là-dessus et c’est plutôt amusant qu’autre chose.

La journée se continue tranquille. J’ai un côté bon élève (pas toujours évident à déceler) : le salon m’invite, le libraire a commandé des livres alors je reste sur le salon tout le temps à mon stand.

Du coup au lieu de partir à 18.30 pour aller m’acheter un froc, je quitte à 18H55 et je vois tous les rideaux de toutes les boutiques d’Autun se baisser sur ma gueule à 19h00.

« Ok, je vais aller au diner et apéro avec le froc pété. cool. Nickel ».

Je pousse jusqu’à l’hôtel en visitant un peu la ville et je suis saisi par les vitrines, les magasins fermés, et le côté un peu anxiogène. Une belle ville mais dont le centre-ville, hors une rue commerçante très agréable, est un peu mort.

Je prends une douche mais je remets mon falzar quatre trous et c’est parti pour le dîner.

Arrivée à la Villa Médicis, un cadre bluffant avec un cloître à tomber, une vue à tomber et des gens sympas.

Il y a Jean-Pierre Mocky, un peu perdu, touchant. Axel Kahn. Et il y a le doyen de l’académie française. L’académie française c’est le truc où tu rentres à la sortie de la maison de retraite. Alors vous imaginez l’âge du doyen. Mais bon, il racontait des anecdotes géniales sur Victor Hugo qu’il a du bien connaitre. Non, je déconne, il avait l’air très sympa et souriant en fait.

Il y a Lorraine Joly qui écrit des livres pour enfants, et des romans, un monsieur dont j’ai oublié le prénom. Le diner arrive, table très sympa avec des auteurs et autrices fantasy. Je suis perturbé car j’ai la certitude de les avoir vus, tous, sans arriver à les recaser. Je veux éviter le coté faux cul « j’adore ce que vous faites » alors que je ne sais pas mais tout, ou presque s’éclaire :  Samantha Bailly a une chaine youtube et j’ai vu tout ce petit monde sur sa chaine.

On a beaucoup ri, parlé pas mal d’éditeurs, un peu d’écriture, de bibliothèque verte de l’Atalante, de Gallimard. On s’est bien marré.

Le lendemain retour à sa petite table mais à la place de Kempf c’est Olivier Razemon qui est à ma gauche. Et le mec est sympa, décidément. Il a écrit « Comment la France a tué ses villes » qui résonna carrément avec le sentiment de la veille en visitant Autun. Il a le sourire facile, il a l’air sain (je ne le connais pas hein), je me dis que j’ai de la chance d’être entouré de ces deux personnes, que je passe un bon moment, qu’il y a plein de monde, que j’ai vendu quelques livres et que ces deux jours valaient le coup.

Le midi je mange entre autre avec un général responsable du lycée militaire et une dame très agréable aussi, qui souriait beaucoup. D’ailleurs j’ai vu beaucoup de sourires.

Je ne sais pas qui je recroiserais, je ne sais pas avec qui je resterais en contact mais j’ai vraiment bien profité. Et je remercie encore toute l’équipe et toutes les personnes sur place qui ont été d’une gentillesse éblouissante. Je repars avec mon carton de livres un peu plus léger et un grand sourire.

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L’enfer c’est les autres, sauf si t’es au RSI

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RSI_Enfer

Le RSI, ou le régime social des indépendants est une invention qui nous parvient du septième cercle de l’enfer, via une de ses portes sur terre « Nicolas Sarkozy ». Je sais, je sais, dire du mal d’une administration, est souvent l’apanage de sales types, mais d’une le RSI est un organisme privé, de deux, vraiment, le RSI est une folie.

Petit parcours à la cool, entre réalité et invention parce que parfois, personne ne croit la réalité.

Donc, tu montes ton entreprise.

T’es content, tu nages dans un bonheur sans limites.

En France on dit souvent… Bon on dit souvent plein de conneries en France, mais c’est un autre sujet. En France, t’as des mecs qu’ont jamais monté une boite et qui sont de droite : eux vont te dire que c’est hyper compliqué. Sous-entendu faut bruler toutes les administrations. En face t’as la fille de gauche, qu’a jamais monté une boite non plus qui te dit que « Non au contraire c’est hyper simple », sous-entendu les patrons sont des enculés qui gueulent tout le temps.

Ça leur fait un point commun, ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils devraient s’entendre, « Ah tiens toi aussi tu parles sans savoir, viens je te paye un coup ». Non rien à voir. Ils vont s’engueuler, se déchirer.

Alors je peux vous le dire : nos deux énergumènes, en plus de parler sans savoir, de pas être d’accord, ils ont tous les deux tort et tous les deux raison.

Une boite pour la monter en France, ça demande 1 heure et 1 euro ? C’est vrai. Bim. 1-0

Mais pour avoir le droit de la monter en 1 heure, là, faut y passer 3 semaines pour collecter toute la paperasse…  Vrai aussi. 1-1

Mais c’est APRÈS que les emmerdes commencent. Pas avant.

