<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Valéry Bonneau, écrivain</title>
	<atom:link href="https://www.valerybonneau.com/feed" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.valerybonneau.com/</link>
	<description>Romans noirs, nouvelles noires, essais acides</description>
	<lastBuildDate>Thu, 09 Feb 2023 07:38:20 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	

<image>
	<url>https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2015/06/ValeryBonneauEcrivainRomanNoirNouvellesSD-144x144.jpg</url>
	<title>Valéry Bonneau, écrivain</title>
	<link>https://www.valerybonneau.com/</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>L&#8217;ange et le clochard</title>
		<link>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/ange-clochard</link>
					<comments>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/ange-clochard#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Valery]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 07 Feb 2023 06:05:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Nouvelles Noires]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.valerybonneau.com/?p=5012</guid>

					<description><![CDATA[<p>Vous en avez marre de déprimer en lisant mes nouvelles ? Alors pour cette 104e nouvelle noire, j&#8217;ai décidé de lever le pied sur les dépressifs, les suicidés et les fins du monde. Ce serait presque une nouvelle feel-good. Presque hein. Hans fait la manche à Paris, il a perdu tout espoir et puis&#8230; Cette [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/ange-clochard">L&#8217;ange et le clochard</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img fetchpriority="high" decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-5013" src="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2023/02/NouvellesNoires-S07E01-Ange-Clochard-Bandeau.jpg" alt="NouvellesNoires S07E01 Ange Clochard Bandeau" width="1600" height="300" srcset="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2023/02/NouvellesNoires-S07E01-Ange-Clochard-Bandeau.jpg 1600w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2023/02/NouvellesNoires-S07E01-Ange-Clochard-Bandeau-300x56.jpg 300w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2023/02/NouvellesNoires-S07E01-Ange-Clochard-Bandeau-630x118.jpg 630w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2023/02/NouvellesNoires-S07E01-Ange-Clochard-Bandeau-768x144.jpg 768w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2023/02/NouvellesNoires-S07E01-Ange-Clochard-Bandeau-1536x288.jpg 1536w" sizes="(max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /></p>
<p><i>Vous en avez marre de déprimer en lisant mes nouvelles ? Alors pour cette 104e nouvelle noire, j&#8217;ai décidé de lever le pied sur les dépressifs, les suicidés et les fins du monde. Ce serait presque une nouvelle feel-good. Presque hein. Hans fait la manche à Paris, il a perdu tout espoir et puis&#8230;</i></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Cette nouvelle est dédiée à Marie Lange.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>La version audio est disponible sur <a href="https://soundcloud.com/valerybonneau/34-lange-et-le-clochard" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundcloud</a> mais aussi sur <a href="https://open.spotify.com/episode/41zcihteTSwGovaej5Q64r?si=4a5c28fc05204c76" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>, <a href="https://www.deezer.com/fr/show/468872" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer, </a><a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/30-d%C3%A9j%C3%A0-lu/id1477714079?i=1000591284322" target="_blank" rel="noopener noreferrer">iTunes</a>.</em></p>


<hr class="wp-block-separator has-css-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">L&#8217;homme n&#8217;espérait plus rien quand la femme passa devant lui. Il était assis par terre, il faisait la manche, dans le froid. Il n&#8217;attendait tellement plus rien qu&#8217;il n&#8217;attendait plus la mort non plus. Hans, car il était allemand, faisait la manche dans un quartier chic de Paris.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il était venu de Munich avec des rêves plein la tête.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son père lui répétait souvent : « Si tu cherches à être heureux, tu ne peux pas te tromper. Tu y arriveras toujours ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors qu&#8217;il sentait le froid du trottoir lui mordre le postérieur, que ses lèvres gercées le faisaient souffrir et que la faim le taraudait, il repensa à son vieux père mort dix ans plus tôt. Il n&#8217;aurait pas aimé le voir ainsi. Hans songeait aussi qu&#8217;il aurait peut-être pu lui donner d&#8217;autres conseils. Des conseils plus pratiques. Mais toujours son père revenait au bonheur :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ta mère, Dieu ait son âme, nous a quittés trop tôt pour que tu la connaisses, mais elle t&#8217;aurait dit la même chose : « Le bonheur avant tout ». La poursuite du bonheur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et lorsque Hans, parfois, s&#8217;enhardissait, osait demander :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais et le succès ? On ne peut pas être heureux si on a le succès&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et plus timidement encore il ajoutait :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et l&#8217;argent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et son père, comme possédé, balayait l&#8217;argument d&#8217;un geste, définitif :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Hans, le succès, le vrai succès, si un jour tu le trouves, tu croques dedans. Tu jouis de son goût sucré et rassurant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Voilà un programme qui convenait à Hans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et tu recraches aussitôt, car c&#8217;est un poison.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Grelottant de peur, de froid, Hans avait encore le goût du succès dans la bouche. Il y avait goûté. Mais il n&#8217;avait pas suivi le conseil de son père, il n&#8217;avait pas recraché. Il en avait repris encore et encore. Et s&#8217;était empoisonné le corps et l&#8217;âme. Pour le corps, il lui suffisait de passer sa langue sur les trous laissés par ses dents tombées. Pour l&#8217;âme, la douleur ne le quittait jamais complètement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– À ton succès Hans, avait trinqué son associé Herman.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– À ton succès Herman, avait répondu Hans en avalant une gorgée de Dom Perignon 1987</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelle belle aventure que celle de cette entreprise d&#8217;import-export avec la Chine. La réussite avait surgi, totale, écrasante, imposante et Hans avait croqué. Dans la nourriture, les voitures, l&#8217;alcool, la drogue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hans avait croqué le succès jusqu&#8217;à ce que ses excès le rattrapent, que la conjoncture se révèle moins propice, et il avait plongé son entreprise dans un abyme de dettes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En 2018, toute liquidation bue, son associé avait disparu emportant le peu qui lui restait : sa femme et cent mille euros en liquide. Tout saisi, tout bu. Le reste était parti en ventes aux enchères pour rembourser les créanciers et Hans avait entamé la deuxième étape de sa descente aux enfers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors qu&#8217;il observait cette femme qui s&#8217;était arrêtée devant lui, il repensait à tout ce qu&#8217;il avait vécu comme humiliations, renoncements ces cinq dernières années. Il était un homme pourtant. Il était un homme au même titre que tous les autres. De son grand appartement, il avait migré dans un petit studio, puis sur le canapé d&#8217;un ami, qui s&#8217;avéra moins amical que prévu, et enfin il atterrit dans des foyers. Il avait dégringolé jusqu&#8217;au trottoir. Depuis trois ans qu&#8217;il errait dans ce monde d&#8217;ombres, il avait compris qu&#8217;il n&#8217;était plu un homme comme les autres. Dans la noirceur de la ville polluée et tandis que la femme s&#8217;approchait lentement de lui, il comprenait qu&#8217;il était moins qu&#8217;un homme. Car aux yeux des humains qu&#8217;il côtoyait, il n&#8217;existait plus. Ils ne le voyaient plus. Certains car ils étaient dépourvus de toute compassion ou de toute empathie, mais la plupart car Hans, qui avait le physique d&#8217;un européen blanc, qui paraissait quarante-cinq ans, rappelait à tout un chacun que eux aussi pourraient le rejoindre un jour sur ce trottoir jonché de déchet et parsemé de débris de vie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors ils tournaient la tête. Ils refusaient de le voir. Et Hans en concluait qu&#8217;il était moins qu&#8217;un humain alors que ce sont ceux qui détournaient le regard qui se coupaient de leur humanité. Mais Hans était trop fatigué pour considérer les choses sous cet angle. Il était arrivé au bout de son chemin. Il le savait. Il ne buvait plus, mais il sentait au fond de ses entrailles, l&#8217;envie de s&#8217;y remettre. Pas par vice, mais pour accélérer la fin, pour conclure la déchéance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je peux vous aider ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hans leva la tête, réalisa que la femme s&#8217;était arrêtée et lui souriait, lui parlait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucun passant ne lui avait parlé depuis des semaines. Les seuls rapports qu’il entretenait consistaient à pointer les entrées-sorties dans les foyers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il mit longtemps à comprendre qu&#8217;elle s’adressait à lui. Mais elle restait, souriante, patiente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y a des anges noirs fut la première pensée de Hans. Cette femme était un ange. Il y avait tellement d&#8217;humilité, de chaleur dans le sourire de cette femme, qu&#8217;il en perdit la parole. Il secoua la tête, sans que l&#8217;on puisse déduire s&#8217;il cherchait à dire oui ou non. Elle resta un moment, et, décidant qu&#8217;il ne voulait pas être dérangé, reprit sa route après lui avoir souhaité « Bon courage ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hans la suivit du regard et la vit entrer dans une boutique à dix mètres d’où il se tenait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques instants plus tard, il entendit « Prenez, c&#8217;est pour vous ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&#8217;ange était là. Le sourire le plus chaleureux qu&#8217;il eut jamais contemplé. Elle tenait un café dans ses mains.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ça vous réchauffera un petit peu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il saisit le café, marmonna un merci. Tenta de sourire, sans y parvenir. Il ne savait plus. Il ne savait plus depuis si longtemps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le jour suivant, la femme lui offrit un autre café. Le midi, alors qu&#8217;elle revenait avec un plat chaud dans les mains, elle le lui tendit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il l&#8217;observa, bouleversé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Extérieurement, il était aussi froid que peut l&#8217;être un homme gelé par des années de malheurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Intérieurement, il bouillonnait. Il sentait des émotions renaître. Mais la peur, habituée à régner en maître, voulait sa part et Hans remercia, poliment, sans chaleur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La femme continua à lui apporter café le matin, plat chaud pour le déjeuner et dans l&#8217;après-midi, elle revenait régulièrement avec une friandise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsqu&#8217;il la remerciait, elle lui disait qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de quoi. Qu&#8217;il était dans la rue quand même. Si seulement elle avait un canapé, ou une pièce à lui prêter songeait-elle souvent, mais elle dormait dans le seul canapé de son appartement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Maintenant Hans attendait ses apparitions avec une impatience qui l&#8217;inquiétait. Lui qui avait abandonné l&#8217;espoir, le sentait renaître. Jusqu&#8217;à ce jour où ils discutèrent un long moment et Hans remarqua qu&#8217;il était heureux. À ce moment précis, sur ce trottoir froid, transi de froid, ignoré de tous, sans espoir, ni avenir, il était heureux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il prit la main de la femme et lui dit encore merci. Et elle répondit encore que vraiment, non, elle ne le méritait pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, un jour de mars, Hans prit une décision. Puisqu&#8217;il pouvait encore être heureux, tout était possible. Il allait utiliser ce ticket qu&#8217;Eurostar lui avait remboursé lors d&#8217;un voyage de sa grande époque. Il pouvait partir pour Londres gratuitement. Son dernier ami, ou ce qu&#8217;il espérait encore être son ami, lui avait souvent dit qu&#8217;il pouvait venir. La honte, la peur, l&#8217;avait empêché d&#8217;accepter cette ultime main tendue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hans regarda son petit gobelet : il avait collecté quatre euros cinquante depuis ce matin. Avec le reste de la monnaie de la veille, son pécule se montait en tout et pour tout à six euros soixante-quinze.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il marcha jusqu&#8217;au marchand de fleurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bonjour, je voudrais un bouquet de fleurs. Mais je n&#8217;ai que six euros soixante-quinze.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le fleuriste ne sourit pas. Soit qu&#8217;il comprit la situation de Hans, soit qu&#8217;il fut un de ces commerçants qui servent tous leurs clients avec la même expression.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais bien sûr monsieur. C&#8217;est pour une dame ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– C&#8217;est pour un ange, répondit Hans.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le visage du fleuriste s&#8217;éclaira.</p>



<p class="wp-block-paragraph">&#8211; Ah, si c&#8217;est pour un ange, alors je crois que j&#8217;ai ce qu&#8217;il faut. Et il prit quelques fleurs blanches ici et là et les mit en bouquet. Le bouquet était petit mais il en émanait une grande beauté. Hans avait bien noté que le fleuriste avait sélectionné des espèces beaucoup plus chères que son budget ne lui permettait mais au moment de payer, il entendit :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Six euros soixante-quinze, monsieur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Monsieur. On l&#8217;appelait monsieur, de nouveau. Il tendit l&#8217;argent. Remercia le plus chaleureusement qu&#8217;il put tandis que le fleuriste lui ouvrait la porte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mes amitiés à votre ange.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hans marcha jusqu&#8217;à la boutique de la femme. Il vérifia qu&#8217;il n&#8217;y avait pas de client, car il ne voulait pas déranger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il entra.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La femme derrière son comptoir se leva, lui lança ce sourire qui lui avait réparé l&#8217;âme, ce sourire qui avait pris la voix de son père pour lui murmurer « Tu peux être heureux mon fils, tu peux toujours être heureux », ce sourire qui lui avait rendu son humanité qu&#8217;il croyait perdue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Comment allez-vous Hans ? lui demanda-t-elle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il approcha, sans répondre, trop ému et il tendit le bouquet en marmonnant :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– C&#8217;est pour vous remercier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et il se sentit bête avec son tout petit bouquet pour la remercier d&#8217;un si grand service.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Si Hans avait eu un doute sur la nature angélique de la femme, il se dissipa lorsqu&#8217;il contempla son visage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sourire de la femme, qui mangeait naturellement son visage, s&#8217;était encore agrandi. Elle rayonnait, littéralement. Il lui semblait qu&#8217;elle brillait. Qu&#8217;elle put être touchée à ce point par ce geste, ce petit cadeau de six euros soixante-quinze l’émut jusqu’à l’indicible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une fois dans sa vie, il avait rencontré un ange. Qui lui répondit, les yeux baignés de larmes :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Merci Hans, merci pour ce magnifique présent.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle admirait le bouquet, comme s&#8217;il était le plus beau qu&#8217;elle n’eut jamais reçu. Et de fait, c&#8217;était le plus beau cadeau qu&#8217;un humain lui ait jamais offert, ce petit bouquet de six euros soixante-quinze qui contenait tellement de reconnaissance et de sacrifice. Cet homme qui n&#8217;avait rien, littéralement rien, et qui lui donnait tout.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle chercha un vase, hésita à lui dire qu&#8217;il ne fallait pas, comprit qu&#8217;on ne pouvait pas lui dire, à lui qui avait tout mis dans ce cadeau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle posa le bouquet bien en évidence sur son comptoir, l&#8217;admira, regardant Hans par intermittence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hans lui expliqua qu&#8217;il partait, qu&#8217;il avait une opportunité. Elle l&#8217;embrassa pour lui dire au revoir. Hans sut, sans aucun doute, qu&#8217;il emporterait le souvenir de son odeur, la texture de sa peau et la pression de ses lèvres sur ses joues jusqu&#8217;à sa mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Hans partit avec son sac sur le dos en direction de la gare du Nord. Il était heureux. «&nbsp;Merci papa&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous avez aimé cette nouvelle noire, découvrez les autres </strong><a href="https://www.valerybonneau.com/romans/nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir"><strong>Nouvelles Noires pour se Rire du Désespoir</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo: </p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/ange-clochard">L&#8217;ange et le clochard</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/ange-clochard/feed</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Une Suicide Frauduleux</title>
		<link>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/suicide-frauduleux</link>
					<comments>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/suicide-frauduleux#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Valery]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Jan 2023 08:58:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Nouvelles Noires]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.valerybonneau.com/?p=5002</guid>

