Un nouveau métier tombe tous les jours dans l’escarcelle des robots. J’en décris 40 dans « Mon collègue est un robot » mais aujourd’hui, c’est la profession de juge qui entre dans leur champ des possibles.

Justice et robotiqueEn effet, l’University College de Londres vient de sortir un robot juge (je simplifie). Et ce robot, à qui l’on a demandé de juger 584 affaires de violations des droits de l’homme a rendu un verdict identique dans 79% des cas. Sous-entendus plus ou moins subtile et plus ou moins appuyé : « les robots  se trompent dans 21% des cas ». Ou dit autrement, les juges humains ne se trompent jamais.

Vous êtes tombé.e de votre chaise vous aussi ? Car c’est un biais fascinant dès qu’on parle travail et robot : l’étalon est souvent l’être humain comme si l’humain était irréprochable. Comme si nous vivions dans un monde parfait.

Combien de fois ai-je entendu « Avant qu’un robot puisse conduire aussi bien qu’un humain ». MAIS MONSIEUR MADAME, les humains conduisent comme des merdes. Ils ne respectent pas les distances de sécurité, ils s’endorment, ils s’énervent. Les robots conduisent 10 fois mieux que les humains et depuis un petit moment déjà !

Appliqué à la justice, ce raisonnement devient coquasse. Dans quel monde faut-il vivre pour croire que la justice humaine est remarquable ? Ne parlons même pas de sa lenteur qui est en train de la rendre injuste par nature.

Oh bien sûr, une justice robotique pourrait nous emmener droit dans le mur à une vitesse de compétition. Mais pour étalonner un peu mieux, je propose que nous fassions rejuger les affaires Dreyfuss, Outreau et Raddad, par des robots, avec les mêmes éléments qu’à l’époque.

Et voyons si les robots jugent comme les humains. Et si la justice en sort grandie ou pas ?

Je vous fiche mon billet que le robot le plus incompétent, le plus malhonnête et le moins bien conçu n’arriverait jamais à un jugement aussi inepte que celui d’Outreau. Et il est à peu près sûr que le robot finirait à la casse, pas promu.

Je suis prêt à parier que le premier robot juge trouverait toutes les failles dans la prétendue culpabilité d’Omar Raddad.

Demandons à ce que les robots rejugent ces trois affaires. Et à partir de là, nous pourrons peut-être constater que notre société a tellement perdu son humanité que des robots ferons preuve de plus de justice que nous.

PS : heureusement le débat prend forme, notamment aux utopiales 2016.

PPS: au passage, comme d’habitude, les robots juges ne sont pas là pour prendre le travail des juges mais pour que les juges puissent se consacrer à des tâches plus nobles.

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