Avant, il te faut 2, 3 papelards, un statut que tu auras volé sur internet, genre tu veux monter une sandwicherie et tu vas télécharger à la cool la charte de Google ou les conditions générales de ventes d’Apple, mais c’est pas grave, comme personne ne relit en face, ça devrait passer..

On te demande aussi quelle activité tu veux faire. Déjà ça se complique.

T’as le droit à trois codes d’activité gratos. C’est un code à 5 niveaux.

Premier niveau, une lettre. Ça va de « agriculture, sylviculture et pêche » à « activité extra-territoriales ». Oh putain. Sandwicherie, coup de pot, t’as « Hébergement et restauration ». Mais l’épicerie fine tu la mets où ? Genre épicerie fine avec deux trois plats à emporter. Dans restaurant ou dans commerce ? On continue, tu cliques restaurant, on te laisse le choix entre restaurant, traiteurs et débits de boissons. Houla. Surtout que de l’autre côté, tu as « commerce de détail alimentaire ».

Merde, bon tu recliques un coup. Tu te trouves avec « services des traiteurs » ou « autres services de restauration » et il y a un côté angoissant dans tout ça. « Je veux juste monter une sandwicherie ! Je sais l’écrire, l’épeler, le dessiner, mais je trouve pas dans les 15 265 codes ».

Et ça continue : « 56.21Z services des traiteurs » ou « 56.29B Autres services de restaurations » ?

Normalement au bout d’une semaine à hésiter, tu prends toujours un truc « autre ». Faut juste éviter « autres industrie hydrocarbure » pour l’épicerie, mais c’est ça ou l’infarctus. Si t’aimes bien les trucs carrés, tu finis vieux et usé avant d’avoir choisi.

Tu peux aussi prendre un spécialiste à 300 euros de l’heure. Mais t’en es à créer ta boite, tu la soldes pas, donc t’es pas encore pété de thune, tu fais gaffe.

Sinon, tu peux demander à quelqu’un sur internet. Là normalement, c’est la personne qui sait le moins qui répond le plus vite. C’est surprenant, mais ça marche quelle que soit la question. Faites le test hein.

23h48 « Je voudrais savoir quel code NAF je dois prendre pour une épicerie fine » ?

23h49 : Bob « Non, mais ce sont des codes APE et ça n’existe plus donc t’en as pas besoin. »

23h50 : Toi « Forcément que les codes APE n’existent plus, ils ont été remplacés par les codes NAF. Si vous ne savez pas, merci de ne pas répondre»

23h51 : Bob « Ah voilà on veut rendre service et on se fait envoyer chier »

23h52 : Toi « Mais tu ne rends pas service, tu me fous dans la merde. Imagine que je t’écoute » !

Tu peux essayer avec n’importe quelle question hein :

« Ca fait cinq jours que je ne suis pas allé aux toilettes, au bout de combien de temps est-ce dangereux » ? T’es au bord de l’occlusion intestinale et plutôt du mauvais côté du bord, t’es vert, rouge, jaune bleu, on t’appuie sur le bide un peu trop fort et faut refaire toute la déco du salon. 10 secondes plus tard, t’as un mec qui répond :

Bobby « Non, mais c’est très surfait, il parait qu’on peut rester un mois sans y aller »

Bref, tu te choisis un code, des statuts, un type de société « EURL, SARL, SAS, entreprise individuelle, autoentrepreneur » ? Je vais pas expliquer la différence, vu que les mecs qui le font sont payés 300 euros de l’heure, déjà que c’est un texte gratos.

Mais en gros tu choisis un peu au pif et pour démarrer, ça devrait aller. C’est plus tard que ça va chier. Un peu comme un médoc contre le cancer qui te file l’hépatite 5 ans plus tard. Tu sera bien content d’être encore là dans 5 ans pour profiter de ton hépathite.

Là, c’est pareil.

Donc t’as ton dossier.

Tu rentres tout sur le site du CFE. Le CFE ? Le site de la CCI qui regroupe tous les OA. Faites un effort. Le Centre de Formalité des Entreprises monté par la Chambre de commerce et d’industrie avec la paperasse pour tous les Organismes Agréés. Un site pour tout centraliser, plutôt une bonne idée non ?

Le site est assez bien fait, tu scannes, tu charges, et tu dois ensuite valider.

Pour valider la création, il faut :

  • Envoyer le dossier par internet
  • ET
  • L’imprimer et l’envoyer par la poste

Tiens, c’est bizarre ça. Un peu comme un mec qui te dirait bonjour en te faisant la bise et en te serrant la main.

– Bah pourquoi ?

– Non, mais on sait jamais, t’es ptete insensible des mains ou t’as une paralysie faciale.

Bon, ça rassure pas trop. Mais t’as pas le choix.

Trois jours plus tard, bim, courrier du CFE :

« Merci, voici votre numéro de SIRET ou de  SIREN (ou  autre). Bon courage ». Cool. Wow. Les autres organismes t’écrivent. Tous. Merci bon courage, bienvenu, ça fera 500 euros.

Hey, vous voyez, vous gueulez, mais c’est plutôt bien foutu, centralisé. Tout le monde t’a écrit.

