Veuillez prouver que vous n’êtes pas un robot

TrueTwitt

Lorsque vous suivez une personne sur twitter, vous recevez parfois, quelques secondes plus tard, un message (DM) vous demandant de cliquer sur un lien, genre TrueTweet pour prouver que vous n’êtes pas un robot, un spammeur ou autre. 

TrueTwitt

C’est bien pratique. Pour celui qui demande la confirmation. Parce que pour celui qui doit s’enregistrer, c’est très pénible. Vous arrivez sur un site dont le design vous fera rendre votre petit-déjeuner, site qui ressemble d’ailleurs vachement à un site de spammeur. Ensuite, vous devez rentrer une captcha. Vous savez ces petites lettres écrites en blanc clair sur blanc foncé par un alcoolique analphabète en plein delirum tremens. Ce qui vous demandera généralement plusieurs tentatives*. Et quand vous aurez, péniblement, terminé, il restera un petit arrière-gout : « pourquoi m’oblige-t-on à prouver que je ne suis pas un robot » ?

On peut aussi vérifier et bloquer, à la main, les profils suspicieux. Même si vous avez beaucoup de nouveaux followers, ce n’est pas si compliqué : les gens qui vous proposent de gagner des fortunes, les filles nues qui veulent passer la nuit avec vous parce que vous êtes tellement beau, les profils mal remplis, ceux qui vous proposent d’acheter des milliers de followers pour 5$ sont des spammeurs. Bref, cela prend très peu de temps. Mais c’est vrai que c’est votre temps, pas celui de l’autre.

Avec un lien « prouvez que vous êtes humain », le message, réel, que vous envoyez est : « mon confort est plus important que le votre ».

Si c’est le message que vous souhaitez envoyer, alors continuez. Si vous êtes une marque, qui prétend que ses clients sont au centre de sa stratégie blablabla, vous venez de commettre votre premier faux pas.

* les robots savent très bien repérer ces lettres. Les humains beaucoup moins. C’est amusant non ?

Les robots | mon prochain livre

Robot
Je suis joie. Je viens de finir la première ébauche de mon prochain livre. Le sujet ? Pas le marketing. Non. Ce sera un livre sur les robots.

Les robots ?

Oui, les robots et nous. Ça fait des années que je prends la tête à plein de gens dès que le sujet des robots arrive sur la table (ou le bar). Et plus particulièrement les robots humanoïdes. Alors j’en ai fait un livre sur lequel je bosse depuis un an. Toutes les semaines, j’ajoute un robot. Maintenant je vais partir en quête d’un éditeur. Si je trouve, tant mieux, sinon je le publierai tout seul comme un grand à la rentrée prochaine.
Je ne vous dévoile pas encore le parti pris du livre, faut en garder un peu pour la suite. Mais l’approche est la même que pour « Le marketing (sans s’emmerder) » : de la vulgarisation sans prise de tête. Avec un positionnement nettement plus grand public parce que les robots nous concernent tous. Mais toujours le même ton. Rendez-vous dans quelques mois.

Alors là, le slide est un peu vieux mais…

Slide vieux
Et c’est vrai monsieur, le graphique que vous me montrez en ce début de 2015 date de 2007. Si c’est pour parler de la manière dont les romains de l’antiquité mangeaient leur burger, bon, finalement la recherche fondamentale sur le sujet n’a peut-être pas tant évolué que ça (encore que ça reste à prouver). Dans à peu près tous les autres domaines, vos chiffres de 2007 pour me parler de la réalité de 2015 sont aussi utiles que l’était une carte du monde de 1938 en 1943.
Slide vieux
S’il est admis que rien n’a changé depuis 10 ans, vous n’avez vraisemblablement pas besoin de le préciser. Si vous le faites, si vous dites que « votre slide est un peu vieux », c’est que vous savez que vous auriez dû le changer. Mais vous n’avez pas pris le temps de le mettre à jour. Et ce que j’entends c’est « vous n’êtes pas quelqu’un de très important » ou « je n’attache pas beaucoup d’attention à ce que je vous présente » et forcément, je me pose des questions sur le reste. Mais vous allez insister « Ah non, vous êtes vraiment important pour nous ». Si je vous crois, je pourrais vous répondre : pourtant vous n’avez pas pris le temps de mettre à jour vos slides. Êtes-vous toujours aussi négligent ?
Nous passons tellement de temps à essayer de faire bonne impression, de convaincre, que c’est tout de même un petit peu dommage de toute gâcher pour un « slide un peu vieux mais ».
Ps: je précise qu’il m’est arrivé de venir avec « des slides un peu vieux ». N’ayant jamais trouvé aucune raison valable d’avoir des « slides un peu vieux mais », je ne le fais plus.

 * et de la plupart des industries

Un service écologique à base de voitures ?

