Un monde meilleur – Nouvelles noires pour se rire du désespoir – Volume 2

NouvellesNoires2_UnMondeMeilleur_1coverVignette20 nouvelles originales, surprenantes, amusantes ou inquiétantes. 20 nouvelles dans un monde à la Black Mirror

Résumé

Vous avez pensé à vous suicider trois fois aujourd’hui ? Condamné à mort !

Vous avez fait le bien autour de vous ? Votre espérance de vie s’allonge.

Vous voulez un enfant, alors il faut passer le permis.

Bienvenue dans un monde meilleur. Un monde où Facebook décide de ce que vous pouvez voir ou dire dans la vraie vie, un monde où le dernier attentat a fait un million de morts et pousse l’humanité à l’irréversible.

Découvrez 20 nouvelles noires qui dépeignent un monde pas si éloigné du nôtre. Entre humour et désespoir, suivez l’éclosion d’un monde meilleur.

Avis des lecteurs

J’ai adoré ! Ca me fait beaucoup penser à Black Mirror

Une merveille.

D’une grande sensibilité, très humain

C’est une de tes nouvelles où j’ai le plus rigolé. Merci…

Extraits

Quelques extraits, pour vous donner envie de découvrir les 20 nouvelles.


Patric ouvrit les yeux brusquement. Il était en retard. La luminosité était trop forte pour qu’il soit six heures trente du matin. Il regarda sa montre sur sa table de chevet. Huit heures moins le quart. Merde ! Il observa le réveil, le regarda méchamment, nota mentalement qu’un réveil ne pouvait s’émouvoir de la façon dont on le regardait, mais n’en continua pas moins. « Saleté de réveil » pensa-t-il. Saleté de putain de réveil !

Il aurait dû venir avec son réveil. Il n’aurait pas été obligé d’utiliser le réveil de sa fille. Ce machin luminofluorescent qui, au lieu d’émettre un bon vieux « dring », chantonne des airs d’oiseaux stupides sur fond de musique d’ascenseur à consonance pseudo orientale. Patric ne comprenait pas comment le régler. Il avait passé deux heures la veille à tenter de déchiffrer le fonctionnement de cette machine infernale. Sa fille lui avait juste indiqué « Tu verras, c’est super facile ». « Même pour toi ! » avait-elle ajouté dans un petit rire.

Résultat, il avait plus d’une heure de retard. Patric n’aimait pas se presser. Se presser le stressait et Patric n’aimait pas le stress. Il se posa sur le lit, respira lentement. Il était ridicule de se mettre dans un état pareil pour un stupide réveil. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher d’y jeter des petits coups d’œil. Il continuait à le regarder avec reproches. Un réveil, ça se remonte avec une petite clef, on donne une dizaine de tours, on déplace la petite aiguille sur la bonne heure, et on est réveillé par un bon vieux « dring ». Ça devrait être comme ça, un réveil.

« Je vais me faire un bon café, ça ira mieux ». Arrivé dans la cuisine, il repéra la machine, les filtres et la boite de café. Son sourire revint. Une machine à café classique. Il posa un filtre, versa quelques cuillérées de café, mit l’eau dans le réservoir. Il était en terrain connu.

Au moment d’appuyer sur le bouton pour déclencher l’écoulement d’eau, il constata que cette machine n’avait pas de bouton. Pas d’interrupteur. Mais il y avait un écran sur le côté.

– Bordel, mais c’est une blague. Même les cafetières ont des écrans maintenant ?


« Vous êtes trop bête pour avoir un enfant. Je n’y suis pour rien, les résultats sont formels ».

Ethan fixait la bulle holographique en face de lui, plus précisément le petit homme qui y trônait. Il savait par expérience qu’il ne gagnerait rien à s’énerver, à frapper la bulle ou à l’insulter. Aussi fut-il le premier navré lorsqu’il hurla :

– Vous vous foutez de ma gueule ! Non mais vous foutez de ma gueule. Trop bête pour avoir un enfant ? Ça veut dire quoi ? Que je ne saurais pas où mettre ma queue. C’est ça ? Je suis trop bête pour trouver le trou ?