Ah, sauf, sauf le RSI. Mais toi, déjà tu sais pas ce que c’est, et puis tu bosses hein, monter la boite, démarrer l’activité tout ça, ça te fait des bonnes semaines.

7 mois plus tard, un courrier du RSI.

« Bonjour, nous prenons acte de votre décision de fermer votre société ».

Ah merde qu’est-ce qu’ils racontent ?

« Comme convenu, vous ne nous devez rien. »

On n’avait rien convenu, mais ça te va.

« Merci donc de nous adresser votre règlement de 7000 euros avant le 3 mars ».

Oh putain, c’est des malades. En plus, on est le 28 février et l’année n’est pas bissextile.

Tu es dans la merde, tu paniques surtout que les 7000€, tu les as pas.

Tu décides donc d’appeler le RSI.

Ahahaha « Décider d’appeler le RSI ». Tu racontes ça à un pote qu’a déjà vécu le truc, il se marre.

« Oui ben tu peux aussi décider de devenir immortel ou de te transformer en labrador, mais tu vas quand même crever bientôt et tu seras à priori sans truffe ni fourrure ».

Déjà trouve le numéro.

Tu tapes sur google « RSI » tu tombes sur un 36 15. Merde. Ah non RSI.fr cool.

Tu arrives sur un site, bon, tu peux le consulter si t’as un commodore, un Amstrad ou un Amiga, mais si ton terminal est du 21e siècle, ça va ramer.

Ah tu vois un bouton « nous contacter ». Oui, mais attention, avant d’avoir le droit de nous contacter faut répondre à une petite quinzaine de questions. Et le niveau des questions accroche toi. Faut être spécialiste du RSI pour y répondre. Tu finis par trouver un 0800. Tu sais les numéros gratuits à un euro la minute.

Tu appelles.

Ça sonne. 25 fois. Et puis. Bip bip bip.

Tiens, y-a pas de répondeur ? C’est marrant ça ? Y-a pas une machine là pour tapoter ton choix ? Comme à la SNCF ?

Non y-a pas.

Pourtant ces machines tu les détestes. Tu préfères parler un humain. Oui, mais avec le RSI tu vas t’apercevoir que ce que tu préfères c’est quand même parler à une machine qu’à rien. Tu rappelles. Pareil. 25 sonneries.

10 fois de suite. 25 sonneries, ça fait long.

Ton premier réflexe si t’es de droite, c’est de gueuler sur ces feignasses du RSI. Mais il y doit y avoir 4 conseillers en Ile de france. T’imagines, si au centre d’appel SFR, il y avait Bob, François, Rachid et Amida ? « Bonjour, le temps d’attente est de 7 heures 32… environ ».

Attendre, tu peux plus, parce que t’as du boulot. Tu rappelleras demain.

Un jour plus tard, donc le 1er mars, il te reste une journée pour payer. Mais comme tu dois rien.

Le lendemain, tu rappelles encore et encore. Vers 15h00, tu tombes sur quelqu’un, mais t’es tellement énervé, que tu vas vite devenir gonflant.

Tu tombes sur François.

Là, il faut savoir qu’au RSI, tout le monde ne veut pas y aller. Ils le savent bien les conseillers que les gens qu’appellent ils sont un peu noués vu le parcours du combattant. Donc ils envoient que les suicidaires, les gens en phase terminale, au bout du rouleau.

Donc François là, il en peut déjà plus et tu lui tombes sur la gueule avec ton :

– Oui alors 7000 euros, voleurs, incompétents, bons à rien. JE TRAVAILLE MOI !

Oui, depuis que t’es patron, TOUS les autres sont des feignasses qui n’en branlent pas une. Depuis que tu fais 35 euros de chiffre par jour en vendant 3 sandwichs dans une poubelle que t’as rénovée, tu as tous les droits.

Et François là, tu le gonfles déjà, mais il te demande ton numéro d’abonné.

  • Heu, AB54
  • Non ça c’est le numéro de dossier
  • Et vous pouvez pas retrouver mon numéro d’abonné à partir de ça, mais putain vous êtes vraiment trop cons
  • Bip bip bip

Faut le comprendre François. On ferait pareil.

Donc là, tu es au bord de l’apoplexie. C’est la crise cardiaque. Heureusement maintenant ils ont mis des défibrillateurs un peu partout. Tu sais les trucs dont personne ne sait se servir sauf pour faire griller des saucisses. Bon toujours est-il que tu rappelles.

2 heures plus tard, tu tombes, méchamment, sur « Francine ». Alors Francine, elle a décidé que c’était bon là, 6 mois qu’elle travaille au RSI, elle a baissé le rideau, terminé les conneries, ce soir, c’est pas les saucisses qu’elle va griller, c’est sa tronche. Du coup, toutes ces histoires d’agressivité, c’est du passé. Elle veut bien rendre un dernier service avant de partir.

  • Bonjour monsieur, comment puis-je vous aider ? Oui donnez-moi votre numéro de dossier
  • Ah bon, mais l’autre il m’a dit heu que c’était le numéro d’abonné qu’il fallait
  • Oui voilà c’est ça
  • Heu
  • Il commence pas 2 chiffres
  • Bah non c’est AB54
  • Oui voilà c’est ça

Oui, parce que Francine elle veut bien t’aider, mais juste elle peut pas. Elle a été formée 3 heures en arrivant et c’était en arrivant de sa cure de repos, elle était encore shooté, je te raconte pas.