					<description><![CDATA[<p>Ça n&#8217;arrête plus. Voici donc &#8220;Un Suicide Frauduleux&#8221;, la 103e nouvelle noire. Elle arrive un mois après Déjà Lu et vous aurez peut-être une impression de déjà-vu. C&#8217;est normal, j&#8217;ai souvent traité du suicide. Bref, Regina essaye de se suicider mais elle n&#8217;y arrive pas. La version audio est disponible sur Soundcloud mais aussi sur [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/suicide-frauduleux">Une Suicide Frauduleux</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignnone wp-image-5004 size-full" src="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2023/01/NouvellesNoires-S06E13-Suicide-Frauduleux-Bandeau-min.jpg" alt="NouvellesNoires S06E13 Suicide Frauduleux Bandeau-min" width="1600" height="300" srcset="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2023/01/NouvellesNoires-S06E13-Suicide-Frauduleux-Bandeau-min.jpg 1600w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2023/01/NouvellesNoires-S06E13-Suicide-Frauduleux-Bandeau-min-300x56.jpg 300w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2023/01/NouvellesNoires-S06E13-Suicide-Frauduleux-Bandeau-min-630x118.jpg 630w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2023/01/NouvellesNoires-S06E13-Suicide-Frauduleux-Bandeau-min-768x144.jpg 768w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2023/01/NouvellesNoires-S06E13-Suicide-Frauduleux-Bandeau-min-1536x288.jpg 1536w" sizes="(max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /></p>
<p><em>Ça n&#8217;arrête plus. Voici donc &#8220;Un Suicide Frauduleux&#8221;, la 103e nouvelle noire. Elle arrive un mois après <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/deja-lu" target="_blank" rel="noopener">Déjà Lu</a> et vous aurez peut-être une impression de déjà-vu. C&#8217;est normal, j&#8217;ai souvent traité du suicide. Bref, Regina essaye de se suicider mais elle n&#8217;y arrive pas.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>La version audio est disponible sur <a href="https://soundcloud.com/valerybonneau/32-un-suicide-frauduleux" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundcloud</a> mais aussi sur <a href="https://open.spotify.com/episode/3CeMFxEEY5bioV5EOUKjt5?si=016cad8102864a37" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>, <a href="https://www.deezer.com/fr/show/468872" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer, </a><a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/30-d%C3%A9j%C3%A0-lu/id1477714079?i=1000591284322" target="_blank" rel="noopener noreferrer">iTunes</a>.</em></p>


<hr class="wp-block-separator has-css-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais tu vas t&#8217;ouvrir saleté d&#8217;artère ! gueula Regina. Pour elle-même, car personne n&#8217;assistait à sa tentative de suicide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parmi tous les moyens à disposition, elle avait tant hésité, qu&#8217;elle avait fini par prendre la pire décision. Alors que le pistolet ou les médicaments promettaient une disparition sans douleur ni conscience, elle les avait repoussées. Mourir sans le savoir, sans s&#8217;en rendre compte, sans participer pleinement à l&#8217;acte lui apparaissait maintenant comme une lâcheté. Pas qu’elle assimila le suicide à une lâcheté dans ce monde malade. Au contraire. Disons qu’elle voulait profiter de chaque seconde. Le psy qui avait empoché une fortune pour la dérouter de ses pensées suicidaires ne méritait pas son argent, concédait-elle tandis qu&#8217;elle s&#8217;acharnait sur son poignet gauche avec un couteau qu&#8217;elle venait d&#8217;aiguiser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son père lui avait pourtant souvent rappelé : « il faut affûter les couteaux régulièrement pour qu&#8217;ils gardent leur mordant ». Une fois de temps en temps, quand on en a besoin, ne suffisait pas. Au contraire, frotter la pierre sur une lame parfois trop émoussée pouvait accentuer sa faiblesse. De fait, la lame pénétrait la peau petit à petit mais la souffrance qu&#8217;elle endurait l&#8217;empêcherait d&#8217;arriver jusqu&#8217;à l&#8217;os. Un sourire la prit lorsqu&#8217;elle comprit que si elle continuait, elle ferait sûrement un arrêt cardiaque avant d&#8217;entamer l&#8217;artère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle en était là de ses réflexions lorsque, peut-être parce qu&#8217;elle remuait le couteau machinalement, peut-être car elle força plus, la peau craqua, sembla renoncer et d&#8217;un mouvement le couteau pénétra l’épiderme et sectionna l&#8217;artère. L&#8217;artère ulnaire précisément. Deux artères passent dans le poignet. Il suffit d&#8217;en couper une pour que la mort se présente dans les trois minutes.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sang giclait à gros flots d&#8217;un liquide noirci, le sang des artères brille par son impureté. Regina prit conscience de son geste, souffla de soulagement et articula, toujours pour elle :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– J&#8217;espère que cette fois-ci, c&#8217;est la bonne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle fondit en larmes :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– S&#8217;il vous plait ! Faites en sorte que ce soit la bonne. Je n&#8217;en peux plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et tandis que la vie la quittait, elle respirait avec calme, satisfaite, heureuse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Enfin, murmura-t-elle tandis qu&#8217;un pli d&#8217;inquiétude barrait son front.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph">Régina ouvrit les yeux. Quelques secondes passèrent puis une panique totale la submergea. Elle prit conscience de la réalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oh non, pas encore !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle chercha à identifier la pièce où elle se trouvait. Mur blanc, sol et plafond blanc. Toujours la même pièce.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Pas cette fois-là aussi !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les larmes qui coulèrent sur ses joues ne provenaient pas d&#8217;un excès de douleur mais d&#8217;une lassitude infinie, d&#8217;une angoisse absolue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle connaissait la suite, elle comprenait l&#8217;inutilité de ses pleurs mais ne pouvait plus s&#8217;arrêter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle renifla encore :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Pitié, un peu de pitié !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle le murmura sans intention, sans destination.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Enfin, après plusieurs heures, pas moins, qui lui parurent une éternité, une autre, elle cessa de pleurer. Sa respiration ralentit, reprit un rythme normal.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ça ne finira jamais.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Seul Dieu décide de la vie et de la mort, vous n&#8217;avez pas voix au chapitre. Le suicide est un péché mortel !&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">La voix, sortie de nulle part, de partout, lui vrilla le cerveau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Encore. Toujours le même scénario.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais si c&#8217;est un péché mortel, tuez-moi&nbsp;! Tuez-moi, je ne demande que ça&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un silence. Comme à chaque fois. Pour casser le rythme. Lui signifier qu&#8217;elle ne décidait ni du sujet ni du tempo.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Dieu décide. Dieu n&#8217;autorise ni ne tolère le suicide.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais c&#8217;est pas Dieu, c&#8217;est vous bande de dégénérés !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un silence, encore. Plus long.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Dieu dans son infinie sagesse nous a dotés des outils nous permettant d&#8217;appliquer sa volonté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Régina observa son poignet gauche : intact.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais combien de fois vous allez me faire repousser ? Combien de fois !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Silence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et si je me fais sauter, hein si je me faisais exploser&nbsp;!&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Silence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Salauds.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Dieu décide, vous obéissez.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils allaient faire repousser son corps encore et encore. Toute tentative de suicide se soldait par la régénération d&#8217;un nouveau corps et l&#8217;injection de la dernière sauvegarde cervicale.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Régina venait de rater sa douzième tentative. Elle n&#8217;avait jamais été plus loin du succès. La vérité aurait dû s&#8217;imposer à elle : le suicide n&#8217;était plus une option. Mais l&#8217;humain, mortel ou immortel, s&#8217;il cultive de nombreux défauts, a toujours été paré d&#8217;une vertu fondamentale, souvent destructrice parfois créatrice : l&#8217;obstination.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Régina depuis que son fils avait péri dans un dataccident, seule manière de périr aujourd&#8217;hui, ne désirait qu&#8217;une chose : disparaître, mourir, oublier. Autant de choses impossibles dans son monde. Essai après essai, elle persévérait, inutilement, dans l&#8217;espoir d&#8217;un raté, d&#8217;une lassitude, d’un grain de sable dans la machine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette douzième tentative sonnait le glas de son espoir. Elle se remit à pleurer, des heures durant, des jours peut-être.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bonjour Régina.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle observa l&#8217;inconnu. Quelconque. Médiocre peut-être. Aucun intérêt sûrement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Laissez-moi, je ne suis pas d&#8217;humeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L&#8217;autre ne se départit pas de son sourire&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Vous êtes exactement de l&#8217;humeur qui convient. Pas bonne, mais appropriée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors qu&#8217;elle allait l&#8217;envoyer paître, la remarque titilla sa curiosité. Ou peut-être était-ce cet air satisfait que l’inconnu affichait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– De quoi parlez-vous ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Toujours neutre&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– De ce que vous vivez.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une phrase sibylline, qui voulait tout dire et rien. Mais la posture de l&#8217;homme fonctionnait. Énigmatique. D’où sortait-il ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Vous n&#8217;êtes pas croyante, mais si vous l&#8217;étiez, vous seriez certainement d&#8217;accord pour convenir que la vie éternelle est un cadeau du malin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il y avait de l&#8217;ironie dans la voix mais elle ne put s&#8217;empêcher de rétorquer :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Vous n&#8217;allez pas m&#8217;emmerder avec vos bondieuseries !</p>



<p class="wp-block-paragraph">À quoi l&#8217;homme, serein, répondit :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ce sont plutôt les bondieuseries qui nous emmerdent, non ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La formule la décida, un déiphile n&#8217;aurait pas pu prononcer une telle phrase. Même les espions du culte observaient des préceptes qui les trahissaient sans détour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oui, ces bondieuseries nous emmerdent&nbsp;! Elles nous pourrissent… la mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le sourire de l’inconnu s’élargit :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et si je vous disais qu’il y a une solution, un moyen de quitter cet enfer&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’espoir que Regina pensait inaccessible à jamais l’enveloppa d’un confort moelleux, et en dépit de toute logique, elle demanda :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Vraiment ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Vraiment. Seulement, comme tous les grands problèmes de l’humanité, la solution ne peut être que collective.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Collective ? Oui, très bien, pourquoi pas&nbsp;? Régina n’ignorait pas qu’elle n’était pas seule à se débattre dans cet enfer.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Tu es prête ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Oui, non, peut-être, comment savoir ? Qui peut se préparer à l&#8217;impensable&nbsp;? Qui peut porter, supporter, accepter ce choix ? Non, bien sûr que non elle n&#8217;était pas prête !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Tu es prête ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle se remémora toutes les tentatives de suicide, l&#8217;avant, l&#8217;après, le désespoir total qui suivait chaque échec, chaque fois plus intense, plus entier, comme si la misère se reproduisait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je suis prête.&nbsp;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle songea à l’alternative. Puisque les déiphiles ne permettaient plus la mort individuelle, très bien. Mais qui peut empêcher la mort d&#8217;une espèce entière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je suis prête.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et elle enclencha le mécanisme avec soulagement, un soulagement aussi grand que l&#8217;horreur qu&#8217;elle venait de commettre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous avez aimé cette nouvelle noire, découvrez les autres </strong><a href="https://www.valerybonneau.com/romans/nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir"><strong>Nouvelles Noires pour se Rire du Désespoir</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo: luismmolina</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/suicide-frauduleux">Une Suicide Frauduleux</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/suicide-frauduleux/feed</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Déjà Lu</title>
		<link>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/deja-lu</link>
					<comments>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/deja-lu#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Valery]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Dec 2022 06:50:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Nouvelles Noires]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.valerybonneau.com/?p=4983</guid>

					<description><![CDATA[<p>Et hop, un mois après La Chance du diable, me revoilà déjà avec la 102e nouvelle noire pour se rire du désespoir. On y retrouve Alex, écrivain qui commence à se répéter. Toute ressemblance avec un autre écrivain serait forcément fortuite.&#160; La version audio est disponible sur Soundcloud mais aussi sur Spotify, Deezer, iTunes. – [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/deja-lu">Déjà Lu</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4985" src="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2022/12/NouvellesNoires-S06E12-Deja-Lu-Bandeau.jpg" alt="NouvellesNoires S06E12 Deja Lu Bandeau" width="1600" height="300" srcset="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2022/12/NouvellesNoires-S06E12-Deja-Lu-Bandeau.jpg 1600w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2022/12/NouvellesNoires-S06E12-Deja-Lu-Bandeau-300x56.jpg 300w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2022/12/NouvellesNoires-S06E12-Deja-Lu-Bandeau-630x118.jpg 630w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2022/12/NouvellesNoires-S06E12-Deja-Lu-Bandeau-768x144.jpg 768w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2022/12/NouvellesNoires-S06E12-Deja-Lu-Bandeau-1536x288.jpg 1536w" sizes="(max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /></p>
<p><em>Et hop, un mois après <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/chance-du-diable">La Chance du diable</a>, me revoilà déjà avec la 102e nouvelle noire pour se rire du désespoir. On y retrouve Alex, écrivain qui commence à se répéter. Toute ressemblance avec un autre écrivain serait forcément fortuite.&nbsp;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>La version audio est disponible sur <a href="https://soundcloud.com/valerybonneau/30-deja-lu" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundcloud</a> mais aussi sur <a href="https://open.spotify.com/episode/6abPHubmOJOudSNqPRhcwl?si=ef976f32fcdf42c4" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>, <a href="https://www.deezer.com/fr/show/468872" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer, </a><a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/30-d%C3%A9j%C3%A0-lu/id1477714079?i=1000591284322" target="_blank" rel="noopener noreferrer">iTunes</a>.</em></p>


<hr class="wp-block-separator has-css-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">– Tu te répètes, pire tu radotes. C’est simple, on dirait que tu écris toujours la même nouvelle !</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’insulte avait fusé, de la bouche de Léa au cerveau d’Alex. Léa, sa meilleure amie, sa plus fidèle lectrice, celle qui relisait ses textes lorsqu’il doutait, qu’il cherchait l’excellence. Léa, qui jamais n’avait critiqué de manière cynique ou dure ses écrits. Et qui aujourd’hui, après dix ans, enterrait sinon leur amitié, leur relation écrivain-lectrice. Le premier réflexe d’Alex le poussa à l’insulte mais le temps, la sobriété le retinrent de se vautrer dans l’irrémédiable. Les souvenirs tendres, la fidélité, la complicité qui les avaient liés si longtemps le submergèrent et il se contenta d’une question :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais depuis quand tu penses ça ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il écrivait depuis dix ans. Dès le début, il avait pris Léa à témoin, il avait cherché son soutien. Sa bienveillance dénuée de flagornerie, sa précision dans les retours l’avaient porté pendant une bonne année. Et puis, petit à petit, une routine s’était installée. Routine qui consistait pour lui à envoyer ses textes, pour Léa à les relire et les lui retourner. S’ensuivait un apéro ou un diner de débrief plus ou moins détaillé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle n’avait jamais paru se plaindre de cet exercice. Et Léa n’appartenait pas à cette population qui n’osait pas dire les choses. Les huit ou neuf années suivantes, ils avaient répété plus ou moins le même rituel, une à deux fois par an. Il ne lui soumettait pas tout. Pour ne pas la saouler non plus et parce qu’il ne doutait pas de la même manière de tous ses textes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais son avis comptait, il faisait plus que compter, il importait. Alors lorsqu’il avait décidé de publier une anthologie de ses meilleures nouvelles, il avait repris des textes existants, en avaient écrits d’autres et alors qu’il tenait ses vingt candidates pour le recueil final, il avait éprouvé le besoin, l’envie aussi, d’obtenir l’aval de Léa. Aval qu’il n’avait pas récolté depuis, deux ans peut-être, car exceptionnellement il avait moins publié et aussi car il avait diversifié ses bêta-lecteurs comme on disait, de manière assez hideuse, il en convenait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et ils étaient là, à la fin d’un apéritif qui ne devait pas se transformer en repas. Alex avait lutté, pied à pied pour obtenir des retours circonstanciés. Léa se retranchait derrière des généralités, voire des poncifs. À tel point qu’Alex avait haussé le ton en demandant :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais bordel, ça t’a plu ou ça t’a fait chier, ce que j’ai écrit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Question ponctuée du fameux :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Tu te répètes, pire tu radotes. C’est simple, on dirait que tu écris toujours la même nouvelle !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Passé l’effroi, la déception aussi, il avait insisté pour qu’elle développe. Dans un penchant hautement masochiste, il voulait qu’elle précise sa pensée. Devant son refus, il avait pris les nouvelles une par une :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bon, «&nbsp;Porno Taureau&nbsp;», merde, tu peux pas me dire que c’est du déjà écrit !</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais si, tu répètes la même trame que dans «&nbsp;L’implant&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Peut-être oui, elle avait raison :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et dans «&nbsp;Les ordures&nbsp;» ! Attends, cette nouvelle, elle est unique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Unique ? Oui, enfin comme l’était «&nbsp;S’il n’en reste rien&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et le combat de nouvelle se poursuivit. Aux dépens d’Alex. Léa connaissait toutes ses nouvelles, et elle rendait coup pour coup. Il aurait voulu l’insulter, la mépriser, se fâcher peut-être. Mais, derrière son égo d’écrivain, derrière sa vanité, il reconnaissait la justesse de ses remarques. Mais s’il était prêt à en discuter, il ne digérait toujours pas le « Tu radotes ». Alors il tenta :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– OK, je parle des mêmes thèmes, mais il apparait qu’on le fait tous. Radoter, quand même. Je n’ajouterais plus rien à ce que j&#8217;ai déjà écrit ? Rien du tout. Je serai dans la redite totale et permanente ? Tu me permettras d’en douter, tout égo mis à part.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La lassitude qu’il décela dans le regard de Léa le blessa plus que toutes les piques précédentes. À défaut d’avoir raison, elle était sincère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Relis-toi. Je t’assure. Relis tes cinq dernières nouvelles. Et compare, avec tes cinq premières. Compare avec un logiciel peut-être. Fais-le, et on en reparle.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Passé l’énervement, la colère, il voulait en avoir le cœur net. Sur les cinq dernières nouvelles, il n’en rejetait aucune. Mais vexé, il remonta sur les dix dernières. Et avant de les passer à un quelconque logiciel, il décida de les relire. Il passa un moment excellent. Il aimait ce qu’il écrivait. Et s’il notait bien des similitudes de temps en temps, rien qui permit de parler de radotage. Anticipation, SF, humour, absurde, historique, noir, dramatique, horreur, il touchait à tous les genres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais il repensa à la phrase de Léa et décida de relire ses dix premières. Il grimaça, rougit : que de fautes, de maladresses, de lourdeurs. Non, sans aucun doute, ses dix dernières nouvelles surpassaient, largement, ses dix premières. Quant aux thèmes, il avouait une certaine ressemblance, car il creusait le même sillon. Mais non, il ne se répétait pas. Il avait bien noté quelques facilités, quelques automatismes, mais il continuait à surprendre, à se surprendre. Léa en serait pour son compte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il passa la nuit à écrire, enchaina trois nouvelles avec une rage assez médiocre, il en convenait en esprit, mais ne l’aurait jamais avoué. Il laissa les nouvelles reposer quelques jours, comme il le faisait toujours. Il les reprit, les retravailla et alors qu’il parcourait les dernières versions, il se congratulait mentalement : « Ça, c’est de la nouvelle. Ça, ça raconte quelque chose. Quelque chose de nouveau, d’inconnu, de gênant ». Oui, il venait de produire de l’art, il n’en doutait pas. Il appela Léa, cherchant à masquer son ton triomphal :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Léa, si tu t’intéresses encore à ce que j’écris, j’ai trois nouvelles à te soumettre. Trois nouvelles qui ne te feront pas monter à la bouche des remarques du style&nbsp;: « Tu te répètes, pire tu radotes. C’est simple, on dirait que tu écris toujours la même nouvelle ! ».</p>