Ecologie

Lors d’un cours de marketing, le cas étudié était un service de covoiturage célèbre. Au moment de qualifier ce service, le terme « écologique » est arrivé sur le tapis. C’est un service écologique.  Vous pouvez chercher sur le net, vous trouverez que partout les services de covoiturages sont qualifiés d’écologiques.

J’ai demandé si cela choquait quelqu’un et, unanimement, non, cela ne choquait personne. Et de fait, c’est à peu près accepté : le covoiturage est écologique. Vous même qui lisez ces lignes le pensez peut-être.

Ecologique, vraiment ? On parle de gens qui se déplacent dans des voitures qui roulent au pétrole. Les mots ont un sens et lorsque le sens du mot dérange, le réflexe, dans le marketing et ailleurs, est de le gommer, de réécrire un peu la réalité. On va chercher à faire disparaître les dissonances cognitives. La vérité, c’est qu’un service de covoiturage n’est pas écologique, il est moins polluant.

Considérer qu’un service de covoiturage est écologique, c’est comme se dire végétarien parce qu’on commande un petit steak au lieu d’une maxi côte de bœuf.

Je ne sais rien, mais dans plein de domaines

Savoir Connaissance

Cette petite phrase me tourne dans la tête depuis des années. « Je ne sais rien mais dans plein de domaines ». Des années que je me dis que cette phrase me caractérise bien. Et pourtant j’ai continué à me définir en utilisant les mots du métier ou des métiers que j’ai pu exercer. J’ai continué à afficher un savoir, une connaissance. Non mais vous comprenez dans mon métier, mes métiers, je ne peux pas me présenter comme « ne sachant rien mais dans plein de domaines ».

Je suis, entre autre, formateur. QUI va embaucher un formateur qui ne sait rien, même dans plein de domaines ? Les écoles, les entreprises veulent des gens qui savent tout, dans un domaine. Sauf que ça n’existe pas. Plus on creuse un sujet, plus on en cherche à en délimiter les contours, plus on s’éloigne d’une connaissance finie. Sur le référencement par exemple, vous n’avez pas idée, ou vous avez peut-être idée, du nombre de personnes colossalement sachantes (sur la théorie et la pratique). Sur le marketing, en ligne ou en vers, pareil. Il y a toujours une, ou mille, ou cent mille personnes qui savent plus, mieux. Tant mieux, je pourrais continuer à apprendre de ces personnes pendant que je transmets à d’autre. Je ne sais rien mais dans plein de domaines et je le transmets avec une voix, la mienne.

Youtube et les aventuriers du bénéfice disparu

Youtube Generation

La nouvelle tourne, en boucle, est reprise sans presque aucune mise en garde. Ou alors en bas de page et en petit. Youtube ne gagne pas d’argent. Un milliard de visiteurs pour zéro euros de bénéfice.

Tous les sites en ont parlé. Pensez-donc, cela vient du WSJ (Wall Street Journal, qu’on prononce WSJ pour bien montrer que nous, on sait, on fait partie des initiés). Et tout le monde y va de son commentaire : pourquoi, pour qui. Ce sont plusieurs centaines, voire milliers d’articles écrits pour reprendre le message.

J’ai pour ma part noté cette phrase:

Rappelons que Google ne fournit pas de données financières pour sa filiale rachetée 1,6 milliard de dollars en 2006.

Et je me demande bien sur quel chiffre nos amis commentent. Parce que rien n’est plus simple que de faire disparaître un bénéfice. Il suffirait, par exemple, que google facture très cher ses services à Youtube pour qu’artificiellement Youtube ne fasse plus de bénéfice. En sommes, on pourrait se poser plein de questions, et peut-être aboutir à la conclusion que Youtube ne fait vraiment pas d’argent. Basée sur des  faits. Pas sur des assertions d’une entité qui est juge et partie.

Taper à coté du clou, mais de plus en plus fort

Conjecture Marteau

Nous avons parfois, souvent, l’impression que les autres fonctionnent comme nous. Dès lors, une seule solution : leur apporter notre niveau de connaissances. Ainsi ils comprendront et agiront en conséquences. C’est à dire, comme nous.

Un bon exemple est la politique. Vous pouvez voir, de tous bords, des militants, partisans, hurler à la mort, crier, que tel homme ou femme politique est malhonnête. Étaler toutes les preuves, les condamnations etc. Ils en parlent toute la journée, en tweetent, en facebookent, en boucle. A l’élection suivante, le ou la malhonnête est élu(e). Parfois au premier tour.

Alors que font nos militants ? Ils hurlent plus fort encore. L’observation tendrait pourtant à prouver ce fait, insupportable, mais indéniable :

L’honnêteté d’un homme ou d’une femme politique n’est pas un critère de choix pour la plupart des gens qui votent.