Bref elle finit par te dire qu’il faut payer 1000 euros. Maintenant. Mais il te reste 3 heures pour payer et « non on ne prend pas la CB, ni les virements ».

Bon, tu payes le 3 mars.

Le 20 avril, nouveau courrier :

  • Nous avons bien reçu votre payement de 1000€ en retard. Nous appliquons donc une pénalité de 10%. Vous restez donc nous devoir 12 574 euros

C’est pas vrai les mecs, c’est une farce. Déjà 10% de pénalités quand t’y penses. Mais le RSI œuvre pour l’état, et l’état, il rigole pas sur le sujet. Et l’état c’est nous, alors on devrait être content.

Mais tu devais, soit disant 7000€ dont si t’es en retard, ça devrait faire 700€ d’amende. Pas 1000. Et pourquoi ils te demandent 12 574€ ? Mais tu commences à comprendre qu’il n’y a rien à comprendre, faut payer d’abord et gueuler après.

Encore faut-il les avoir les 12 574€ pour payer. Mais admettons, tu cherches à les joindre du 30 mars au 22 avril et le 23 tu payes 12 574€.

Le 24 avril, ne me demande pas comment c’est possible, mais tu reçois :

« Merci pour votre règlement de 700 euros. N’oubliez pas de nous verser les 32 000 restant avant le 15 aout ».

Là tu te dis  qu’ils sont en cheville avec les plus gros dealers de la région et que la came est consommée pure. Faut que tu te déplaces. Il y a 3 caisses en Ile de France, donc c’est un voyage, c’est sûr. 30 ou 40 bornes pour aller voir tes amis du RSI.

J’espère que t’as vérifié les horaires parce que si tu viens le jeudi à 11 heures au pif, en te disant « Bah non, mais un jeudi à 11 heures, ça passe », ça passe pas. Le deuxième jeudi pair de chaque mois impair ils sont fermés, Le 1er mardi de chaque mois aussi et les mois de moins de 29 jours, ils sont fermés tout le mois.

Mais admettons, admettons que t’arrives un jour où c’est ouvert. Normalement, y-a un car de police devant. Ah bah attends, faut voir la gueule des mecs qui viennent. C’est pas pour offrir des chocolats ou taper la discute, ils sont tous au bord de la crise de nerfs, et comme les employés aussi, ça coince vite.

Toi, t’as pris un petit canif avant de partir, mais c’est en défensif, la plupart des autres, ils sont venus pour régler ça dans le sang.

Quand tu travailles au RSI, t’as la même espérance de vie qu’un cancéreux en phase 5. Four ou couteau, la sortie va être brutale.

Blague à part, le RSI fait vivre un cauchemar kafkaïen permanent à des centaines de milliers de personnes et le sujet a finalement très peu d’écho. Un article par-ci par-là, mais globalement, tout le monde s’en cogne :

– Soit t’es de gauche et tu t’en branles des patrons parce que tu les mets tous dans le même sac : le mec qui gagne 5 M€ par mois et le pauvre type qui galère en bossant 60 heures par semaine pour se payer un gros smic. Pour toi c’est pareil, parce que c’est plus simple d’avoir des préjugés que des sentiments.

– Ou alors t’es de droite, mais si t’es de droite, tu vas surtout défendre les gros patrons, oubliant consciencieusement les petits. Je sais pas pourquoi, c’est bizarre. Et si t’es un gros patron, tu t’en branles, t’as une armée de gens qui font toute la paperasse pour toi et qui supportent pour toi toute cette folie.

Bref, bienvenue au RSI.

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Automne | Kylie Ravera

AutomneInterviews_03KylieRavera

Retour de la série d’interviews « Automne » après une petite interruption pour cause de blessure. A la main droite, pour un écrivain c’est gênant. Pour un droitier tout court d’ailleurs. Mais peu importe, après Thierry Crouzet et Neil Jomunsi, voici Kylie Ravera que je suis très content d’accueillir.

Kylie Ravera ?

Oui. C’est moi. Enfin, un bout de moi. Qui contribue à ce que l’ensemble tienne à peu près debout.La tentation de la pseudo reciproque

La tentation de la pseudo-réciproque ?

Une saga scientifico-humoristico policière en 7+1+1 tomes née entre les bancs d’une prépa scientifique dans un lycée parisien et la forêt de Brno en République Tchèque, autoéditée depuis 2007 et chatouillant aujourd’hui les 2500 exemplaires vendus.

Et après ?

Après, ça devait être en décembre 2016, mais finalement, ce sera plutôt en décembre 2017. Un recueil de 13 nouvelles, pour la plupart inédites, illustrées par Guillaume Sanrankune et publiées au format papier exclusivement.

Pour te découvrir, tu conseilles quoi ?

Mon vide-grenier, et puis évidemment le tome 1 de la tentation de la pseudo-réciproque puisqu’il est disponible en téléchargement gratuit.