<p class="wp-block-paragraph">L‘attaque directe et un peu méprisante n’avait pas lieu d’être mais enfin, elle l’avait agressée. Elle répondit que bien sûr, elle serait ravie de lire ses nouveaux textes. Qu’il envoya dans la foulée. Il ne dormit pas ce soir-là. Trois fois deux mille mots, cela se lisait en même pas une heure. Il attendait, quémandait presque. Enfin, quatre heures plus tard, un mail arriva :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– C’est une plaisanterie ? Tu as voulu te moquer ? C’est réussi. Ou complètement raté, je ne sais plus trop.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Qu’est-ce que tu veux dire ? relança-t-il dans l’instant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Alex, tu m’as envoyé des nouvelles que je connais déjà ! Je les ai déjà lues, je les ai dans ma bibliothèque pour tout te dire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Tu ne plaisantes pas ? Alors, ouvre ton volume 2 des «&nbsp;Nouvelles Noires pour Déprimer sans Espoir&nbsp;». Nouvelles 1, 6, 8, 11 et 20. Et compare avec ce que tu viens d’écrire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il se rua sur sa bibliothèque, parcourut la première nouvelle du recueil. Il en resta saisi d’effroi. Il avait réécrit, mot pour mot, la même nouvelle. Mot pour mot. Seul le nom du personnage principal différait. Patric s’appelait maintenant Pierric. Il lut la nouvelle 6 et au lieu de Chloé qui gagnait des minutes de vie à chaque bonne action, il s’agissait de Mila mais l’histoire, les dialogues, tout y était identique. Sa stupeur s’étira sur la lecture des nouvelles 8, 11 et 20 publiées trois ans auparavant. En tout point semblables à celles qu’il venait de soumettre à Léa. Comment était-ce possible ? Comment avait-il pu oublier ces nouvelles ? Ne pas s’en rendre compte ? Il avait déjà écrit des histoires qui se ressemblaient, il en avait conscience mais il croyait creuser un sillon, déterrer de nouvelles subtilités autour d’un thème connu, poser de nouvelles questions. Mais là…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Plutôt que de sombrer dans la folie, dont il se sentait tout à coup très proche, il résolut d’écrire une histoire. Il piocha dans sa liste d’idées. Des idées originales qu’il notait chaque jour. Il choisit «&nbsp;Un type se reconnaît dans un livre&nbsp;» et commença à écrire. Une heure plus tard, il notait le point final à son premier jet.&nbsp;Il opéra une recherche sur la première phrase et ne trouva aucune phrase identique dans son fichier contenant ses deux-cents nouvelles déjà écrites. Le lendemain, il retravailla la nouvelle, y apporta des modifications notables. Et, saisi d’un dernier doute, il effectua de nouveau sa recherche sur la première phrase. Et tomba sur une nouvelle datant de l’année précédente. Il compara les deux. Identiques, à quelques détails près, fautes de grammaire ou d’orthographe qu’il aurait nettoyées dans sa nouvelle histoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un zombie, un écrivain zombie, voilà ce qu’il était devenu. Condamné à répéter les mêmes histoires. Un boulanger qui vend toujours le même pain ne lasse pas, il sert toujours sa communauté, son œuvre a toujours du sens. Mais un écrivain qui écrit les mêmes mots, toujours ? À quoi bon ? Et pourquoi ? Pourquoi ne pouvait-il plus aller chercher en lui de la nouveauté ? Avait-il cessé de se nourrir du monde ? Était-il devenu si imperméable aux autres et au monde qui l’entourait qu’il en était réduit à plonger en lui pour y récupérer ce qui avait déjà servi ? Sans jamais que la vie y ajouta quoi que ce soit ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La panique lui grignotait petit à petit sa raison. Il relut des idées récentes et il les retrouva, telles quelles, déjà notées, six mois, trois ans ou cinq ans plus tôt. Il s’enferma alors et relut tous ses écrits, cherchant à identifier les redites. Et nettement, il identifia une date. Le 28 février 2017. Il répétait tout depuis. Personne ne l’avait remarqué car il n’avait rien publié de si récent mais les preuves lui mangeaient les yeux. Même son nouveau roman dont il se gargarisait, n’était qu’une redite exacte du précédent. Il devait appeler Léa, s’excuser peut-être mais surtout, surtout évoquer ce qui lui arrivait avec elle. Elle l’aiderait, elle trouverait une solution :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Allo, Léa ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La voix au bout du fil lui parut plus grave.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Pardon ? C’est une blague ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Est-ce que je pourrais parler à Léa s’il vous plait ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ça vous amuse de faire souffrir les gens&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Non, mais je… – Je sais ce que vous voulez ! Parlez à Léa. Comme à chaque fois ! Et comme à chaque fois je vous demande de ne plus appeler ce numéro ! Nous n’avons pas gardé son téléphone pour que vous nous harceliez ! Elle est morte, morte et vous le savez très bien, puisque c&#8217;est à cause de vous !</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous avez aimé cette nouvelle noire, découvrez les autres </strong><a href="https://www.valerybonneau.com/romans/nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir"><strong>Nouvelles Noires pour se Rire du Désespoir</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo: Atelier-Pixel8</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/deja-lu">Déjà Lu</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/deja-lu/feed</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La Chance du Diable</title>
		<link>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/chance-du-diable</link>
					<comments>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/chance-du-diable#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Valery]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 29 Nov 2022 08:08:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Nouvelles Noires]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.valerybonneau.com/?p=4969</guid>

					<description><![CDATA[<p>Après une longue pause de onze mois, me revoilà avec la 101e nouvelle noire pour se rire du désespoir. Un classique puisqu&#8217;il y a de l&#8217;anticipation, que c&#8217;est la merde et qu&#8217;il y a Hitler dedans.  La version audio est disponible sur Soundcloud mais aussi sur Spotify, Deezer, iTunes. Assassiner Hitler sauverait tellement de vies [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/chance-du-diable">La Chance du Diable</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4970" src="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2022/11/NouvellesNoires-S06E11-Chance-du-Diable-Bandeau.jpg" alt="NouvellesNoires S06E11 Chance du Diable Bandeau" width="1600" height="300" srcset="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2022/11/NouvellesNoires-S06E11-Chance-du-Diable-Bandeau.jpg 1600w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2022/11/NouvellesNoires-S06E11-Chance-du-Diable-Bandeau-300x56.jpg 300w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2022/11/NouvellesNoires-S06E11-Chance-du-Diable-Bandeau-630x118.jpg 630w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2022/11/NouvellesNoires-S06E11-Chance-du-Diable-Bandeau-768x144.jpg 768w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2022/11/NouvellesNoires-S06E11-Chance-du-Diable-Bandeau-1536x288.jpg 1536w" sizes="(max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /></p>
<p><em>Après une longue pause de onze mois, me revoilà avec la 101e nouvelle noire pour se rire du désespoir. Un classique puisqu&#8217;il y a de l&#8217;anticipation, que c&#8217;est la merde et qu&#8217;il y a Hitler dedans. </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>La version audio est disponible sur <a href="https://soundcloud.com/valerybonneau/28-la-chance-du-diable?si=2731c70dc5eb446eaaafb76fa2867e33&amp;utm_source=clipboard&amp;utm_medium=text&amp;utm_campaign=social_sharing" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundcloud</a> mais aussi sur <a href="https://open.spotify.com/episode/0YxNrYI2NZTOvHwX1DrNpc?si=d527c43755ee4043" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>, <a href="https://www.deezer.com/fr/show/468872" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer, </a><a href="https://podcasts.apple.com/fr/podcast/28-la-chance-du-diable/id1477714079?i=1000587794519" target="_blank" rel="noopener noreferrer">iTunes</a>.</em></p>


<hr class="wp-block-separator has-css-opacity"/>



<p class="wp-block-paragraph">Assassiner Hitler sauverait tellement de vies qu’Amadeus ne parvenait pas à justifier son hésitation. J’y vais ou j’y vais pas ? continuait-il à osciller devant les résultats pourtant limpides de la simulation. Son incompréhension totale des voyages dans le temps le desservait, mais les chiffres ne mentaient pas. Et puis il n’avait pas œuvré depuis si longtemps pour reculer au dernier moment. Les règles sur les excursions temporelles, aussi strictes qu’opaques, laissaient peu de place au doute : s’il ne saisissait pas sa chance aujourd’hui, la prochaine fenêtre s’ouvrirait sur son cadavre. Mais la pression l’écrasait, le poids des vivants à sauver et des morts à épargner l&#8217;accablait. Quand bien même il se convaincrait du bien-fondé de sa mission, et il comprenait qu’il en prenait le chemin. Restait l’exécution. Pourquoi obligeait-on les chercheurs à effectuer eux-mêmes les tempo-ajustements ? Pour éviter les mauvaises surprises ? Parce que libérer un psychopathe dans les couloirs du temps ouvrait des pans d’incertitudes dont personne ne voulait mesurer l’étendue ? La logique apparente de toutes ces contraintes ne rassurait que peu Amadeus sur la suite, mais enfonçait le dernier clou du cercueil de son refus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Résigné, il sélectionna la date sur son cadran : 30 janvier 1942. Trois semaines avant l’arrestation de Beppo Römer, un militant communiste qui avait participé à plusieurs tentatives d’assassinat d’Hitler. Ce diable d’Hitler avait échappé à tous les pièges, tous les traquenards avec une chance qui inquiétait Amadeus tant elle luisait d’une irrationalité menaçante. Les consignes de son voyage, précises et a priori implémentables le rassuraient un peu. Rien qu’un peu. D’abord sauver Beppo Römer. Le reste suivrait. Il aurait préféré tuer Hitler de ses mains, mais les conséquences d’une telle ingérence sur la ligne temporelle s’avéreraient plus catastrophiques encore que la survie du dictateur. Amadeus ne connaissait personne de plus dangereux à part Reinhard Heydrich, son futur numéro deux… Le chercheur allemand pressa le bouton rouge, réminiscence ridicule d’un passé où toute décision définitive s’incarnait dans ce geste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Amadeus apparut dans un Berlin coloré : du rouge et du noir partout. Beaucoup plus qu’il ne l’aurait cru. Pourtant sa première impression se limita à : Je vais vomir. On ne déplace pas les lignes du temps impunément. La nausée s’accompagnait d’un dérèglement des boyaux infernal. Il avisa une brasserie, y pénétra telle une balle et bouscula un nombre non négligeable de clients. Idéal pour passer inaperçu, se désola-t-il. Après avoir récupéré, il considéra sa tenue : son déguisement frôlait la perfection. Même tissu, même coupe. Rien à craindre de ce point de vue là. Prochaine étape : manger pour se requinquer et trouver la détermination pour préparer le meurtre de Felix Rasch, ce fumier de gestapiste responsable, entre autres, de la chute de Beppo Römer.<br>Car Amadeus n’ignorait pas que la mort de Hitler dépendait entièrement de la disparition de Rasch. On ne jouait pas directement avec le futur et les lignes de force qui régissaient le temps n’auraient jamais autorisé – sans que personne ne comprenne vraiment pourquoi ni comment – qu’un petit scientifique du vingt-et-unième siècle revienne en 1942 pour assassiner Hitler. Impensable. Par contre, éliminer Rasch, pour qu’il n’arrête pas Römer et que celui-ci puisse piloter l’exécution du nain sociopathe – la piloter et non la mener, cela passait très bien sous les radars du temps. Encore devait-il suivre un plan précis, demandant une réalisation minutieuse. Intercepter Rasch le lendemain de son arrivée et avant que celui-ci ne révèle l’ampleur de l’attentat planifié par la section de Römer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Amadeus se restaura dans cette brasserie qui pouvait accueillir jusqu’à cinq cents personnes. Une géante pour Berlin, une naine pour Munich où près de quatre mille nazis s’entassèrent au Bürgerbräukeller le 8 novembre 1939, le funeste jour de la tentative d’attentat ratée de Georges Elser. Hitler ou la chance du diable. Amadeus se régala autant des saucisses que de l’ambiance. Pas qu’il goûta la promiscuité de ces brutes atteintes d’un tremblement nerveux du bras droit qu’ils levaient régulièrement en signe de soumission au Führer. Non, mais en tant qu’historien, il se nourrissait à la source et le nectar l’enivrait par sa richesse. Il resta plus longtemps que prévu dans la brasserie, se trouva pris à parti par quelques sales types qu’il imagina être d’anciens SA, futurs SS. Allez savoir. Enfin, il se retrouva dans les rues de Berlin et se dirigea vers l’adresse dont il savait qu’elle se révélerait inoccupée. Il s&#8217;engouffra dans l’immeuble, monta au troisième étage, força la porte droite en arrivant sur le palier. Il connut la plus grande frayeur de sa vie lorsqu’il crut pénétrer dans un appartement habité. Les renseignements ultras précis des simulations n’empêchaient pas les erreurs d’interprétation. Rassuré, il put s’allonger et dormir, tout en songeant à sa mission du lendemain et au nombre incalculable de vies qui dépendaient de son succès.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il émergea dans un état second : revigoré par une courte mais solide nuit de sommeil, assailli par le doute et la peur de l’échec. Il se morigéna : la mission d’abord, les incertitudes ensuite. Il consulta sa montre, d’époque, comme tout son équipement : huit heures cinq. Parfait. Il se doucha, et prit la direction de la brasserie où Felix Rasch avait ses habitudes. Une brasserie érigée en face du siège de la Gestapo, le dernier endroit au monde où vous souhaitiez prendre un verre ou manger sans être SS, gestapiste ou nazi convaincu. Vers midi, Rasch se présenterait pour déjeuner avant d’aller consulter ses dossiers pour décider de la suite à donner quant au groupe de résistants pilotés par Römer. De manière surprenante, la mort de Rasch désorienterait la section de Römer dans son ensemble pendant un laps de temps très court certes, mais suffisant pour qu’elle puisse se réformer, disparaitre pour mieux mener son plan à exécution quatre mois plus tard.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Amadeus commanda une bière, pour se fondre dans le décor. Même si leur Führer exécrait l’alcool, un verre d’eau aurait attiré l’attention. Installé au comptoir, il observait la disposition, questionnant la pertinence de son plan. Comment verser le poison dans la chope de Rasch ? Les barmen déposaient leurs consommations sur l’énorme comptoir central. Les serveurs s’en saisissaient pour les amener sur les tables. Les verres restaient sans surveillance pendant quelques instants. Sans surveillance ne voulait pas dire, sans que personne ne regardât. Et au vu du débit de l’endroit, il était pratiquement impossible d’identifier la destination d’une consommation. Certes, le poison se présentait sous la forme de toutes petites boulettes très discrètes qu’il aurait pu lancer dans plusieurs verres – tuer cinq ou dix nazis de plus ne lui aurait pas déplu, mais il ne pouvait empoisonner toute la brasserie. S’il ne comprenait pas tous les tenants et aboutissants de son voyage, ou de ses paramètres, il savait que trop de modifications desserviraient sa mission.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il attendit au comptoir, espérant une illumination. Rasch pénétra dans la brasserie à midi, comme indiqué, commanda une chope de bière, un schweinebraten et s’assit à sa table, dans un renfoncement. Il sortit une serviette dont il extirpa des documents qu’il parcourut avec une avidité suspecte.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une place se libéra à côté de lui. Amadeus se rua vers la table, conscient que la méthode manquerait de finesse et le pousserait à risquer sa vie se rassura comme il pouvait : même arrêté et exécuté, le paradoxe temporel qui voulait qu’il ne puisse accomplir son destin puisqu’il serait mort cent ans avant d’être né ne fonctionnerait pas. Incompréhensible mais confirmé par tous les scientifiques temporels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors qu’il s’apprêtait à accomplir sa mission de la manière la plus grossière, dangereuse qui soit, il s’interrogeait : comment peut-on tout planifier aussi précisément pour finir par bricoler un stratagème si aléatoire ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sans réponse, alors qu’il arrivait au niveau de Rasch, il trébucha, poussa un cri qui détourna l’attention du SS, tomba sur lui, non sans avoir lâché ses boulettes dans sa chope.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Rasch repoussa Amadeus fermement, l’insulta rageusement. Dans un lieu aussi bruyant, l’altercation passa quasi inaperçue mais Amadeus sentait la sueur s’écouler sur sa colonne vertébrale. Il balbutia des excuses. Rasch constatant que ses papiers étaient intacts se radoucit – pour peu qu’un SS puisse se radoucir. Il marmonna quelques mots peu amènes et se détourna. Amadeus transpirait maintenant comme un bœuf, mais devant le retour du calme, il ressentit un début d’érection. L’érection se confirma, à sa plus grande surprise, tandis qu’il observait Rasch ingurgiter sa bière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne pourrait pas assister au décès de sa cible, mais il doutait que ce meurtrier puisse survivre à une telle dose de poison. Amadeus commanda une autre bière, en recommanda une, pour fêter la victoire. Il lui restait vingt-quatre heures à passer dans ce Berlin nazifié, le temps de vérifier que Rasch ne viendrait pas manger le lendemain. Seul moyen indirect d&#8217;établir sa mort, les journaux de propagande ne publiant jamais le décès d’un membre de la Gestapo, ou alors plus tard et pour des motifs fallacieux.<br>Amadeus fut arrêté le lendemain alors qu’il pénétrait dans la brasserie pour la deuxième fois. Dénonciation, un observateur moins aviné ou au contraire un piège du simulateur ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il ne le saurait jamais, mais lorsque la Gestapo lui expliqua la raison de son arrestation, soit l’assassinat de Rasch, un sourire barra son visage qui énerva autant que surprit ses futurs tortionnaires.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Amadeus avait réussi. Sa mission s’avérait un succès et, si comme prévu, il ne pourrait en savourer les conséquences, rien ne l’empêchait de dérouler l’enchainement à venir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le gang de Römer assassinerait Hitler le 31 mai 1942. La nouvelle déclencherait un séisme dans le troisième Reich. Reinhard Heydrich quitterait Prague le 1er juin, échappant ainsi à l&#8217;attaque contre sa voiture planifiée le 4 juin par des résistants tchèques. Après des manœuvres dignes de cette dictature féroce et sans pitié, Heydrich éliminerait la concurrence pour mettre en place un régime nazi que les historiens qualifieront de plus pur, moins naïf que celui d’Hitler. Mais surtout, surtout, le troisième Reich d’Heydrich prolongerait le conflit dans des proportions considérables. La Deuxième Guerre mondiale serait connue sous le nom de la guerre de 39-49. Sabotage du programme nucléaire américain, Russes repoussés, solution finale presque achevée sur le continent européen et surtout, un affrontement atomique d’ampleur, mais maitrisé. Gagnée par les alliés une fois encore, mais avec cent cinquante millions de morts au lieu de cinquante, et une croissance démographique beaucoup plus lente grâce à l’hiver nucléaire.<br>En 2020, la population atteindrait péniblement quatre milliards au lieu des huit milliards suicidaires et le changement climatique et ses conséquences irréversibles seraient repoussés d’une bonne trentaine d’années. Le simulateur était formel : pour sauver l’humanité, il fallait tuer Hitler.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous avez aimé cette nouvelle noire, découvrez les autres </strong><a href="https://www.valerybonneau.com/romans/nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir"><strong>Nouvelles Noires pour se Rire du Désespoir</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo: Lpettet</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/chance-du-diable">La Chance du Diable</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/chance-du-diable/feed</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La Monstre</title>
		<link>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/la-monstre</link>
					<comments>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/la-monstre#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Valery]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 03 Dec 2021 09:25:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Nouvelles Noires]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.valerybonneau.com/?p=4957</guid>