Ce qui vous est insupportable ne l’est visiblement pas pour tout le monde.

Alors si votre but est de montrer à quel point vous êtes vertueux, continuez à hurler, à frapper fort à côté du clou. Si votre but est de lutter contre le ou la malhonnête, cherchez où est le clou.

Qui servez-vous ?

Banlieue Chou Fleur

Je suis toujours estomaqué lorsque j’entends une personne utiliser « les quartiers ». Je ne parle pas des politiques qui ont inventé cette dénomination, non, je parle de nous.

Lorsque dans une discussion, sur un site, sur facebook, un quidam emploie « les quartiers » ou « les jeunes des quartiers », à quoi fait-il référence ? A qui ? Aux jeunes d’un des quatre quartiers du 16ième arrondissement de Paris ? La Muette, Porte Dauphine, Chaillot ou Auteuil ? Non. Cette expression fait partie de la novlangue, elle est là pour masquer la réalité. L’expression « Les quartiers » remplace les quartiers oubliés, les quartiers abandonnés, les quartiers ghettoïsés, les quartiers sacrifiés et tout autre équivalent.

Je refuse d’employer cette expression qui participe au travestissement de la réalité. Et lorsque vous serez tenté de l’utiliser, posez-vous cette question : qui je sers lorsque j’emploie quartiers pour designer une autre réalité ? Qui servez-vous ?

Dites quelque chose !

Seth Godin Wikimedia

J’ai régulièrement étalé ce que m’inspirait Seth Godin. J’apprécie particulièrement sa capacité à évoquer des idées complexes de manière simple.

Je le lis régulièrement et je tombe, aujourd’hui sur ce post : « say something« . Le jour où je me demande s’il ne vaudrait pas mieux se taire que parler, pour ne pas ajouter du bruit au bruit, voilà ce que Seth poste :

« … committing to having a point of view and scheduling a time and place to say something is almost certainly going to improve your thinking, your attitude and your trajectory.
A daily blog is one way to achieve this. Not spouting an opinion or retweeting the click of the day. Instead, outlining what you believe and explaining why ».

Ce qui en français nous donne, à peu de choses près :

« … s’engager à avoir un point de vue et planifier un lieu et un moment pour dire quelque chose va certainement améliorer votre manière de penser, votre attitude et votre trajectoire.

Un billet quotidien est un moyen d’y arriver. Ne pas déblatérer une opinion ou retweeter le lien du jour. Mais, esquisser ce que vous croyez et expliquer pourquoi ».

Et ça résonne dans ma tête. Qu’est-ce qui fait le plus de bruit ? RT le bruit du jour ou émettre une opinion. Répéter ou se forcer à avoir un avis. Le sien.

Bref, je continuerai à ne pas avoir d’avis sur plein de sujets et à ne pas le faire savoir, mais je vais suivre le conseil du Godin, et poster, ici, tous les jours. Un truc. Ce ne sera pas cent lignes, ce sera peut-être très court, peut-être très con, mais je vais me forcer à émettre un avis plus long que 140 caractères. Et comme je n’ai pas la prétention d’avoir la science infuse, ça s’appellera « Conjectures ». A demain.

Ps: certains pourront me faire remarquer que ce n’est pas MON avis mais celui de Seth Godin aujourd’hui et que donc je fais du bruit. Ils n’auront pas tort mais faut bien commencer quelque part.

Identifier ce qui changera ou ce qui ne changera pas ?

Comme souvent (toujours), les idées ou concepts les plus puissants sont les plus simples. Je ne suis pas un grand fan de Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon. Pas parce que je le trouve nul, non, le mec se pose là. Mais son traitement de l’humain me laisse sceptique et cette volonté d’hégémonie, de destruction de l’adversaire ne colle pas trop avec ma conception du monde.

Jeff BezosMais enfin, il a le mérite de poser le problème d’une manière intéressant, comme le rappelle l’ADN :
« Au lieu de vous demandez ce qui changera, définissez ce qui ne changera pas. Et investissez là-dessus ».

Et c’est vrai que dis comme ça, c’est pas con : tout casser autour d’un truc qui ne changera pas. Pour Amazon, c’était « les gens voudront toujours des prix bas et une livraison rapide ». Pour Uber, qui reprend à son compte cette logique, on obtient : « tout le monde voudra pouvoir voyager partout, à n’importe quel moment et à bas prix ».

Pas étonnant que les deux compagnies de retrouvent sur cet état d’esprit, vu qu’elles souhaitent toutes les deux écraser la concurrence, prendre le contrôle du monde etc.

Je ne pense pas qu’il faille appliquer cette technique aveuglement mais réfléchir différemment (« ce qui ne change pas, au lieu de ce qui change ») est toujours un bon exercice.