Le roman et le lecteur de roman vont disparaitre pense Philip Roth. Un avis ?

Je n’ai pas prévu de disparaître et je compte bien continuer à m’avaler une trentaine de romans par an. Et autour de moi, je constate plutôt la prolifération de la chose écrite, tout comme des consommateurs de ces fictions. Après, peut-être n’avons-nous pas la même définition du roman, avec M. Roth ?

Est-ce raisonnable, souhaitable de vouloir vivre de ses écrits ?

Ce n’est pas mon choix. Peut-être parce que je serais bien dans la mouise si ça l’avait été. Chacun est libre de se fixer des objectifs et de se donner les moyens de les atteindre, en l’occurrence, je trouve que la part de chance pour y arriver est bien trop importante pour fonder un projet de vie là-dessus. Tant mieux pour ceux qui y parviennent !

De plus en plus de personnes s’éloignent des réseaux sociaux, en disparaissant complètement ou en réduisant leur activité. Et toi ?

Ça va pas, non ? Je viens tout juste d’investir dans un couple de chats…

Bon, sinon, je continue à trouver dans Facebook et Twitter des sources d’information, de sourire, de colère, d’interrogation, d’émerveillement… Je suis plus consommatrice qu’émettrice en ce moment, certes, mais ça me convient.

Thierry Crouzet a écrit « 101 raisons de ne pas voter » qu’il définit comme un acte politique. Un avis ?

Je vote. Toujours. Même si c’est avec la rage au ventre et pour le moins pire. Parce que je ferais une très mauvaise survivante. Je préfère être dans l’opposition que dans le maquis.

Comment découvres-tu de nouveaux livres ?

Essentiellement grâce aux recommandations de mes copains / copines lecteurs / lectrices.

Un livre inconnu* à nous faire découvrir ?

Je ne sais pas dans quelle mesure il est inconnu, mais je recommanderais « Lavage à froid uniquement » d’Aurore Py. Un peu polar, un peu chronique sociétale humoristico-désespérée sur notre capacité à « gérer » famille, travail, aspirations profondes, à une époque où l’on attend de tout un chacun qu’il endosse les costumes de superman et de wonderwoman, alors que les super-pouvoirs n’existent pas.

Un.e auteur.e inconnu.e* à nous faire découvrir ?

J’ai plus de mal avec la notion « d’auteur à faire découvrir ». Un auteur peut avoir écrit un livre qui va nous enthousiasmer à un moment alors que le suivant va nous décevoir profondément. J’ai tendance à dissocier les livres de leur auteur.

Bon, même si ça ne signifie pas que je lui donne un blanc-seing, et même si c’est très loin d’être un inconnu, je citerais JM Erre, dont les œuvres ont une tendance assez constante à m’arracher des éclats de rire, et dont j’aimerais bien qu’il le soit plus, connu.

Une question qu’on ne t’a jamais posée ?

Quelle est la racine cubique de 74088 ? (La réponse est 42.)

Tu arrêtes quand d’écrire (la question qu’on n’a jamais posée à Neil Jomunsi)

J’ai déjà arrêté plusieurs fois. Recommencé plusieurs fois. C’est assez imprévisible.

Cette série d’interview repose sur la sérendipité. J’interviewe qui après ? Tu peux mettre deux ou trois personnes et une question à ajouter si tu as envie

Je pense que Martin Page et Justine Niogret peuvent avoir des choses intéressantes à raconter.

Une question à ajouter : j’adore les coïncidences, j’aimerais bien qu’ils partagent si quelque chose de particulièrement improbable leur est arrivé.

« La loi de Gaia » | Anticipation ou prédiction ?

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LaLoiDeGaia_CarolineGiraud

Cette semaine, pour la quatrième Excursion en Auto-édition« , après « Strapontin pour une marguerite« , je continue dans la découverte absolue (pour moi). J’ai vu passer la couverture de « La loi de Gaia » qui m’a intriguée, alors ni une, ni deux, je l’ai acheté.

L’histoire

LaLoiDeGaia_CarolineGiraudFidèle à ma volonté de ne pas dévoiler plus que ce que l’autrice a décidé, je me content de la quatrième de couverture pour présenter l’histoire.

Loi de Gaia, article 1
Les survivants du pays détruit par l’explosion nucléaire sont déchus de leur humanité et doivent porter un tatouage permettant de les identifier. Chaque tatouage représentera un animal symbolisant le crime commis. Un loup pour le meurtre, un lion pour le viol, un renard pour la torture et un tigre pour le rapt d’enfants. 

Article 2
Les tatoués seront distribués aux familles et amis des victimes pour leur permettre de se venger de leurs crimes. Un maître a tous les droits sur son tatoué, excepté celui de le tuer. Il peut le battre, l’exploiter, le revendre, l’enfermer, etc. 

Article 3
Toute atteinte d’un tatoué sur un civil sera punie par un emprisonnement à vie dans un camp de torture.

Paris croule sous les bombes et les fusillades depuis que Kagan Közul est revenu se venger de ceux qui l’ont injustement envoyé en prison cinq ans auparavant. Des trois coupables, il n’en reste plus que deux : Sarah et Milian se haïssent, mais à présent ils doivent survivre, ensemble.