					<description><![CDATA[<p>Cinq mois de silence plus tard, je publie enfin la 100e nouvelle noire pour se rire du désespoir. Un peu plus de 6 ans après la première, &#8220;La dent&#8220;. Une nouvelle sans autocensure, où je m&#8217;étais tout permis. Vous jugerez. Quant à la 101, je ne sais pas quand elle sortira, d&#8217;ici là, bonnes lectures.&#160; [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/la-monstre">La Monstre</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4959" src="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/12/NouvellesNoires-S06E10-La-Monstre-Bandeau.jpg" alt="NouvellesNoires S06E10 La Monstre Bandeau" width="1600" height="300" srcset="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/12/NouvellesNoires-S06E10-La-Monstre-Bandeau.jpg 1600w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/12/NouvellesNoires-S06E10-La-Monstre-Bandeau-300x56.jpg 300w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/12/NouvellesNoires-S06E10-La-Monstre-Bandeau-630x118.jpg 630w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/12/NouvellesNoires-S06E10-La-Monstre-Bandeau-768x144.jpg 768w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/12/NouvellesNoires-S06E10-La-Monstre-Bandeau-1536x288.jpg 1536w" sizes="(max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /></p>
<p><em>Cinq mois de silence plus tard, je publie enfin la 100e nouvelle noire pour se rire du désespoir. Un peu plus de 6 ans après la première, &#8220;<a href="https://www.valerybonneau.com/romans/nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir/la-dent" target="_blank" rel="noopener">La dent</a>&#8220;. Une nouvelle sans autocensure, où je m&#8217;étais tout permis. Vous jugerez. Quant à la 101, je ne sais pas quand elle sortira, d&#8217;ici là, bonnes lectures.&nbsp;</em></p>
<p><em>La version audio est disponible sur <a href="https://soundcloud.com/valerybonneau/26-la-monstre" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundcloud</a> mais aussi sur <a href="https://open.spotify.com/show/0pVvyYSU7XcpRmNoxqEB71?si=ff7354b7b7f54845" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>, <a href="https://www.deezer.com/fr/show/468872" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer, </a><a href="https://podcasts.apple.com/us/podcast/livre-audio-nouvelles-noires/id1477714079" target="_blank" rel="noopener noreferrer">iTunes</a> ou <a href="https://www.youtube.com/playlist?list=PLXPQXfPyKD9QRxTa3pYPiBCw42_oh0038" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Youtube</a>,</em></p>


<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph">L’infirmière observait la vieille dame sur le lit. Sa souffrance lui réchauffait le cœur. Tandis qu’elle comptait les rides de douleurs qui apparaissaient une à une sur le visage de sa patiente, elle sourit de satisfaction. Sarah se retourna pour vérifier que personne ne prêtait attention à elle. Elle se pencha au-dessus du lit et, avec application, forma le visage le plus démoniaque dont elle se pensait capable. La vieille n’allait pas tarder à se réveiller, à chercher un support, un soutien pour la sortir des ténèbres d’angoisses et de peur où elle baignait chaque jour un peu plus longtemps, un peu plus douloureusement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La grand-mère enfin ouvrit les yeux comme on ouvre la bouche pour respirer après un séjour trop prolongé sous l’eau. Ses yeux seuls la reliaient au monde des vivants, et alors qu’elle reprenait conscience, elle concentra son attention sur cette tête penchée au-dessus d’elle. Cette tête hideuse, ce sourire si contradictoire, si annonciateur de souffrances&nbsp;! Elle voulut fermer les yeux, mais Sarah lui poinçonna les ongles à l’aide d’une aiguille. Elle bloquait sa main et inséra l’aiguille sous son ongle. La vieille rouvrit les yeux, comme si elle pouvait appeler du secours de cette manière. Sa bouche forma un grand «&nbsp;O&nbsp;» mais rien n’en sortit, rien ne pouvait en sortir qu’un râle annonciateur de la mort, ultime étape à accomplir pour cette femme. Sarah ne l’ignorait pas et en jouait. Et ce jeu augmentait sa jouissance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quel bonheur elle éprouvait à faire souffrir cette femme. Par moment, elle craignait de se perdre dans cette joie. Chaque jour, elle cherchait avec une ardeur, une inventivité et une abnégation de nouveaux moyens d’augmenter les douleurs de sa victime. Et chaque nuit, après avoir déployé son arsenal de supplices, elle rejouait les meilleurs moments avec une satisfaction grandissante, et préparait les sacrifices à venir avec excitation. Où cela s’arrêterait-il&nbsp;? Elle en venait à craindre la mort de la patiente. Lui faudrait-il trouver un autre cobaye après celle-là&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais chaque jour, lorsqu’elle se présentait au domicile de sa proie, elle la trouvait, allongée, sur le dos, les yeux au plafond, ou endormie. Et elle sentait des frémissements de plaisirs coupables lorsque la vieille prenait conscience de sa présence. Une horreur infinie qui pourtant ne cessait de grandir. Les témoignages concordaient&nbsp;: l’insoutenable dans la torture tenait plus à la peur qu’à la douleur. Cette peur qui s’insinue vingt-quatre sur vingt-quatre, qui transforme chaque bruit, chaque grincement, chaque mot, en promesse d’un supplice. La peur de la souffrance, plus puissante et plus douloureuse, que la souffrance elle-même. Quel tour de magie de quel dieu vicieux avait rendu possible cette folie&nbsp;? Sarah l’ignorait mais elle en profitait. Jour et nuit. Car elle savait, pour avoir veillé plusieurs fois sa patiente qu’elle vivait dans la peur, que Sarah soit présente ou pas. Sarah régnait sur sa proie, par sa présence et chef-d’œuvre de perversité, par son absence.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En ce jour unique, anniversaire d’un des succès phares de l&#8217;ancêtre, Sarah songea qu’elle devait administrer un traitement à la hauteur de l’évènement. Un geste qui repousserait les limites du martyr, odieusement, et surtout, qui par sa nature, serait simple à répéter, afin que la vieille comprenne qu’il pourrait advenir à n’importe quel moment. Elle avait cherché, cherché et cherché encore. Des heures passées sur internet à identifier le plus horrible, le plus indicible. Elle pensait avoir trouvé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Allez, madame, il faut prendre vos gouttes pour les yeux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aucune réponse verbale évidemment. Mais le visage, où se dessinait de nouvelles mers de rides et d’anfractuosités, où les yeux papillonnaient comme des fragments de son âme à la recherche du moindre espoir, hurlait&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Non, pour l’amour de Dieu, laissez-moi, pitié, pitié&nbsp;! ». Et Sarah qui lisait ce visage parcheminé comme un livre ouvert répondait, elle aussi avec ses yeux&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;parce que tu as déjà fait preuve de pitié dans ta vie, vieille salope&nbsp;?&nbsp;» et elle lâchait une goutte dans ces yeux qui avaient assisté à tant d&#8217;horreur. Et la vieille sur le moment, ressentait un soulagement immense. Ses yeux secs nécessitaient ces gouttes une trentaine de fois par jour. Sarah les remplaçait parfois par un composé de son invention, composé qui remplissait le même usage. Au début. Ensuite, sans que les yeux abimés ne rougissent, la vieille ressentait des démangeaisons, des brulures dans les yeux, des brulures à la rendre folle. Sarah lui administrait ces gouttes maison, suffisamment souvent pour que sa patiente les redoute en permanence, pas assez pour que quelqu’un de l’extérieur ne s’en rende compte&nbsp;: <em>la pauvre vieille, elle fait des crises si souvent, qu’est-ce que vous voulez.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">Sarah prenait un risque. Bien qu’elle agisse toujours avec précaution, qu’elle n’hésita jamais à repousser un geste sadique à plus tard, elle savait qu’il ne serait pas si compliqué de la percer à jour. La facilité d’ailleurs avec laquelle elle pouvait opérer ne cessait de la surprendre, et de l’inquiéter. Elle finirait pas s’oublier, aller trop loin. Et alors, les foudres de sa victime s’abattraient sur elle. Comme elles s’étaient abattues sur tant de gens avant.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vieille salope&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Aiguilles, gouttes, ces deux tortures laissaient peu de traces, pour ceux qui ne voulaient pas voir et qui voulait réellement voir l’état de cette vieille dame de quatre-vingt-six ans, affaiblie par la maladie et par un récent accident cardio-vasculaire&nbsp;? Personne. Pas au point de prêter attention à tous les signaux qui dénonçaient Sarah.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors elle continuait. Elle ne touchait pas à la nourriture, trop dangereux. Mais les raffinements ne manquaient pas&nbsp;: lorsqu’elle lui peignait les cheveux, elle tirait toujours un peu trop fort. Lorsqu’elle lui coupait les ongles, elle allait un peu trop loin, jusqu’au sang. Une nuit, alors qu’elle était seule, qu’elle savait avoir une heure devant elle, elle s’était décidée pour une de ses manœuvres les plus vicieuses.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle avait relevé le pyjama de l&#8217;octogénaire. D’une main, elle lui caressait le visage, pour la rassurer. La vieille savait que ce geste témoignait de la bienveillance. De l’autre main, Sarah avait cherché le vagin, puis le clitoris. Sarah se régalait d’avance de la panique de sa proie, de l’enfer de questionnement, d’inquiétude qu’elle allait traverser. Elle lui avait caressé le clitoris, comme pour la faire jouir. La vieille aurait pu faire un arrêt cardiaque ce jour-là. Sarah ramena son doigt quelques instants plus tard, résista à la tentation de le lécher. Le piment qu’elle avait déposé dessus l’aurait brulé. Elle continua à la flatter, une main sur le visage, une sur le clitoris en feu. Désormais cette salope associerait toujours ce geste tendre à une souffrance indicible. Sarah n&#8217;ignorait pas que le réconfort que ses proches lui témoignaient passait toujours par les caresses au visage</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ironie suprême&nbsp;: cette manœuvre diminuait les chances de se faire attraper&nbsp;: la vieille se mettait dans ses états de panique à tout moment, quelles que soient les personnes présentes. Il devenait encore plus difficile d’en déduire l’origine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sarah, lorsqu’elle rentra se coucher, vers dix heures du matin, dormit comme un bébé. Elle se leva comme une fleur. Et les trois semaines qui suivirent comptèrent parmi les plus belles de sa vie. Son inventivité avait créé un enfer, véritable, presque tangible. Elle songea avec peine que cela devrait s’arrêter un jour. Au moins, elle aurait profité. Et de fait, le 8 avril 2013, en se levant vers dix-sept heures, avant d’aller prendre sa garde de nuit, elle alluma la télé&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Margaret Thatcher est décédée ce matin, d’une attaque&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sarah sourit, d’un mélange de tristesse, de joie et de fierté. Elle avait un peu vengé tous les pauvres, tous les mineurs, toutes les petites gens que la Thatcher avait écrasés, broyés, méprisés pendant autant d’années.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un seul regret, que cela n’ait pas duré plus longtemps.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Qu’elle n’ait pas pu la faire souffrir autant qu’elle le méritait, la vieille salope, la monstre.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous avez aimé cette nouvelle noire, découvrez les autres </strong><a href="https://www.valerybonneau.com/romans/nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir"><strong>Nouvelles Noires pour se Rire du Désespoir</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo: Lpettet</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/la-monstre">La Monstre</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/la-monstre/feed</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Paaaris sera toujours Paaaris</title>
		<link>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/paaaris-sera-toujours-paaaris</link>
					<comments>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/paaaris-sera-toujours-paaaris#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Valery]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Jul 2021 08:00:20 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Nouvelles Noires]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.valerybonneau.com/?p=4938</guid>

