Les robots, l’automatisation et l’IA (puisqu’il faut coller de l’IA partout pour faire genre) vont détruire des millions d’emplois. Si la cause est entendue par à peu près tout le monde, on diverge sur les conséquences et les nouveaux emplois. Mais sur les métiers menacés ? Eh bien j’ai noté une tendance prononcée à la schizophrénie que je vous soumets, car il y a deux manières radicalement opposées de considérer le boulot de merde selon qu’il est d’hier ou d’aujourd’hui. Alors que moi, bêtement, je croyais que seul l’état de celui qui faisait le boulot de merde importait.

À mort les métiers de merde d’hier

Lorsque j’évoque les métiers menacés, et les populations qu’il y a derrière, très souvent l’argument maître arrive : “Mais ce sont des jobs pénibles, compliqués, alors tant mieux s’ils disparaissent”. Et ainsi, au détour d’une phrase qui se veut de bon sens, bim, 500 000 familles se retrouvent dans la merde parce qu’on a estimé que leur boulot était trop compliqué, trop dur. Génial, mais vous faites quoi à la place ? “On va trouver”.

Que de considération! Que d’empathie! Mais venant de la bouche même de ceux qui trouvent normal que notre société laisse crever des gens de faims, oblige des travailleurs pauvres à dormir dans leur voiture, pousse dans la misère des populations entières, cette sollicitude me fait tiquer. Et je trouve un peu léger cette manière de balayer leur situation d’un « leurs boulots sont trop durs alors c’est bien qu’ils disparaissent « . En ajoutant au besoin qu’ils n’auront qu’à se former*

Mais admettons, car je partage cette idée qu’il n’y a pas de raison que les boulots des plus démunis soient si durs, si pourris, si mal payés. Au passage, celui ou celle qui raye d’un trait tous ces métiers ne fait JAMAIS les métiers en question. J’aimerais bien qu’on débarque dans leur bureau “ton boulot est TROP DUR, rentre chez toi. Si je t’assure, c’est MIEUX pour toi”.

Mais enfin, admettons oui, l’automatisation va tuer certains emplois qui auraient dû disparaître depuis longtemps car dangereux, précaires, mal payés etc.

Vive les métiers de merde de la startupnation

Les mêmes qui souhaitent la disparition de ces emplois de merde, devraient tout faire pour faciliter l’apparition de boulots décents. Logique non ? Pourtant lorsqu’il s’agit de créer des nouveaux emplois, nos mêmes pourfendeurs des métiers TROP DURS, n’ont pas de mots assez forts pour célébrer les jobs pourris à la foodora, deliveroo, uber et toute la clique.

Là bizarrement, c’est “génial, ces boulots pour ces jeunes qui en veulent”, “ça n’a jamais fait de mal à personne de pédaler un peu”. Bah alors ? Et si toi on ajoutait des pédales à ton fauteuil de ministre et qu’on te casquait toutes les 50 bornes, à part l’accoudoir de ta mercedes, t’arriverais à te payer quoi dans le mois ?

J’observais des livreurs d’une de ces boites de “services” et bordel, en 5 ans, on a réussi à dézinguer le salariat et à créer des esclaves modernes, officiels, et en plus il faudrait le célébrer. Si le seul avenir de la personne qui a un métier de merde d’hier, c’est un métier de merde d’aujourd’hui, c’est-à-dire aussi pourri mais avec 10 fois moins de garanties, expliquez-moi où est le progrès? Pour ceux qui font le job hein, par pour le compte de résultat de votre start-up bidon ou votre boîte de consulting d’influenceurs en bullshit.

Que ceux qui ne sont rien se sacrifient pour ceux qui vont réussir

Bref, je supporte de moins en moins cette espèce de satisfaction puante lorsqu’on joue avec les vies de gens qui sont déjà dans des conditions compliquées. À mort les boulots de merde ? Oui ! Ceux d’hier, d’aujourd’hui et de demain. Et vous savez quoi ? Les robots, l’IA et l’automatisation nous permettent de saisir cette opportunité pour relancer le système, le réinventer pour offrir à toutes et tous une vraie chance. Pas aux mêmes 5% de nantis qui se servent sur la laine des 95% restant. Pas à ceux qui pensent qu’on n’est rien si on n’exploite pas les autres

PS: je précise à toutes fins utiles que la référence « emplois de merde » ne s’applique pas à l’activité mais bien aux conditions dans lesquelles elle s’exerce : on peut prendre son pied à faire n’importe quel boulot, ce n’est pas une raison pour vivre dans l’insécurité, la précarité etc…

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