Un petit avis

Je n’avais pas lu la quatrième de couverture avant de commencer, pour garder la surprise, totale, intacte. Car c’est le grand plaisir de cette série de chroniques, la surprise. Aucune idée de qui est Caroline Giraud, aucune idée de ce qu’elle écrit ni de son style. J’ai juste vu une phrase sur le fait que les tatoués étaient devenus des esclaves et hop, j’y suis allé de mes 3 euros.

Ca commence par un chapitre à la première personne et c’est l’héroine qui parle. Et elle parle au présent. Le ton parait juste. Sans fioritures, mais sans niaiseries non plus. Chapitre suivant, c’est un autre personnage, un homme, et il parle au passé. Et ils vont alterner leur récit sur ce mode. Avec l’irruption d’un deuxième homme, pour que le triangle amoureux soit complet.

Le procédé n’est pas nouveau, mais ca coule tout seul. Le monde décrit n’est pas très différent du notre et les tatoués, devenus esclaves, représentent les musulmans. Pour le coup, ce n’est, malheureusement, pas hyper original non plus, mais vu les temps que nous traversons…

Je ne vous raconte pas la suite parce que je ne fais pas de chroniques spiolantes, mais c’est assez bien écrit. Ce n’est pas ce que je lis naturellement mais je ne regrette pas, au contraire. J’aurais peut-être raccourci un peu la fin, mais surement car lorsque j’écris j’ai tendance à très peu délayer et à plutôt expédier la fin qu’à la faire durer.

Un petit point de détail : l’autrice parle d’une dystopie, terme qu’on retrouve un peu partout depuis quelques années, même si le genre n’est pas nouveau. Mais ça m’a plus fait penser à de l’anticipation. On se trouve, me semble-t-il, dans un futur proche, et non pas dans un présent alternatif. Enfin, c’est le sentiment que j’ai eu.

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Emploi, robot et formation – la trinité du mensonge

Robot_Emploi_Formation

Après l’argument « La technologie a toujours créé des emplois donc elle continuera », lorsque l’on gratte un peu et que ce point tombe aussi, il reste une cartouche à ceux qui ne s’inquiètent pas de la robotisation, car leur avenir n’est pas en cause (en tous cas pas tout de suite), la fameuse FORMATION.

Formation, le mot est lâché, vous pouvez arrêter de vous inquiéter puisque y’a k’a fokon la formation et la robotisation pourra être accueillie comme le messie qu’elle est pour ces apôtres de l’aveuglement.

Camarade, nous sommes en 2017, ça fait à peu près 30 ans que la formation est sortie comme la solution miracle à TOUS les problèmes d’emplois en France – et ailleurs.

Dans les faits ?

Regardons, de manière grossière j’en conviens, le bilan de la formation en France :

  • 32 milliards d’euros, en 2012 parce que c’est tellement le bordel qu’on n’a pas de chiffres plus récents.
  • Ceux qui en bénéficient le plus sont les cadres, les actifs. Le moins ? Les ouvriers, les jeunes et les chômeurs.

Donc déjà, on avance un système qui en France favorise ceux qui en ont le moins besoin et on s’appuierait dessus pour aider ceux qui vont en avoir le plus besoin. C’est un peu comme mettre un vaccin contre la rage des chiens dans de la pâté pour chat, ça doit fonctionner sous certaines conditions, mais je ne parierai pas sur le succès.

Donc, amis optimistes, vous proposez comme arme ultime pour l’emploi un truc qui ne marche déjà pas.

Mais je vous entends : « Oui, bah y-a qu’à réformer la formation, c’est d’ailleurs ce qu’on propose ».

Alors admettons, admettons qu’au lieu d’utiliser la formation uniquement pour fausser les statistiques du chômage, on prenne vraiment cette activité au sérieux, je vous le demande :

À quoi allez–vous former ces 6 millions de chômeurs et les 3 autres qui attendent dans les starting blocs de l’automatisation ?

Allez-y, soyez créatifs, donnez-moi, juste UN métier qui dans 5 ou 10 ans permettrait de dégager plus de 50 000 emplois ? Allez, j’attends ?

Attention, ne me sortez pas un métier dont les besoins en personnels sont déjà couverts par les écoles ou formations existantes hein, non trouvez-moi UN métier dont le solde d’emploi sera +50 000 SI on forme les gens, puisque la formation est la solution…

Rien ? Alors regardons certains métiers qui ne connaissent pas la crise aujourd’hui, on a :

  • Analyste programmeur. Oui et il y a genre 5000 écoles qui forment des analystes programmeurs. On va en créer 1000 de plus ?
  • Carrossier. Ben voilà, on va former les gens à devenir carrossier et le problème du chômage est réglé.
  • Ambulancier. Faut rendre les gens plus malades et on est sorti de l’auberge.

Mais c’est le présent, admettons pour le futur, c’est quoi les métiers du futur ? Mais vous allez peut-être m’en trouver un, ok, ça fait 50 000 nouveaux emplois, mais les 8 millions 950 000 autres chômeurs ? J’entends votre mépris :

  • Mais mon pauvre monsieur, c’est terminé les métiers qui pourvoyaient du travail pour des dizaines de milliers maintenant il faut s’adapter d’où l’importance de la formation.