					<description><![CDATA[<p>Plus de trois mois sans rien publier, ça ne m&#8217;était pas arrivé depuis, pfff, depuis bien longtemps. Me revoilà donc avec une nouvelle urbaine, pour ne pas -trop- changer. La version audio est disponible sur Soundcloud mais aussi sur Spotify, Deezer, iTunes ou Youtube, Rendez-vous bientôt pour la suite. – Cette satanée ville vient encore [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/paaaris-sera-toujours-paaaris">Paaaris sera toujours Paaaris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4941" src="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/07/NouvellesNoires-S06E09-Paaaris-bandeau.jpg" alt="NouvellesNoires S06E09 Paaaris bandeau" width="1600" height="300" srcset="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/07/NouvellesNoires-S06E09-Paaaris-bandeau.jpg 1600w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/07/NouvellesNoires-S06E09-Paaaris-bandeau-300x56.jpg 300w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/07/NouvellesNoires-S06E09-Paaaris-bandeau-630x118.jpg 630w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/07/NouvellesNoires-S06E09-Paaaris-bandeau-768x144.jpg 768w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/07/NouvellesNoires-S06E09-Paaaris-bandeau-1536x288.jpg 1536w" sizes="(max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /></p>
<p><em>Plus de trois mois sans rien publier, ça ne m&#8217;était pas arrivé depuis, pfff, depuis bien longtemps. Me revoilà donc avec une nouvelle urbaine, pour ne pas -trop- changer.</em></p>
<p><em>La version audio est disponible sur <a href="https://soundcloud.com/valerybonneau/26-paaaris-sera-toujours-paaaris" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundcloud</a> mais aussi sur <a href="https://open.spotify.com/episode/2cF1I1bRz9d1ZArUUtti9w?si=84bf2db10b0f4e87" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>, <a href="https://www.deezer.com/fr/show/468872" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer, </a><a href="https://podcasts.apple.com/us/podcast/livre-audio-nouvelles-noires/id1477714079" target="_blank" rel="noopener noreferrer">iTunes</a> ou <a href="https://www.youtube.com/playlist?list=PLXPQXfPyKD9QRxTa3pYPiBCw42_oh0038" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Youtube</a>,</em></p>
<p><em style="font-size: inherit;">Rendez-vous bientôt pour la suite.</em></p>


<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph">– Cette satanée ville vient encore de me paumer&nbsp;! gueula Marcus alors que la ruelle qu’il prenait habituellement pour rentrer chez lui s&#8217;éloignait à une vitesse rédhibitoire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette pratique consistant à modifier les parcours épuisait Marcus. Il savait que Paaaris s’engageait à des altérations maitrisées, ne repoussant pas un logement de plus de dix minutes par jour, appliquant des règles d’une complexité effarantes pour garder un sens commun à la cité. Malgré tout, chaque fois que son trajet s’en trouvait bouleversé, c’est-à-dire toutes les semaines, quand ce n’était pas plus, il pestait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Pourquoi vous entêtez à retenir un itinéraire&nbsp;? perçut-il dans son implant cortex.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Pourquoi, pourquoi, parce que j’aime marcher en sachant où je vais, voilà pourquoi&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Votre contrôleur Paaarisien ne comprend pas l’utilité d’une telle démarche. Prenez à droite sur 47 mètres, puis tournez à gauche, avancez sur 375 mètres, la porte de votre logement s’ouvrira à votre passage. Mieux, montez dans le premier véhicule. Ou faites-vous droner.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marcus adorait se perdre dans une ville, y déambuler par choix ou flânerie, pas à cause d’un algorithme malade mélangeant les rues au gré de ses intérêts opaques. Avec ces changements incessants, la configuration de Paaaris se trouvait fondamentalement modifiée. Dans un monde où le travail, lorsqu’il subsistait, s’effectuait à domicile, les logements mobiles représentaient une idée de génie pour certains pontes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marcus y voyait un syndrome de la folie qui régnait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Un drone Amazon desservira votre trottoir dans 37 secondes, activez l’amarrage et vous serez chez vous dans une minute trente.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais je ne veux pas me faire droner, je veux marcher&nbsp;! persista Marcus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lorsqu’il passa devant son immeuble, qu’il reconnut à peine, la porte s’ouvrit, grâce à son implant toujours. Aussi énervé que soulagé, il pénétra dans le hall.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Entrez dans l’ascenseur.&nbsp;», ordonna une voix inodore, incolore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il obéit. L’ascenseur démarra, monta, encore.</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Neuvième étage, vous êtes arrivé&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Neuvième étage&nbsp;? Marcus habitait au cinquième&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">– La politique de mixité sociale de la ville impose des nouvelles normes. Ce qui est bon pour tous est bon pour vous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quel est le rapport&nbsp;? gueula Marcus. À 50&nbsp;000 crédits le mètre carré, vous croyez vraiment que ceux du neuvième sont plus pauvres que ceux du cinquième&nbsp;? Vous êtes complètement con&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Attention, vous avez épuisé votre lot d’insanités pour la journée. Encore un débordement et nous serons obligés de vous couper la parole.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marcus baissa les épaules. À quoi bon lutter&nbsp;? La ville dominait tout, décidait tout. L’emploi tournant, le logement, que Marcus découvrait mobile également, les immeubles rampants et les rues fugitives. L’implant permettait à un humain lambda de rester connecté quoi qu’il arrive, avec son appartement, ses amis, son boulot, sans se poser de questions&nbsp;: «&nbsp;Prenez à droite.&nbsp;», «&nbsp;Tourner à gauche.&nbsp;», voire même plus souvent dronage sur place. Marcus voulait maitriser un peu sa vie, ses choix. Son insistance lassait ses proches et sa ville, mais que pouvait-il faire sinon continuer&nbsp;? Renoncer ou mourir&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il pénétra dans son logement aux dimensions standards&nbsp;: cinq mètres sur cinq pour une personne seule. Maintenant que son appartement bougeait, il comprenait mieux cette obligation de respecter des tailles communes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Une icône s’afficha sur son écran rétinien&nbsp;: un voisin souhaitait se présenter. Voilà un reste du 21e siècle dont il se serait bien passé. Marcus n’osa pas faire le mort, d’autant que l’importun connaissait son statut, sa position. Il activa l’ouverture de la porte&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">«&nbsp;Bonjour&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le bonjour était arrivé dans son implant alors que la porte était encore fermée. Très pénible pour Marcus. Il patienta et quand la porte eut fini de coulisser :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bonjour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’homme qui lui faisait face lui inspira un sentiment mitigé. Il était beau, assurément, mais ses yeux ne dégageaient rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– J’ai vu que nous étions voisins, et je pensais qu’on aurait pu apprendre à se connaitre, lança-t-il avec un regard aguicheur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marcus se reprocha de laisser autant de traces dans le net, dans la ville. Il devait y avoir moyen d’être homo sans se faire emmerder jusque chez soi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– D’où vous êtes mon voisin&nbsp;? Mes trois voisins, je les connais et…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Non, mais avec la rotation. Je viens d’arriver.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Fatigue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Écoutez, je ne suis pas d’humeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’homme afficha un dépit théâtral, se reprit et blâma Marcus pour son insensibilité sous un angle qu’il imaginait porteur&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Vous savez que la solitude est très mal vue à Paaaris. Et avec ces nouvelles rotations, allez savoir où je serai demain. Nous n&#8217;avons pas de temps à perdre. Et ça fait partie de votre devoir de citaaadin de contribuer à l’amélioration des conditions de vies de vos concitoyens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce discours, récité un œil sur son interlocuteur, un autre sur son prompteur rétinien acheva de convaincre Marcus&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Vous êtes envoyé par la ville&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Non, non, je…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Alors, allez mourir. J’ai pas besoin qu’un tas de briques, de pierre et de mortier décide pour moi qui je dois voir ni quand. Je vous aurais bien mis un petit coup rapide pour atténuer votre solitude, mais pas sur commande, pas comme ça. Remballez et caltez&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le mélange novlangue argot perturba l’homme, mais le visage de Marcus, ses intentions lui parurent claires, aussi recula-t-il en affichant son air le plus désapprobateur. Marcus claqua la porte et attendit que son rétécran lui signifie sa punition&nbsp;: «&nbsp;Votre contribution à la ville a encore baissé. Vos points vont bientôt passer en négatif. Voici les actions que Paaaris vous propose pour vous réhabiliter&nbsp;: rencontre d’amateurs de vin, soirées gays au dépôt, déménagement, restaurant table d’hôte ou rollerblade. Bien sûr, vous êtes libres de suggérer d’autres activités&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il aurait bien agoni cette machine diabolique. Combien d’eurocrédits aurait-il engloutis dans cet éclat de colère inutile&nbsp;? Tout ça pour finir muet ce soir. Il se promettait depuis si longtemps d’inventer son propre langage, ses propres insultes. Mais chaque fois qu’il s’y mettait son implant l’abreuvait de publicités et ses maigres réserves ne suffisaient pas à le désactiver.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ok, je me casse, je sors.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En marchant dans la ville, en étant confronté à tous les panneaux publicitaires, il regagnerait des points de <em>blocking</em> et pourrait peut-être lire trente minutes sans être interrompu. Lorsqu’il émergea de son immeuble, il regarda autour de lui, dédaignant le taxi et le drone qui patientaient. Où se trouvait-il&nbsp;? Son immeuble avait encore changé de place pendant son bref passage chez lui. Cela devenait intenable. Il commença à marcher, sans but. Il se sentait parasite dans cette ville en mouvement. Pour réorganiser les artères, rues, boulevards, les passants, les voitures gênaient. Des algorithmes complexes, des altérations subtiles obligeaient les piétons à emprunter des chemins, des côtés de trottoirs mais plus ils étaient nombreux, plus la ville devait imposer de contraintes, produire des efforts nouveaux. Et la ville, comme le reste du monde, n’aimait pas les efforts. Alors elle paraissait se venger de ses habitants, des plus retors en tous cas. Marcus n’en avait cure&nbsp;et en payait le prix&nbsp;: il se baladait au petit bonheur la chance, tombait sur une place inconnue, ne la retrouverait jamais parce qu’il refusait de noter les coordonnées GPS internes des lieux qu&#8217;il rencontrait, sauf contraint et forcé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Alors qu’il passait devant un café bondé, il observa la terrasse débordant de jeunes, reliquat d’une époque révolue. Marcus les voyait, exhubérants, riants et pourtant il n’entendait rien. Le bruit n’existait plus à Paaaris, les riverains qui avaient tué petit à petit les centres villes avaient dû battre en retraite. La ville filtrait les nuisances sonores, les absorbait ou les reroutait. Quel spectacle que ce film muet&nbsp;! Il continua sa marche, sans prêter attention à tous les messages publicitaires affichés par son implant, dès qu’il passait à proximité d’une devanture d’un magasin.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il avait prévu de tourner à droite Place des Victoires, s’il la trouvait. De fait, heureux comme un enfant qui partage un secret dont il est le seul dépositaire, il tomba sur la Place des Victoires mais ne put y pénétrer. Un nuage de pollution clignotait et son implant ne le laissa pas entrer dans la zone.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Profondément lassé par la vie dans la ville, par ce qu’il considérait comme une ingérence permanente, il prit une décision&nbsp;: partir. Ne plus accepter l’inacceptable, ne plus permettre à des rouages, du silicone et des transistors de décider de sa vie. Tant pis, lui, le citadin par excellence, il partirait. Et il raconterait, il lutterait, à distance contre la tyrannie urbaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sa résolution arrêtée, il fit demi-tour, mais Paaaris avait déjà modifié sa physionomie. Il passa devant un piéton qui lui parut faire un malaise. Sa nature le poussa à lui porter assistance, mais la ville ne l’entendait pas ainsi&nbsp;: trop de personnes sans connaissances médicales agissaient sans précaution causant plus de dommages qu’autre chose. Lorsque Paaaris détectait un malaise, et elle les détectait tous, drones et robots médicaux intervenaient dans l’instant, empêchant les badauds de prêter secours. Une frustration de plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ville maudite, pensa Marcus alors qu’il cherchait le chemin du retour. Droite, gauche, gauche, droite, Marcus ne progressait pas d’un iota et il songea que la ville se réinventait plus rapidement que jamais. De guerre lasse, il accepta que son implant GPS le guida. Sans succès, car la voix refusait de l&#8217;orienter. Il crut à une panne, rarissime. Il testa d’autres fonctionnalités, tout semblait normal. Au fil des deux heures de déambulation qui suivirent, l&#8217;angoisse le gagna, par vagues successives, lentes et presque douces mais comme la marée, inarrêtables.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il voulut acheter à boire dans un magasin, mais là aussi, on lui interdit l’accès, et dans le bar d&#8217;après également. Personne ne lui demandait de sortir, trop malpoli non, simplement son implant ne lui permettait pas de franchir les portes. Eut-il réussi à passer outre les défenses que son implant lui eut vrillé le cerveau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Maintenant sincèrement paniqué, il continua à errer, des heures durant, retombant sur des rues qu’il avait déjà arpentées deux, trois ou quatre fois ce jour-là. Après douze heures à marcher, sans but, sans comprendre ce qui lui arrivait, ni pourquoi, et alors que le jour pointait, il s’écroula. Il gisait sur un trottoir, attendant les urgences. Il comprit tardivement que le drone funèbre emplissant son champ de vision lui était destiné.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous avez aimé cette nouvelle noire, découvrez les autres </strong><a href="https://www.valerybonneau.com/romans/nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir"><strong>Nouvelles Noires pour se Rire du Désespoir</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo: Irina Jonsson</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/paaaris-sera-toujours-paaaris">Paaaris sera toujours Paaaris</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/paaaris-sera-toujours-paaaris/feed</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Bleu et brillant comme la peur</title>
		<link>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/bleu-et-brillant-comme-la-peur</link>
					<comments>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/bleu-et-brillant-comme-la-peur#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Valery]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Mar 2021 09:32:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Nouvelles Noires]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.valerybonneau.com/?p=4911</guid>

					<description><![CDATA[<p>Je vous avoue qu&#8217;en ce moment, je ne suis pas certain d&#8217;avoir envie de lire des histoires comme &#8220;Bleu et brillant comme la peur&#8221;. Et pourtant, peut-être en avons-nous besoin. Peut-être&#8230;  La version audio est disponible sur Soundcloud mais aussi sur Spotify, Deezer, iTunes ou Youtube, Rendez-vous le 22 avril pour la suite. Je regarde [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/bleu-et-brillant-comme-la-peur">Bleu et brillant comme la peur</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><img decoding="async" class="alignnone size-full wp-image-4916" src="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/03/NouvellesNoires-S06E08-Bleu-Brillant-bandeau.jpg" alt="NouvellesNoires-S06E08-Bleu-Brillant-bandeau" width="1600" height="300" srcset="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/03/NouvellesNoires-S06E08-Bleu-Brillant-bandeau.jpg 1600w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/03/NouvellesNoires-S06E08-Bleu-Brillant-bandeau-300x56.jpg 300w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/03/NouvellesNoires-S06E08-Bleu-Brillant-bandeau-630x118.jpg 630w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/03/NouvellesNoires-S06E08-Bleu-Brillant-bandeau-768x144.jpg 768w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/03/NouvellesNoires-S06E08-Bleu-Brillant-bandeau-1536x288.jpg 1536w" sizes="(max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /></p>
<p><em>Je vous avoue qu&#8217;en ce moment, je ne suis pas certain d&#8217;avoir envie de lire des histoires comme &#8220;Bleu et brillant comme la peur&#8221;. Et pourtant, peut-être en avons-nous besoin. Peut-être&#8230; </em></p>
<p><em>La version audio est disponible sur <a href="https://soundcloud.com/valerybonneau/25-bleu-et-brillant-comme-la-peur" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundcloud</a> mais aussi sur <a href="https://open.spotify.com/show/0pVvyYSU7XcpRmNoxqEB71?si=eyE0RFlmTNypBPpjLRPpCw" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>, <a href="https://www.deezer.com/fr/show/468872" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer, </a><a href="https://podcasts.apple.com/us/podcast/livre-audio-nouvelles-noires/id1477714079" target="_blank" rel="noopener noreferrer">iTunes</a> ou <a href="https://www.youtube.com/playlist?list=PLXPQXfPyKD9QRxTa3pYPiBCw42_oh0038" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Youtube</a>,</em></p>
<p><em style="font-size: inherit;">Rendez-vous le 22 avril pour la suite.</em></p>


