Les robots, ou intelligences artificielles, ou quel que soit le nom que vous donniez au monde qui vient, charrient avec eux bon nombre de craintes, de discussions, sur la place de l’homme dans la société. Sur le sujet de l’emploi, j’ai commis « Mon collègue est un robot » mais ce n’est pas le sujet de cet article.

Face à cette menace (réelle ou pas, le débat reste ouvert), cette situation, il y a en gros, deux types de réactions caricaturales :

  • Oui, il faut avoir peur des robots, ils vont nous piquer tous nos jobs, ce qui n’est absolument pas le propos. Avoir peur n’a jamais servi à rien et les robots, je le répète, sont une chance formidable pour l’humanité.
  • Non, la technologie a toujours créé des emplois, vous êtes des peureux. J’ai déjà répondu ici à ce raisonnement aussi rassurant que méprisant. Les conseillers de LouisXVI aussi ont du lui expliquer qu’une jacquerie de plus ou de moins n’allait pas changer la face de la monarchie.

Mais toujours est-il que quelque que soit le penchant, il y a un truc qui revient en boucle, qu’on soit pro, anti robots ou entre les deux, c’est :

JAMAIS un robot ne sera capable de faire MON travail.

C’est fascinant. Alors forcément mon constat est biaisé car dans les personnes que je suis ici ou là, il y a assez peu d’ouvriers ou de caissiers, je ne connais donc pas leur avis, mais pour les autres, c’est fascinant :

  • Les traducteurs, qui hurlent à la mort sur google translate, en expliquant que « Oui un robot peut remplacer un ouvrier, mais jamais un robot ne sera capable de traduire « la peste » de Camus ». D’une ça reste à prouver, de deux, peut-être que jamais un robot ne sera capable de devenir le meilleur ouvrier de France, ça ne l’empêchera pas de tailler des croupières à tous les autres. Idem pour les traducteurs.
  • Les Écrivains, puisque par la force des choses j’en suis beaucoup et là c’est pareil, pas un écrivain, ou presque, pour imaginer qu’une machine puisse faire la même chose. « Jamais un robot n’écrira un bon roman ».
  • Les Avocats ? Pas possible, « ça fait appel à des mécanismes trop complexes ». Amusant lorsque l’on sait que les avocats vont être les premiers touchés. Et là, un mécanisme classique, l’acceptation d’une partie de la réalité, en mode : Les robots feront ce qu’on ne veut plus faire, genre « Ah oui, les robots vont pouvoir faire ce qu’on filait aux stagiaires, oui le classement, la recherche ah oui forcément ». Oui, sauf que la même personne t’expliquait il y a cinq ans que même ça, ce serait impossible. Aujourd’hui c’est une évidence, mais ça reste visiblement trop dur de se projeter 5 ans de plus.
  • Les Juges. Demandez à un juge sur twitter si un robot pourrait faire son boulot, bien sur que non inculte. Pourtant les robots juges sont déjà là et, comme j’en parlais ici, il serait intéressant de les faire rejuger Outreau, Raddad et Dreyfus. Pour voir.
  • Les Médecins ? Je me souviens qu’une pointure de la robotique, me disait « Mais les robots chirurgiens, ils seront toujours là pour aider le chirurgien, jamais ils n’opéreront en autonomie ». Une semaine plus tard, la première opération effectuée par un robot avait lieu. Une petite opération bien sûr (en fait le robot avait recousu le patient) mais opération quand même
  • Compositeur, dans la lignée de romancier, voilà aussi un autre créneau où les robots ne pourront JAMAIS créer de la musique. Allez donc écouter cette symphonie créée par une IA et on en reparlera. Et surtout faites-la écouter à des personnes sans leur dire.

Ces réactions m’amènent deux réflexions :

  • Nous avons visiblement du mal à accepter qu’un robot puisse faire notre travail. Celui du voisin OK, mais pas le notre. C’est surement lié à un besoin de se sentir utile, ou un truc dans le genre mais l’aveuglement n’a jamais sauvé personne ni modifié la réalité.
  • Nous avons décidément du mal à comprendre qu’il n’y a pas besoin que les robots fassent aussi bien que nous ! S’ils font deux moins bien mais coûtent 4 fois moins cher, ils entrent en concurrence avec les humains. Pas besoin d’une nouvelle « Flûte enchantée » pour qu’un producteur se demande s’il ne devrait pas confier la musique de son prochain film à cette IA qui revient 5 fois moins cher que ce casse pompe à l’égo surdimensionné.

Bref, pas besoin que les robots prennent tout le boulot pour que ce soit la merde. J’ai parfois l’impression que beaucoup se croient dans les années 50. Youhou, nous sommes en 2017, et, de ce que l’on peut en juger, le système parait un tout petit à bout de souffle, en bout de course. Alors pas besoin d’un tsunami pour qu’il s’écroule, emportant votre travail aussi avec.

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