OK, on tourne en rond, mais c’est pas grave.

6 à 9 millions de chômeurs qui doivent trouver du boulot grâce à vos nouveaux métiers, chaque métier permettant de faire travailler disons 10 000 personnes. Ça nous donne donc 900 métiers. Allez disons même que 500 métiers dont les besoins ne sont pas couverts par les écoles existantes – bah oui, sinon, c’est pas de jeu.

500 métiers pour dans 10 ans ou 20 ans, vous allez bien être capables de m’en citer une petite dizaine ? Allez-y j’attends.

« Mais on ne peut pas savoir, justement, ce sont de nouveaux métiers ».

OK, mais on saura quand ? Ça fait dix ans que j’entends ça… Et toujours rien. Les nouveaux métiers qui sont apparus piochent dans le vivier existant des écoles, pas au fin fond de Pôle Emploi.

Et c’est aussi ce que vous oubliez dans votre « diagnostic » : vous êtes bien planqués, entre deux repas d’affaires, et vous décidez pour les gens de ce qui est bon pour eux et de ce qu’ils doivent faire. Mais ça ne vous concerne pas.

Votre caissière là, vous croyez qu’elle est caissière par passion ? Elle est caissière parce que peut-être elle a dû arrêter ses études pour s’occuper de sa grand-mère, ou qu’elle était mauvaise à l’école et quand elle s’est révélée vers 22 ans pour l’architecture , il n’y avait plus d’argent dans sa famille pour reprendre des études, ou elle n’a trouvé que ça et vous pouvez aligner des centaines d’autres raisons qui n’ont rien à voir avec « Bon, alors maintenant j’ai fait caissière, et si demain, je faisais ingénieur agronome* ».  Et lorsque vous êtes caissière, en général, chaque centime compte. Alors vous retrouvez à faire 6 mois de formations en touchant 20% de salaire en moins, c’est tranquille quand on tourne à 7000€ par mois, un peu plus tendu lorsque qu’on fait 28 heures par semaine au Leclerc du coin pour 850 euros par mois.

Il y a 9 millions de pauvres, qui sont les plus touchés par l’automatisation, vous croyez qu’ils peuvent en plus se permettre de perdre une partie de leur thune pour se former ? Qu’ils en ont le temps pour ceux ou celles qui s’occupent de leurs enfants à côté ? Surtout pour leur promettre du vent ?  J’ai pris caissière car c’est un de ces métiers qui va disparaitre et si mon exemple est un peu caricatural j’en conviens, il est plus proche de la réalité des 9 millions de pauvres que vos plans sur la comète qui n’engagent que les autres.

Votre idée est surement très bonne pour les cabinets de formations qui réussiront à tromper plein de gens bien intentionnés à Pôle Emploi, mais comme solution à la disparition de l’emploi, dans un monde capitaliste qui appuie de plus en plus sur les faibles, votre « solution » s’apparente à éteindre un incendie à coup de canon : c’est bon pour les marchands de canons, moins pour les gens qui commencent à cramer, mais comme ça fait plein de bruit et plein de poussière, faut attendre que tout ça retombe pour comprendre qu’on s’est fait escroquer.

PS : j’ai pris des sources que j’utilise rarement histoire de montrer que je ne suis pas sectaire, mais on peut en trouver beaucoup d’autres qui pointent à peu près la même chose

* je ne parle pas de capacité ou incapacité hein, c’est un autre sujet

 

Automne | Neil Jomunsi

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AutomneInterviews02NeilJomunsiVignette

La semaine dernière, pour le lancement d’Automne, cette série d’interviews autour de l’écriture, du roman et de la sérendipité, j’ai eu le plaisir d’accueillir Thierry Crouzet. Qui proposait à la fin d’interviewer, entre autre, Neil Jomunsi. Et ça tombe bien car j’avais prévu d’inclure Neil dès le début de cette série.

Neil Jomunsi ?

Peut-être plus pour longtemps. C’est en tout cas le nom sous lequel j’écris en ce moment.

Tu écris quoi ?

neil-jomunsiCe qui me passe par la tête. Ça tourne souvent autour de thèmes récurrents — le monstre en soi, l’isolement, la simplicité du cœur —, et ça peut prendre la forme de nouvelles, de romans, de podcasts, d’articles de blogs, de vidéos. J’aime cette époque car elle a considérablement élargi la palette de l’artiste. Mon dernier roman s’intitule « Kappa16« . Ça parle de robots et de shintoïsme, ou comment on place une âme dans la tête d’une machine.

Une influence ?

Plusieurs, et elles fluctuent en fonction de l’humeur et des années. J’ai eu ma période Lovecraft, ma période Michaux, ma période Foster Wallace, ma période Bradbury, et tant d’autres. Tous les auteurs et toutes les autrices que je lis m’influencent, en bien ou en mal. Je suis une véritable éponge, et ça peut être un souci quand je me lance dans un projet et que je me mets à lire quelque chose qui n’a rien à voir. Par porosité, ça peut modifier l’orientation de ce que je suis en train d’écrire.