<hr class="wp-block-separator"/>



<p class="wp-block-paragraph">Je regarde le ciel par la fenêtre et la pureté de son bleu me glace le sang. Il fait beau et j’en tremble.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Shadan&nbsp;, va chercher ta sœur à l’école, il va être l’heure.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je souhaiterais acquiescer&nbsp;«&nbsp;Oui, maman&nbsp;» et courir rejoindre ma petite sœur que j’aime tant. Et je songe à cet azur immaculé.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Il fait si beau, maman&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ma voix vacille, falsette. Je voudrais réclamer le droit d’asile, imposer mon droit à la tranquillité. La honte me retient de me répandre dans ma peur. Et maman, qui peut-être n’ose pas se représenter le danger qu’il y a à me laisser quitter ce refuge, persiste&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Si tu ne pars pas maintenant, tu vas rater la sortie. Tu sais bien que je n’aime pas que ta sœur rentre toute seule. Et ne traine pas sur la route !</p>



<p class="wp-block-paragraph">À quoi bon une injonction à me dépêcher. Si j&#8217;entends prendre mon temps pour sortir, une fois dehors, je vais me presser, courir. Ma mère réitère son ordre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Vaincu, incapable d’affronter le poids du courroux maternel, je préfère miser sur la clémence du ciel bleu. Le danger est là, probable, mais incertain.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je jette un dernier œil, inquiet. Toujours ce ciel si menaçant. Je me décide et quitte la maison d&#8217;un bond. Je cours, songe aux risques, accélère. J’en oublie de regarder devant moi, je cogne sur une pierre et tombe, la tête la première, sans me protéger de la main. Je roule. Le gravier griffe ma joue, le sable s’infiltre, la douleur m’ancre au sol. Je voudrais pleurer, me recroqueviller mais je me retrouve sur le dos, face à l&#8217;immensité azur. Je me relève, paniqué, trottine, le visage ensanglanté.</p>



<p class="wp-block-paragraph">J&#8217;atteins le village, je longe un mur, me pose&nbsp;: le ciel est toujours bleu, mais je l’aperçois moins. Je ne suis pas protégé, juste un peu moins en danger. L’ombre, fugace, me trahit, me rejette en pleine lumière. Droite ou gauche, je mets un moment à me souvenir. Gauche. Courir, plus vite. Et tandis que je m’active, me forçant à ignorer le risque, je songe au retour. Ma petite sœur ne sait pas courir, elle trébuche tout le temps. Il faudra marcher. J’aimerais la prendre dans mes bras, mais je ne suis pas encore assez fort. Tous les jours, je me muscle en faisant des pompes, je m’entraine à sprinter, à couvert, pour gagner quelques secondes sur chaque trajet. Mais ce ne sera pas encore aujourd’hui, aujourd’hui la marche s&#8217;étirera, infinie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et j’en veux à ma mère de nous imposer ce périple quotidien&nbsp;! La classe de ma sœur va bientôt fermer, comme la mienne il y a une semaine. Plus personne n’envoie ses enfants à l&#8217;école. Mais maman a tranché&nbsp;: «&nbsp;L’instruction avant tout, je ne veux pas d’ignares, d’incultes comme votre père&nbsp;». Et dans un regret, les yeux embués, elle avait ajouté&nbsp;: «&nbsp;Si seulement je pouvais vous apprendre tout ça à la maison, si seulement&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">J’atteins l’école sans m’en rendre compte. Juste à temps. Je m’essuie le visage. Ma soeur sort avec quelques enfants, cherche du regard son petit frère, elle m&#8217;aperçoit, son visage rayonnant me réchauffe le cœur. Voilà un soleil sans danger. Elle court vers moi, trébuche, rit, se relève et se jette dans mes bras. Le temps de cette rencontre, les autres parents ont ramassé leurs proches et se ruent chez eux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Allez, Neha, on se dépêche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle me considère&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Pourquoi tu saignes&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je suis tombé. Rien de grave. Viens.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle saisit ma main, confiante. Son petit frère est venu la chercher, à treize ans, je suis son protecteur, une armée à moi tout seul. Il ne peut rien lui arriver.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Nous reprenons la marche, j’accélère mais elle rate un pas sur deux. J’en suis quitte pour piétiner à son rythme. Et stresser au mien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le ciel menace de son azur. Zig, zag, nous atteignons enfin la dernière ligne droite. Notre maison est un peu éloignée du village. Cela nous oblige à parcourir sept cents mètres à découvert, sans un abri.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La libération se rapproche, la survie est en vue mais tandis qu&#8217;elle se montre, nous demeurons les plus vulnérables. Un supplice. Perdu dans mes pensées, c’est Neha qui remarque&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– C’est quoi ce bruit, Shadan&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un bruit&nbsp;? Oui, un bourdonnement. Je lève la tête, balaye le ciel, m’arrête pour observer. Tout va trop vite, je ne repère rien, reprends la marche. Le vrombissement se précise. Il vient vers nous. Et je les vois, ils sont deux, ils foncent vers nous. <em>Cours Neha, cours&nbsp;!</em> Je tire ma petite sœur, elle tombe. Le sifflement, d’abord discret devient assourdissant, les objets grossissent, menaçants, mortels.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Neha pleure, ne comprend pas. Pourtant je lui ai expliqué déjà, tout le monde lui a expliqué. Mais comment peut-elle accepter à cinq ans que le ciel bleu représente un danger.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– S’il te plait, lève-toi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est trop tard. Je lance un dernier regard à notre foyer. Maman est sur le perron, elle a entendu, elle a vu, elle se rue vers nous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi&nbsp;? Elle mourra en même temps que nous. Elle éructe, elle court, elle jette des pommes de terre. Quelle folie&nbsp;! Ils trônent entre la maison et nous. La maison qui nous nargue à cent mètres de là. Je couvre Neha de mon corps&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ne bouge pas Neha, ne bouge pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Maman hurle&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– J’arrive, j’arrive&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle tombe, lance une dernière pomme de terre dans un réflexe. Et les drones fusent, je vois les mitrailleuses pointées sur nous, comme dans un rêve. Avec une acuité surprenante. C’est fini. Le premier drone me frôle, sans tirer. J’aperçois le second, qui infléchit sa course, oblique vers maman. Peut-être vont-ils considérer qu’elle les a attaqués&nbsp;? À coup de pommes de terre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cinq, dix, quinze détonations.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un vacarme assourdissant, la poussière prend possession de ma mère dans le vent, le bruit et la fureur. Nous nous relevons pour courir en hurlant&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Maman, maman !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Les deux drones assassins s&#8217;élèvent, abandonnent le lieu de leur crime, foncent indifférents vers la ville.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La poussière se dissipe peu à peu, maman git sur le dos. Elle rit. Elle rit de se savoir en vie, de nous voir en bonne santé. Elle rit, et le rire devient dément, fou, malade jusqu’à ce qu’il se transforme en pleurs. Nous nous couchons contre elle, puis, tous les trois sur le dos, dans les bras de notre mère, nous observons le ciel&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ce n’est pas encore aujourd’hui que les Américains nous tueront les enfants.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais demain, maman&nbsp;? je demande avec inquiétude.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Je sens son visage se détendre&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Demain, nous ne risquons rien, il ne fera pas beau.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Cette nouvelle est dédiée aux enfants Pakistanais tués par les Américains au cours de frappes de drones (entre 172 et 207 décès officiels, vraisemblablement plus), la plupart sous le règne du prix Nobel de la paix 2009.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous avez aimé cette nouvelle noire, découvrez les autres </strong><a href="https://www.valerybonneau.com/romans/nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir"><strong>Nouvelles Noires pour se Rire du Désespoir</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph">Crédit photo: Kamchatka</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/bleu-et-brillant-comme-la-peur">Bleu et brillant comme la peur</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/bleu-et-brillant-comme-la-peur/feed</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le peintre de souvenirs</title>
		<link>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/peintre-de-souvenirs</link>
					<comments>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/peintre-de-souvenirs#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Valery]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 28 Feb 2021 10:30:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Nouvelles Noires]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.valerybonneau.com/?p=4817</guid>

					<description><![CDATA[<p>  Le peintre de souvenirs, la 97e nouvelle noire pour se rire du désespoir est en ligne.  La version audio est disponible sur Soundcloud mais aussi sur Spotify, Deezer, iTunes ou Youtube, Rendez-vous le 22 mars pour la suite. Louis considéra le tableau. Non décidément, cette toile ne ressemblait à rien. Il se détourna pour [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/peintre-de-souvenirs">Le peintre de souvenirs</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p> </p>
<p><em>Le peintre de souvenirs, la 97e nouvelle noire pour se rire du désespoir est en ligne. </em></p>
<p><em>La version audio est disponible sur <a href="https://soundcloud.com/valerybonneau/24-le-peintre-de-souvenirs" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundcloud</a> mais aussi sur <a href="https://open.spotify.com/show/0pVvyYSU7XcpRmNoxqEB71?si=eyE0RFlmTNypBPpjLRPpCw" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>, <a href="https://www.deezer.com/fr/show/468872" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer, </a><a href="https://podcasts.apple.com/us/podcast/livre-audio-nouvelles-noires/id1477714079" target="_blank" rel="noopener noreferrer">iTunes</a> ou <a href="https://www.youtube.com/playlist?list=PLXPQXfPyKD9QRxTa3pYPiBCw42_oh0038" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Youtube</a>,</em></p>
<p><em style="font-size: inherit;">Rendez-vous le 22 mars pour la suite.</em></p>


<hr class="wp-block-separator"/>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="1600" height="300" src="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/02/NouvellesNoires-S06E07-Le-peintre-de-souvenirs-Bandeau-min.jpg" alt="" class="wp-image-4818" srcset="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/02/NouvellesNoires-S06E07-Le-peintre-de-souvenirs-Bandeau-min.jpg 1600w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/02/NouvellesNoires-S06E07-Le-peintre-de-souvenirs-Bandeau-min-300x56.jpg 300w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/02/NouvellesNoires-S06E07-Le-peintre-de-souvenirs-Bandeau-min-630x118.jpg 630w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/02/NouvellesNoires-S06E07-Le-peintre-de-souvenirs-Bandeau-min-768x144.jpg 768w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/02/NouvellesNoires-S06E07-Le-peintre-de-souvenirs-Bandeau-min-1536x288.jpg 1536w" sizes="(max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Louis considéra le tableau. Non décidément, cette toile ne ressemblait à rien. Il se détourna pour regarder le peintre. Celui-ci pavoisait, certain que son œuvre emporterait l’adhésion. Ce qu’il devina dans les yeux de Louis le contraria.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Vous n’êtes pas satisfait&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Louis sans jeter un œil à la peinture sortit son portefeuille&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Nous avions dit cinq mille euros en cas…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et il laissa trainer les mots avant de planter son regard dans celui de l’artiste&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– d’échec. Et cinq cent mille, si vous réussissiez.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il tendit dix billets de cinq cents euros. Le premier mouvement du peintre fut de jeter ses outils à la figure de cet outrecuidant. Il prit la toile à témoin&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Enfin regardez, ces couleurs, ces subtilités, la richesse de…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Louis l’interrompit&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Vous savez très bien que l’enjeu n’est pas là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il resta longtemps à considérer le tableau, y cherchant un signe, les larmes lui montant aux yeux.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– C’est un échec mais je ne vous blâme pas. Vous n’êtes pas le premier, vous savez. Pas le premier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette remarque humilia l’artiste en le ravalant au même rang que les autres, tous les autres. Mais il n’était pas un artiste comme les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Vous ne savez pas qui je suis&nbsp;! Vous me prenez pour un de ces tâcherons auxquels vous avez fait appel mais je suis un artiste moi, un créateur et…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et vous avez échoué comme les autres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il n’y avait aucun reproche dans cette phrase, uniquement de la tristesse. Une tristesse dévorante, épuisante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je vous demanderai de sortir maintenant, s’il vous plait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le peintre outré d’être congédié après avoir été insulté, partit sans prendre l’argent dans un geste qu’il espérait suffisamment visible. Louis, perdu dans ses souffrances, n’y prêta pas attention.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il resta figé un long moment, et lorsqu’il revint à la réalité, il se dirigea vers le tableau. Il le prit et l’apporta dans une pièce du sous-sol de sa grande maison. Des centaines de tableaux s’y entreposaient, et le fixaient. Il ferma les yeux. S’il ne pouvait supporter tous ces regards, tous ces échecs, il devait constater l’ampleur de son fiasco, la densité de son malheur et l’utopie de sa quête.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Pourtant, je ne peux pas abandonner. </em>Et il imaginait les défaites à venir tandis que les larmes lui mangeaient le visage.</p>



<p class="wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bonjour madame, Louis Demetrios.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bonjour, répondit la peintre, Cécile De Gavrillac.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Louis avait toujours pensé, sans raison peut-être, qu’une femme serait plus à même de réaliser son rêve. Pas toutes les femmes bien sûr, mais certaines avaient plus de sensibilité, ou disons une sensibilité différente. Enfin parfois. Enfin, il ne savait plus trop. Sur les trois cent quatre-vingt-deux tableaux attendant la mort dans l’entresol, une centaine étaient la création de femmes. Aucun n’approchait un tant soit peu du but.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais cette femme-là inspirait Louis. En lui serrant la main, il ressentit une émotion qu’il croyait perdue pour lui. Oui, elle serait peut-être la bonne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– L’agence vous a indiqué les grandes lignes.</p>