Le projet Bradbury ?

52 nouvelles écrites en 52 semaines. J’ai pris au mot Ray Bradbury qui disait qu’il était idiot de s’épuiser sur des romans pour apprendre à écrire : mieux valait pondre une nouvelle par semaine pendant un an, ainsi on apprendrait bien mieux. D’autant qu’à la fin, on a 52 textes, par nécessairement tous bons, mais pas forcément tous mauvais non plus. Ce n’est pas rien. J’en suis venu à bout au terme d’un an d’efforts non-stop il y a deux ans maintenant (ou trois ?). C’est un des sommets que je suis le plus fier d’avoir gravi.

Editeur ou auto-édité ?

Les deux. Je suis à cheval entre deux mondes, deux modèles, et j’essaie de trouver le bon dans chacun d’entre eux. Ce n’est pas toujours simple, il y a beaucoup de concurrence, de rancœur, de suspicion entre ces deux rivages. Étant moi-même éditeur*, je ne peux que comprendre les écueils que traverse l’industrie en ce moment, et j’ai beaucoup de respect et d’affection pour ce métier difficile, pour peu qu’on le fasse bien. L’auto-édition permet aux autrices et aux auteurs de toucher plus rapidement et plus directement leur lectorat. Cela peut donner des résultats passionnants. Le projet Bradbury n’aurait jamais pu voir le jour sans internet et l’auto-édition.

Le roman et le lecteur de roman vont disparaitre pense Philip Roth. Un avis ?

Non. Je ne sais déjà pas ce que je vais manger ce soir, je ne vois pas comment je pourrais connaître l’avenir du roman. Philip Roth doit avoir une sacrée boule de cristal. Pour ma part, j’aime le roman et je vois autour de moi des tonnes de gens qui aiment le roman. Je ne vois pas pourquoi cela disparaîtrait, du moins dans un futur proche.

Est-ce raisonnable, souhaitable de vouloir vivre de ses écrits ?

Raisonnable, non : c’est très difficile aujourd’hui de vivre de ses écrits, notamment quand on fait de la fiction. On ne peut pas miser là-dessus. Souhaitable, bien sûr, ça l’est toujours : sur un malentendu, on peut en faire son métier. Il faut que le public soit au rendez-vous au bon moment, il faut avoir de la chance, rencontrer des personnes bienveillantes qui veulent vous aider, parce qu’on n’y arrive pas seul. Et il ne faut pas craindre de gagner peu. Il y a de plus en plus de postulants, donc les places sont de plus en plus chères et ce n’est pas fini. Ce n’est pas irréaliste, c’est encore possible, mais il faut savoir tempérer ses espoirs.

Pour te découvrir, tu conseilles quoi ?

J’ai beaucoup d’affection pour Kappa16, mon dernier texte. Sinon, les intégrales du Projet Bradbury en disent beaucoup plus sur moi que n’importe quelle interview.

Tu viens de quitter les réseaux sociaux. Et après ?

Je ne sais pas. Je navigue à vue, c’est une habitude. Je n’ai aucun plan. Je veux reconnecter les gens entre eux, et je ne pense pas que les réseaux sociaux soient une bonne manière de le faire. Pourtant, j’y suis longtemps resté et j’y ai beaucoup participé. Mais je ne veux plus engraisser le bruit blanc. Les réseaux sociaux nous modifient en profondeur, et je ne suis pas sûr de vouloir accepter là plus longtemps.

Un livre inconnu à nous faire découvrir ?

Rien n’est jamais vraiment inconnu, non ? Allez, j’en tente quand même un : « Dr Adder » de K.W. Jeter. Un brûlot cyberpunk trouvé en bouquinerie pour 1€, ça fait pas cher pour une grosse claque. « Nous avons toujours vécu au château » de Shirley Jackson aussi. Très proche de ce que j’aimerais écrire désormais.

Un.e auteur.e inconnu.e à nous faire découvrir ?

En plus des deux précédemment évoqués, je pourrais citer Christopher Moore, un bijou d’absurde et d’humour, et Octavia Butler.

Une question qu’on ne t’a jamais posée ?

Quand est-ce que tu arrêtes d’écrire ? (je n’ai pas la réponse)

Cette série d’interview repose sur la sérendipité. J’interviewe qui après (tu peux mettre deux ou trois personnes) ?

Pouhiou, Lizzie Crowdagger et Blaise Jourdan. Des personnes qui ont des choses à dire et que le monde ferait bien d’écouter.

Cette interview a été réalisée fin 2016, alors que Neil venait juste de quitter les réseaux sociaux, d’où la question. Depuis il y est de retour. Et en plus, il est, depuis le 19 février 2017, l’instigateur de L’ALLIANCE DES AUTEURS INDÉPENDANTS FRANCOPHONES dont nous reparlerons surement. Bref, je le remercie d’avoir pris le temps de répondre et rendez-vous la semaine prochaine pour une autre interview crépusculaire.

* Studio Walrus, que j’ai totalement oublié de mentionner dans les questions.

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