<p class="wp-block-paragraph">La femme acquiesça et compléta&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Les grandes lignes que je connaissais car vous êtes devenu une célébrité parmi les peintres.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Louis parut sincèrement surpris. Surement car il avait cessé de s’intéresser au monde extérieur, de s’y projeter.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cécile le pressentant conclut d’elle-même&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Un prix de cinq cent mille euros, ça ne court pas les rues dans la peinture. Et même si tous ne se vantent pas d’avoir échoué, ils sont un certain nombre à clamer qu’ils triompheront avant d’arriver chez vous.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et vous&nbsp;? Vous avez clamé&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">En prononçant sa phrase, une évidence le frappa&nbsp;: il pourrait tomber amoureux de cette femme. Surement. Enfin peut-être. Et peut-être qu’elle l’insupporterait dans trente minutes. Que l’idée l’effleura le surprit plus que l’idée en lui-même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Non, j’ai trop d’égo pour cela.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais vous êtes là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je suis là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Pour l’argent&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle pencha un peu la tête sur la droite&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je ne refuserais pas l’argent mais si vous êtes devenu une telle légende, ce n’est pas tant pour le prix que l’apparente impossibilité du défi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au mot d’impossibilité Louis blêmit, tout son sang reflua&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Impossibilité, répéta-t-il, perdu.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cécile consciente de sa bévue chercha la meilleure sortie, n’en trouva pas, décida de continuer comme si de rien n’était.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Alors, je connais le principe mais pouvez-vous me réexpliquer avec vos mots ce que vous attendez de moi&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et de fait, qu’attendait-il d’elle&nbsp;? Vraiment&nbsp;? Un tableau. Un portrait. Des portraits il en possédait trois cent quatre-vingt-deux. Non, ce qu’il espérait n’avait rien à voir&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je voudrais que vous me peigniez un souvenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cécile attendit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Un souvenir bien précis. Le seul souvenir d’un être cher.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avec le temps, il avait appris à contrôler sa respiration, pour ne pas fondre en larmes chaque fois qu’il l’évoquait. D’abord il prononçait les mêmes mots, dans le même ordre. Leur charge émotionnelle, si elle ne s’était pas atténuée avec le temps, restait connue, maitrisable. Ensuite, il avait passé de nombreuses heures à méditer, à la recherche d’un rythme de respiration adéquat. Enfin, il ne regardait jamais son interlocuteur, pour ne pas céder à l’émotion qu’il pourrait y lire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cécile, soit que ses collègues lui eurent expliqué, soit qu’elle sentit que le commanditaire devait aller au bout de son discours tout seul, l’observait avec patience.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je voudrais que vous peigniez mon père, penché sur moi. J’ai cinq ans, je viens de tomber du frigo, je me suis fait très mal et je vais partir à l’hôpital. Mon père vient de me trouver et, et il y a tellement d’amour dans son regard. À ce moment-là, mon père est plus inquiet qu’il ne l’a jamais été mais il a compris que son angoisse ne m’aiderait pas, que j’avais besoin de son amour alors il me regarde avec amour et je suis rassuré, et je crois que tout ira bien et lorsque l’ambulance arrive, il me porte et m’emmène et je revois le visage de mon père, souriant, souriant de tant d’anxiété, d’angoisse et d’amour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ici, il marque une pause, car il sait qu’il ne pourra pas aller au bout sans respirer profondément. Il a quarante-sept ans, il a, de son point de vue, vécu sa vie, et chaque fois qu’il a raconté ce moment, il sait que jamais il ne rencontrera la paix tant qu’il ne retrouvera pas le regard de son père.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ensuite, lorsque j‘ouvre les yeux à l’hôpital, je découvre le visage déchiré de douleur de ma mère qui s’écroule littéralement sur moi. Je mets longtemps à comprendre qu’elle ne pleure pas sur moi mais sur mon père. Mon père qui était dans la voiture qui suivait l’ambulance. Mes parents surement perturbés par ce qui m’était arrivé, conduisant trop vite pour suivre l’ambulance, se sont encastrés dans un feu rouge, à une époque où les voitures ne disposaient pas d’airbag. J’ai mis longtemps à comprendre que ma mère pleurait la mort de mon père. J’ai mis encore plus longtemps à réaliser que tous les souvenirs de mon père avaient disparu. Qu’il ne me restait que le fantôme de ce dernier regard que mon père posa sur moi. Je sais qu’il est là, mais je ne le trouve pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il interrompit son monologue, comme toujours depuis qu’il avait réglé cette scène, il détournait le regard pour contempler le jardin. Un jardin aussi luxuriant que sa mémoire était sèche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cécile, contaminée par l’émotion, laissa passer quelques instants avant de s’enquérir&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Vous avez bien une photo de votre père&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle connaissait la réponse bien sûr, mais se devait de demander.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ma mère a tout brulé le soir même dans un moment de folie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Contre votre père&nbsp;? Pour s’être tué en quelque sorte&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Louis fit volte-face&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Non, je ne crois pas non.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Il doit bien rester des photos, les frères, sœurs, oncle et tante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mon père n’aimait pas poser.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais tout de même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et Cécile se surprenait, elle connaissait déjà la réponse à toutes ses questions, sauf à songer que tous les peintres avant elle avaient menti. Tandis qu’elle écoutait Louis, elle ne pouvait s’empêcher d’espérer une autre fin. Un peu comme lorsqu’on lit un bon livre historique. Pas pour elle, le défi l’attirait trop. Pour lui, car elle ne s’attendait pas à une tristesse aussi dévorante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Il reste une photo, une seule. Et je veux retrouver le regard qu’il posa sur moi ce jour-là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle retourna la photo que lui tendait Louis, cet homme qui cherchait le regard de son père depuis si longtemps, le regard qu’un père pose sur son enfant. La boule d’excitation et d’angoisse qui se forma dans son ventre l’empêcha de prononcer l’évidence qu’elle connaissait déjà&nbsp;: «&nbsp;Il est aveugle&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous avez aimé cette nouvelle noire, découvrez les autres </strong><a href="https://www.valerybonneau.com/romans/nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir"><strong>Nouvelles Noires pour se Rire du Désespoir</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Crédit photo: <a href="https://www.istockphoto.com/fr/portfolio/ig0rzh" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ig0rZh</a></em></p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/peintre-de-souvenirs">Le peintre de souvenirs</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/peintre-de-souvenirs/feed</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Foste et Lucifière</title>
		<link>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/foste-lucifiere</link>
					<comments>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/foste-lucifiere#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Valery]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Jan 2021 10:59:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Nouvelles Noires]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.valerybonneau.com/?p=4719</guid>

					<description><![CDATA[<p>Foste voudrait vendre son âme mais personne n&#8217;en veut. C&#8217;est vexant. Heureusement arrive Lucifière qui pourrait acheter mais, il faut la  convaincre. Foste et Lucifière, la 96e nouvelle noire pour se rire du désespoir est en ligne.  La version audio est disponible sur Soundcloud mais aussi sur Spotify, Deezer, iTunes ou Youtube, Rendez-vous le 22 [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/foste-lucifiere">Foste et Lucifière</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Foste voudrait vendre son âme mais personne n&#8217;en veut. C&#8217;est vexant. Heureusement arrive Lucifière qui pourrait acheter mais, il faut la  convaincre.</em></p>
<p><em>Foste et Lucifière, la 96e nouvelle noire pour se rire du désespoir est en ligne. </em></p>
<p><em>La version audio est disponible sur <a href="https://soundcloud.com/valerybonneau/22-foste-et-lucifiere" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundcloud</a> mais aussi sur <a href="https://open.spotify.com/episode/65t1LNDYx8qjhU7TfWcRrk?si=ytI3jW0BRc-zzmF4kA-hoQ" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>, <a href="https://www.deezer.com/fr/show/468872" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer, </a><a href="https://podcasts.apple.com/us/podcast/livre-audio-nouvelles-noires/id1477714079" target="_blank" rel="noopener noreferrer">iTunes</a> ou <a href="https://www.youtube.com/watch?v=pie-KncWDls" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Youtube</a>,</em></p>
<p><em style="font-size: inherit;">Rendez-vous le 22 février pour la suite.</em></p>


<hr class="wp-block-separator"/>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="1600" height="300" src="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/01/NouvellesNoires-S06E06-Foste-et-Lucifiere-Bandeau-min.jpg" alt="" class="wp-image-4720" srcset="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/01/NouvellesNoires-S06E06-Foste-et-Lucifiere-Bandeau-min.jpg 1600w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/01/NouvellesNoires-S06E06-Foste-et-Lucifiere-Bandeau-min-300x56.jpg 300w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/01/NouvellesNoires-S06E06-Foste-et-Lucifiere-Bandeau-min-630x118.jpg 630w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/01/NouvellesNoires-S06E06-Foste-et-Lucifiere-Bandeau-min-768x144.jpg 768w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2021/01/NouvellesNoires-S06E06-Foste-et-Lucifiere-Bandeau-min-1536x288.jpg 1536w" sizes="(max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">– Je vends mon âme ! S’il vous plait, quelqu’un !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Foste errait dans les rues désolées de sa ville.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Âme à vendre, à votre bon cœur&nbsp;! Pour survivre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Personne ne prêtait attention à ce vieillard qui n’en était pas un. La fatigue, le stress, la malnutrition avaient eu raison de sa vigueur, et ses télomères affichaient un bon quatre-vingts printemps quand Foste venait de fêter ses quarante-cinq ans. Quarante-cinq ans tapis derrière ses rides, masqués par ses cheveux blancs.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mon âme, achetez mon âme&nbsp;!</p>



<p class="wp-block-paragraph">Son estomac criait famine, son cœur criait vengeance et son âme, si elle existait, chuchotait pour ne pas troubler le repos éternel auquel elle aspirait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Au croisement de la rue du Lac et du Boulevard de l’épée, Foste manqua de buter contre une femme. Une petite femme, boulotte sans être grosse. Foste s’apprêtait à la houspiller lorsqu’il rencontra son regard. Quelle bizarrerie est-ce là&nbsp;: un de ses yeux luisait de malice, d’intelligence et de tension, tandis que le deuxième paraissait provenir d’un bovin dégénéré. Le résultat s’avérait perturbant. Intrigant, pourtant, il se lança&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bonjour madame, je vends mon âme. Un bon geste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">L’œil droit, le facétieux, gagna encore en énergie, écrasant le gauche dont la lueur s&#8217;éteignait, aussi improbable que cela parût.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et qu’est-ce que j’en ferais de votre âme, mon cher Foste&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">La mention de son nom surprit doublement Foste. Depuis trois ans, personne ne l’appelait plus autrement que vieillard, poivrot, ordure ou machin, dans le meilleur des cas. Et d’où le connaissait-elle&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Te frappe pas, je suis rencardé sur tout le monde par ici.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et tandis que l’œil bovin semblait prendre le pas sur le vif, elle lâchait mollement&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Lucifière, négociante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Quelle drôle de nom, remarqua Foste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Vous n’avez pas à vous plaindre, rétorqua la petite femme rousse. <em>Non, blonde. Auburn&nbsp;? Châtain&nbsp;? Diable, impossible de définir sa couleur de cheveux.</em></p>



<p class="wp-block-paragraph">– Tu n’es pas venu jusqu’à moi pour me faire une couleur, alors détends toi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Saisi que la femme lut dans ses pensées, et un peu consterné par la platitude de ce qu&#8217;elles révélaient, Foste se redressa, presque fier.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Foste, pour vous servir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ils disent tous ça, et l&#8217;oeil bovin émit une lueur inquiétante.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais vous avez évoqué l&#8217;idée, enfin, que j’étais venu jusqu’à vous. Il me semble que c&#8217;est l&#8217;inverse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lucifière se recula, inspecta Foste, sourit&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– L&#8217;inverse ? Ça fait trois semaines que tu parcours la ville en braillant que tu vends ton âme, je débarque et tu fais l’étonné&nbsp;? C’est du mou de veau là-dedans&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle tapota le crâne de Foste et alors qu’il allait répondre, elle enchaina&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Sérieux, fais un effort. Je te demande pas de compléter la théorie de la relativité générale, juste de relier deux points. Pas trois, parce que trois, ça fait pas mal de possibilités, mais deux, normalement, même avec un cigare qui tourne au ralenti, ça doit être jouable.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Étourdi par autant de paroles, Foste titubait, vaporeux. Pour reprendre l’ascendant, il tenta un affirmatif&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bien sûr, vous voulez m’acheter mon âme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Sourcils arqués&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– T’as réussi à te vautrer avec deux points, faut le faire. Je veux rien t’acheter du tout moi, c’est toi qu’es vendeur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et vous&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Moi, je viens aux nouvelles, mais faut me convaincre. Si ton âme ressemble à ton ciboulot, ça sent l’arnaque. Et les arnaques moi, je les détecte à sept cercles de distance.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Foste tourna la tête dans tous les sens&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Sept cercles&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Laisse tomber. Monsieur veut écouler son âme. Pourquoi pas, mais es-tu bien rencardé sur les conditions&nbsp;? Je crains que tu nages dans l’ignorance, pour pas dire plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je ne connais effectivement pas tous les termes de ce genre de contrat mais j’ai bonne âme, alors, ça doit suffire.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Lucifière l&#8217;interrompit&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Tatata, c’est pas toi qui décides de la qualité de ton âme, c’est moi et…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Elle leva les yeux au ciel&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et l’autre glandue.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un coup de tonnerre éclata dans le ciel azur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– L’autre glandue susceptible.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Un bruit plus terrible encore&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Susceptible et pétomane.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Foste se recroquevilla :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais d’où vient ce fracas, ce n’est pas l’orage tout de même.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ah, je vois que je n’ai pas à faire au couteau le plus aiguisé du tiroir. Tu serais pas le petit dernier d’une longue famille de consanguin&nbsp;? Une sorte de Habsbourg&nbsp;? Genre Philippe 18.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– 18&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bah, quand tu mates la gueule de fin de race de Philippe 4, ça t’indique ton niveau.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Foste que la faim tenaillait toujours demanda, péremptoire&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais vous la prenez mon âme ou pas&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Attention au choix des mots garçon. Tu la donnes ou tu la vends.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je la vends, je la vends, corrigea Foste.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bon, alors pourquoi je l’achèterais&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Foste recula de surprise, la colère rougissant son teint&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Comment ça pourquoi&nbsp;? Mais, une âme enfin, une âme, ça n’a pas de prix.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Heureusement que si. Comment on ferait la transaction autrement&nbsp;? Tu le payes dans quelle monnaie le truc qu’a pas de prix&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ah, j’avais pas pensé à…</p>



<p class="wp-block-paragraph">– À grand-chose, je vois ça. C’est toujours pareil. Vous débaroulez avec votre âme sous le bras, ambiance roi soleil qui vient négocier à la table des vaincus. Mais mon petit vieux, je sais plus quoi en foutre moi de votre camelote. Avec le taux de chômage, la misère galopante, ça fait bien longtemps que les pauvres ont tout revendu. Alors des âmes, c’est pas ça qui manque.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oui, enfin, quand même&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais tu crois que ça se stocke sous le cul d’une gargouille&nbsp;? Les arrivages, c’est fois cinq depuis dix ans. C’est le bordel. Du coup, on est plus sélectif. C’est la loi du marché.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Blessé énervé étourdi, Foste voulut reprendre la main&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais je vous parle d’une marchandise de première main.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Alors comment t’as échoué là et avec cette gueule de grabataire&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Sacrifice&nbsp;! C’était mon deuxième prénom. Je me sacrifiais tout le temps, pour tout le monde. À la longue, ça use.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– M’en parle pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bref, il me semble que selon vos critères&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">– T’occupes pas de mes critères.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Certes, reste que mon âme est blanche et pure, et masculine qui plus est.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ah&nbsp;! les femmes pour toi, c’est, c’est moins bien&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Foste, oubliant le sexe apparent de son interlocutrice&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Moins bien, je ne sais pas mais ce sont les hommes qui dirigent l&#8217;univers.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Des hommes comme toi tu veux dire, ironisa Lucifière.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Voilà, voilà, comme moi, se gargarisa Foste insensible à la raillerie.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais alors du coup, la clodo là-bas&nbsp;? Tu la vois&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Foste considéra le tas de haillons dont une main pourvue d&#8217;un petit gobelet dépassait.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oui, oui, je la vois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Son âme vaut rien selon toi&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Pas rien, mais moins que la mienne.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Donc sa vie vaut pas grand-chose non plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Foste qui n’avait jamais réfléchi à la chose hésita avant de conclure&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Certainement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le toisant, Lucifière conclut</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et vu que ta vie, au poids de l&#8217;or, elle pèse pas lourd, la sienne, c&#8217;est carrément du vent. Limite, elle gêne, elle prend le pain des autres âmes si j’ose dire, non&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oui, oui, absolument.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Alors, il te reste à…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le tonnerre retentit une fois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– À… enfin, je n’ajoute rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– En plein jour&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Tu crois vraiment que j’ai pas le pouvoir de régler les conséquences d’une bisbille de ce genre&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et Lucifière se recula, ayant clos sa partie de la conversation. Foste, toujours entourbilloné, hésita, regarda à droite, à gauche, personne. Cette salope, cette vieille harpie l’empêchait de pouvoir vendre son âme au bon prix&nbsp;! Mais il pouvait agir, il avait la main sur son destin. Pour une fois, une seule, il serait maitre de son avenir.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il saisit une pierre, se dirigea vers la femme, allongée, et lui fracassa le crâne. Quand sa besogne fut terminée, il retourna vers Lucifière&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ça y est, je vous ai fait de la place. Une âme de moins.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– C’est pas possible d’être aussi con. Non, je te jure, c’est presque trop facile.</p>



<p class="wp-block-paragraph">une sueur glacée glissa le long de la colonne vertébrale de Foste&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais, je, je ne comprends pas.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ça, je te confirme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– J’ai fait comme vous m’avez dit.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Houla, je t’ai rien dit moi.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oui, enfin&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Enfin, tu viens de buter quelqu’un et tu reviens me voir «&nbsp;une âme de moins&nbsp;». Ben non abruti, une âme de plus. Ça fait encore moins de place chez moi. Surtout qu’elle avait un casier plutôt sévère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Admettons, mais moi, mon âme, vous me l’achetez&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Avant, pourquoi pas. Contrairement à ce que tu baratines, t’avais pas le cursus de mère Thérésa – encore qu’il y aurait beaucoup à dire sur cette raclure de bidet. T’as un peu volé, beaucoup menti, pas mal méprisé, arnaqué et j&#8217;en passe. Mais le truc avec le tôlier&#8230;</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et elle releva les yeux au ciel d’une mimique théâtrale&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– C’est qu’autant il vous met votre race quand vous arpentez sa planète, autant au moment de l’addition, il a tendance à reglisser une petite poire, faire péter une ristourne. Enfin bref, même si vous avez bien merdé et que vous passez pas sous la toise, il laisse la porte entrebâillée. Du coup, avant, ton âme elle m’intéressait parce que l’autre l’aurait prise.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Et maintenant&nbsp;? demanda Foste dont tous les pores clairvoyants exsudaient une sueur aigre.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Ben, là tu viens de buter quelqu’un, tu crois pas que la grosse barbue va t’accueillir à bras ouverts&nbsp;? Elle est coulante, mais y a pas marqué Bouddha.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais alors&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et Foste paraissait plus vieux, plus fatigué comme si sa question contenait la réponse.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Alors t’as tout compris, ton âme, tu peux plus me la vendre, puisqu’elle m’appartient déjà. Tu viens de me la donner. Pour rien. Parce que t’es trop con.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous avez aimé cette nouvelle noire, découvrez les autres </strong><a href="https://www.valerybonneau.com/romans/nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir"><strong>Nouvelles Noires pour se Rire du Désespoir</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Crédit photo: <a href="https://www.istockphoto.com/fr/portfolio/ig0rzh" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Ig0rZh</a></em></p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/foste-lucifiere">Foste et Lucifière</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/foste-lucifiere/feed</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Urbano et Gustavo</title>
		<link>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/urbano-gustavo</link>
					<comments>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/urbano-gustavo#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Valery]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 22 Dec 2020 09:52:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Nouvelles Noires]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.valerybonneau.com/?p=4685</guid>

					<description><![CDATA[<p>Urbano, vieil homme rongé par la solitude, va retrouver Gustavo, son seul ami sur les hauteurs de Lisbonne. Urbano et Gustavo, la 95e nouvelle noire pour se rire du désespoir est en ligne.  La version audio est disponible sur Soundcloud mais aussi sur Spotify, Deezer, iTunes ou Youtube, Rendez-vous le 22 janvier pour la suite. [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/urbano-gustavo">Urbano et Gustavo</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Urbano, vieil homme rongé par la solitude, va retrouver Gustavo, son seul ami sur les hauteurs de Lisbonne.</em></p>
<p><em>Urbano et Gustavo, la 95e nouvelle noire pour se rire du désespoir est en ligne. </em></p>
<p><em>La version audio est disponible sur <a href="https://soundcloud.com/valerybonneau/20-urbano-et-gustavo" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Soundcloud</a> mais aussi sur <a href="https://open.spotify.com/episode/0N0SalFhkWE3DS5vsaq3O4" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Spotify</a>, <a href="https://www.deezer.com/fr/show/468872" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Deezer, </a><a href="https://podcasts.apple.com/us/podcast/livre-audio-nouvelles-noires/id1477714079" target="_blank" rel="noopener noreferrer">iTunes</a> ou <a href="https://youtu.be/3ZHr8xvAbG0" target="_blank" rel="noopener noreferrer">Youtube</a>,</em></p>
<p><em style="font-size: inherit;">Rendez-vous le 22 janvier pour la suite.</em></p>


<hr class="wp-block-separator"/>



<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" width="1600" height="300" src="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2020/12/NouvellesNoires-S06E05-Urbano-Gustavo-Bandeau-min.jpg" alt="" class="wp-image-4690" srcset="https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2020/12/NouvellesNoires-S06E05-Urbano-Gustavo-Bandeau-min.jpg 1600w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2020/12/NouvellesNoires-S06E05-Urbano-Gustavo-Bandeau-min-300x56.jpg 300w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2020/12/NouvellesNoires-S06E05-Urbano-Gustavo-Bandeau-min-630x118.jpg 630w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2020/12/NouvellesNoires-S06E05-Urbano-Gustavo-Bandeau-min-768x144.jpg 768w, https://www.valerybonneau.com/wp-content/uploads/2020/12/NouvellesNoires-S06E05-Urbano-Gustavo-Bandeau-min-1536x288.jpg 1536w" sizes="(max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /></figure>



<p class="wp-block-paragraph">Urbano, figé devant sa petite maison de l’Alfama, observait le ciel. Il y cherchait un nuage annonciateur du désastre mais ne rencontra que l’azur le plus pur. Il habitait dans le bas du quartier, près du Tage qu&#8217;il embrassa du regard. L&#8217;eau le reposait, le rassurait. Pourtant, il devait lui tourner le dos pour entamer son périple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il commença à gravir la petite rue du Regueira. Aux deux tiers, à l’instar des touristes, il bifurqua pour emprunter le beco Cruzes. Lui qui n&#8217;avait jamais quitté Lisbonne ne prenait pas la mesure de l&#8217;unicité des beco. Une artère qui menait sur une autre rue ou au fond d’un cul-de-sac&nbsp;: la flânerie institutionnalisée. Mais depuis cinquante-huit qu’il arpentait cette ville, si les beco gardaient leur charme, ils avaient perdu leur mystère.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il remonta celui de Santa Helena, passage obligé, mais là encore, au lieu de suivre la rue São Tomé, il emprunta le beco do Maldonado et atteignit l&#8217;échoppe de Massimo. Il entra et commanda un galão, comme toujours.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Massimo lui apporta son café au lait dans un grand verre&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Bonjour Urbano. Quelle surprise&nbsp;! Nous ne sommes pas mardi pourtant ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Tous les mardis, Urbano s&#8217;arrêtait boire un galão. À la même heure. Depuis que Massimo tenait le <em>Cunha café</em>, il n&#8217;avait jamais vu ni croisé la silhouette voutée du vieil homme un autre jour.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Tu vas à la messe ou quoi ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Cette remarque dénotait l’Apulien, car aucun Lisboète n’ignorait que pour assister à un office à Lisbonne, il n&#8217;y avait que l&#8217;embarras du choix parmi les cinquante-sept églises.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Non non.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Massimo n&#8217;insista pas. Urbano était connu pour sa discrétion que certains prenaient pour de la froideur. Massimo, tout étranger qu&#8217;il fut, y avait reconnu la griffe de la solitude. Urbano paya et dit au revoir. Il n’ajouta pas «&nbsp;À mardi&nbsp;!&nbsp;».</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il emprunta la calçada do Menino Deus, continua à grimper car à Lisbonne, on finit toujours par grimper. Cristiano, le marchand de souvenirs, l’aperçut et l&#8217;interpella :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Hey&nbsp;! Urbano, tu vas voir Gustavo ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Urbano regarda Cristiano, presque surpris. Pourtant, chaque fois qu&#8217;il rendait visite à son ami, si Cristiano se trouvait dehors, il lançait un jovial :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Alors, tu vas voir Gustavo ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Auquel il répondait invariablement :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Oui, Cristiano, j&#8217;ai rendez-vous avec Gustavo, comme tous les mardis.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En ce dimanche d’octobre, cet échange lui paraissait anachronique.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le marchand continua :</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mais… tu es sûr qu&#8217;il sera là ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Urbano considéra Cristiano, parut lui reprocher d&#8217;avoir identifié si simplement, si naturellement la faille de son programme. Gustavo et Urbano se retrouvaient le mardi, pas le dimanche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je crois qu&#8217;il sera là, répondit pourtant Urbano. Oui, je le crois.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Alors tout va bien. Passe-lui le bonjour, lança-il chaleureusement.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je n&#8217;y manquerai pas. Au revoir, Cristiano.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Au revoir, Urbano.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il reprit son ascension, se demandant si tous les commerçants allaient l&#8217;arrêter sur son passage. Il ne voulait pas arriver en retard, car à défaut du jour, il avait respecté l&#8217;heure : cinq heures, l&#8217;heure habituelle de leur rencontre. Certes pas le moment le plus chaud en automne, mais qui se soucie de l&#8217;automne à Lisbonne. Cela restait une heure agréable, lorsque le soleil après avoir écrasé la ville de sa chaleur relâchait ses efforts pour matraquer l&#8217;océan atlantique de sa vigueur.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il tourna encore à droite, puis à gauche, enfin, avant d&#8217;attaquer la dernière montée, il s&#8217;arrêta pour saluer Maria. Mardi ou dimanche, il n&#8217;imaginait pas d&#8217;aller voir Gustavo sans saluer Maria, sans chercher sur les traits énergiques de cette femme le souvenir douloureux de sa fille. Le panneau «&nbsp;congés annuels&nbsp;» doucha ses espoirs et le renvoya à sa triste réalité.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il continua son chemin, chargé de regrets. Il monta la dernière artère, bordée d&#8217;échoppes touristiques vantant les produits locaux du Portugal et de Lisbonne, tous importés de Chine, des objets qui lorsqu&#8217;ils n&#8217;étaient pas hideux, restaient repoussants de par leur similarité. Dans une ville où pas une rue ne ressemblait à une autre, quel affront.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Parvenu à destination, il montra ses papiers à Lídia, la dame de l&#8217;accueil, paya le droit d&#8217;entrée. Sur l&#8217;esplanade du Castelo de São Jorge, il jeta un coup d’œil panoramique sur Lisbonne, s&#8217;arrêta sur le pont du 25 avril qui survolait ce Tage majestueux. Sa vie avait si peu en commun avec cette ville.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il suivit la foule pour pénétrer dans l’enceinte du château. L&#8217;appréhension lui rongeait les sangs. L&#8217;aspect chimérique de sa démarche le frappait douloureusement. Son ami ne serait pas là. Urbano resterait seul, comme toujours.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la cour, il chercha son banc, leur banc. Vide. Bien sûr. Il vérifia sa montre. Cinq heures moins dix. Il se dirigea vers le banc abandonné et s&#8217;y assit péniblement. Il demeura là un moment, songeur. Il regardait les touristes se succéder. Hommes, femmes, vieux, jeunes, en costume ou en bermuda et tongs, Gustavo et lui en avaient tellement vu défiler qu&#8217;ils finissaient par se confondre, se diluer. Ils n&#8217;y prêtaient pas attention les mardis, mais aujourd&#8217;hui qu&#8217;il attendait nerveusement son ami, il ne pouvait s&#8217;empêcher de les observer.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Pourquoi Gustavo serait-il venu ce dimanche alors qu’ils se rencontraient le mardi depuis huit ans&nbsp;? Le ridicule de son espoir le tenaillait. Son optimisme était grotesque mais il ne pouvait pas y renoncer. Car après tout, il n&#8217;avait rien à perdre et ce serait ce dimanche ou… ou rien.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ils n&#8217;avaient presque jamais raté un mardi en huit ans. Depuis cette première rencontre au Castelo de São Jorge. Urbano, il s&#8217;en souvenait, y était monté pour oublier, non, surmonter le décès de sa femme. Il avait déambulé dans la ville et comme à Lisbonne, on finit toujours sur une colline, il avait atterri sur celle de l&#8217;Alfama. Perdu au milieu d’une foule cosmopolite et joyeusement bruyante, il s&#8217;était assis sur un banc, au milieu de la cour. Et il avait attendu&#8230; un signe ou la mort. Plusieurs minutes ou plusieurs heures plus tard, il n&#8217;aurait su dire, il avait rencontré Gustavo.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il est toujours compliqué d&#8217;expliquer pourquoi certaines amitiés mettent des années à se construire, à se révéler tandis que d&#8217;autres prennent vie instantanément. Lorsqu&#8217;Urbano le vit aussi perdu que lui, il sourit et, sans raison, se décala pour laisser une place. Gustavo s&#8217;approcha et leur amitié fut.</p>



<p class="wp-block-paragraph">En se quittant, Urbano avait conclu «&nbsp;À mardi prochain alors&nbsp;!» et en le disant, il avait pris conscience de l&#8217;importance du mardi prochain. Il savait, avec une certitude douloureuse qu&#8217;il ne supporterait pas de passer un mardi de plus sans un ami, sans son ami. Le mardi suivant, entre angoisse et espoir, il se présentait à dix-sept heures, pas avant, car il ne voulait pas montrer sa dépendance, au risque d’effrayer son nouveau compagnon. Urbano observa ce balai de touristes qui allait devenir si habituel pour lui et, tournant la tête, aperçut Gustavo, sur le banc.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qu&#8217;il ressentit à ce moment-là, il n&#8217;en parla jamais à qui que ce soit. Il n&#8217;avait ni les mots pour le décrire ni les personnes à qui le confesser. Sa solitude, déjà prononcée naturellement, atteignait l’absolu depuis la mort de sa femme.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais son ami était là, tout comme le mardi suivant et le suivant encore. Et toujours en partant Urbano lançait «&nbsp;À mardi prochain alors&nbsp;» et toujours il vivait sa semaine dans une appréhension qui aussi douloureuse fut-elle lui donnait un but. Il avait rendez-vous. Quelqu’un l’attendait. Cette rencontre valait toute l’animation du monde à ses yeux. Il comprenait parfois que c’était bien peu, mais pour lui qui ne voulait plus rien depuis le suicide de Felicia, c’était beaucoup. Qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige, ils se retrouvaient le mardi. Seules <em>les tempêtes du mardi</em> comme Urbano les appelait avaient interrompu, ponctuellement, ces rencontres. Aux premières périodes estivales, il avait craint que son ami ne parte en vacances. Il n’avait pas osé lui demander de peur de paraitre impoli et par crainte de la réponse. Pourtant le fidèle Gustavo honorait chaque rendez-vous, semaine après semaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mais aujourd’hui, pourquoi serait-il là&nbsp;? Il aurait dû le prévenir. Oui, peut-être.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Quelques minutes passèrent, quelques minutes de trop et vers dix-sept heures dix, il se rendit à l’évidence&nbsp;: Gustavo ne viendrait pas. Il attendrait encore bien sûr, mais sans espoir. «&nbsp;J’ai perdu mon seul ami&nbsp;», pensa Urbano. Et d’une certaine façon, c’était vrai. S’il ne le rencontrait pas aujourd’hui… Son visage, qui présentait toujours une expression de dignité neutre, se déforma, ravagé par la tristesse. Urbano semblait avoir oublié qu’il se trouvait dans un lieu public, ses rides se creusaient, ses yeux s’embuèrent, ses épaules s’affaissèrent et alors qu’il allait partir, vaincu, il découvrit Gustavo. À sa place, toujours aussi discret.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Gustavo, tu es venu !</p>



<p class="wp-block-paragraph">Et la tristesse, si prégnante la seconde précédente, s’envola et Urbano rayonna de joie, pendant quelques secondes, jusqu’à ce qu’il se souvienne de la raison de sa présence un dimanche.</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Mon ami, je vais partir. C’est… c’est ma dernière visite.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il interpréta l’attitude de Gustavo comme une invitation à se livrer&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je… je suis malade. Condamné. Oh ne t’inquiète pas, non, je ne peux pas t’en dire plus, je… je ne veux pas me faire soigner, je veux mourir dignement si c’est possible et sans acharnement alors je rentre demain matin à l&#8217;hôpital et, si tout se passe comme prévu, je n’en sortirai plus.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Il regarda son ami, grimaça un sourire&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Je ne sais pas ce qui est le plus triste. De partir ou d’avoir si peu de raison de rester. À part toi, oui bien sûr, à part toi&nbsp;! Justement, à part toi…</p>



<p class="wp-block-paragraph">Urbano et Gustavo prolongèrent la rencontre plus longtemps qu’à l’accoutumée. Si l’on ne prolonge pas une dernière rencontre, quelle est la valeur des précédentes&nbsp;?</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Merci, Gustavo, merci d’être là.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Des larmes discrètes, ténues, coulaient sur le visage du vieil homme. Lui qui refluait les larmes de douleurs depuis des jours libéra ces pleurs d’émotion et de joie.</p>



<p class="has-text-align-center wp-block-paragraph">***</p>



<p class="wp-block-paragraph">Marie Lange et Valéry déambulaient dans le château Saint-Georges, aux anges. La ville, le lieu leur touchaient le cœur. Mais pas tant que ce vieux monsieur voûté sur son banc dont le sourire perdu au milieu de ses larmes les arrêta tous les deux. Ils ne dirent rien pendant quelques instants puis, presque d’une voix&nbsp;:</p>



<p class="wp-block-paragraph">– Tu as vu, je crois qu’il parlait au pigeon.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Si vous avez aimé cette nouvelle noire, découvrez les autres </strong><a href="https://www.valerybonneau.com/romans/nouvelles-noires-pour-se-rire-du-desespoir"><strong>Nouvelles Noires pour se Rire du Désespoir</strong></a></p>



<p class="wp-block-paragraph"><em>Crédit photo: <a href="https://www.istockphoto.com/fr/portfolio/seanpavonephoto" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Sean Pavone Photo</a></em></p>
<p>L’article <a href="https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/urbano-gustavo">Urbano et Gustavo</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.valerybonneau.com">Valéry Bonneau, écrivain</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.valerybonneau.com/nouvelles-noires/urbano-gustavo/feed</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