– Monsieur, calmez-vous.

Ethan envoya un grand coup de poing dans la bulle. Cela fit, à peine, scintiller l’image et, tout de même, lever les yeux à l’employé.

– Vous pouvez y aller, je ne pense pas que cela vous aide à obtenir votre permis.

– Mon permis, mon permis, je t’en foutrais des permis, éructa Ethan en continuant à alterner droite, gauche et uppercut contre la représentation virtuelle du petit employé. Un petit employé de merde qui m’explique que je suis trop bête.

Le petit employé était bien conscient d’avoir une tête de petit employé. Tous les matins lorsqu’il se levait, il observait son visage et n’arrivait toujours pas à croire ce qu’il voyait. Comment pouvait-on avoir un physique aussi caricatural, aussi conforme à la position qu’on occupait dans la société ? Il avait tenté de s’en extraire. Mais quelles que soient les modifications, il continuait à ressembler à un petit employé. Lorsqu’il avait laissé pousser un bouc, porté des lunettes à la mode, ajouté une boucle d’oreille, il n’avait fait qu’ajouter le ridicule. Il avait abandonné et s’était conformé à ce qu’il était mais il en souffrait toujours autant. Alors voir ce type qui avait obtenu 29 sur 100 au test d’enfantement l’insulter le peinait et l’énervait.

– Monsieur, vous aggravez votre cas ! Je vais devoir faire un rapport et votre score va baisser.


Hidalgo allait changer de vie. Au sens propre. Et il n’en revenait pas. Du haut de ses 48 ans, ou plutôt du bas de ses 48 ans si l’on considérait son état mental, il n’avait jamais espéré pouvoir remodeler sa vie. Il en avait rêvé, il l’avait fantasmé oui, mais il était douloureusement conscient de l’impossibilité d’atteindre ce rêve. D’atteindre tous ses rêves. Alors il rêvait, mais sans agir. Il espérait. Il priait.

L’espoir et la prière n’ont jamais changé l’eau en vin, et la vie d’Hidalgo s’écoulait, tristement immuable. Sa vie n’était pas plus mauvaise qu’une autre, pour peu que l’on puisse comparer des vies. Mais la souffrance qu’il ressentait ne cessait de grandir. Avec le temps, l’espoir d’une nouvelle vie, un jour, peut-être, restait le seul bâton sur lequel il pouvait s’appuyer. L’espoir, ridicule, impensable, inaccessible d’un nouveau départ, le retenait de commettre l’irréparable. Il trainait sa carcasse, de jour en jour, d’année en année.

Il avait cherché le moment où sa vie avait commencé à se dégrader. Quel instant fatal avait-il traversé qui avait brisé son élan ? Car Hidalgo croyait fermement que la vie était une succession de choix et de non-choix et qu’à certains croisements, certaines décisions influaient sur le reste de la vie, sans espoir de retour. Comme si l’on perdait prise sur sa vie, passée cette étape critique.

Enfermé dans cette vision, Hidalgo espérait trouver LE moment qui avait détruit sa vie.

Techniquement, Hidalgo avait détruit sa vie à tenter d’identifier cet instant. Jour après jour, il avait fait le choix de continuer à éclairer son passé plutôt que son avenir. Un psychiatre en stage de première année aurait pu l’instuire sur son dilemme, sur l’insanité de sa position. Un pilier de bar en milieu de cuite l’aurait dessalé avec quelques mots durs, mais lucides. Sa femme, ses enfants n’avaient cessé de lui ouvrir les yeux. Hidalogo écoutait, essayait pendant quelques jours de se tourner vers le lendemain, de préparer un avenir et retombait sempiternellement dans ses vieux travers.

Jusqu’à ce qu’il se rende compte, enfin, qu’identifier ce moment ne changerait rien. À quoi bon identifier ce moment s’il ne pouvait influer dessus. Alors la tristesse avait laissé place à la dépression, et le suicide était devenu son compagnon journalier. Le chien noir lui susurrait « A quoi bon ? À quoi bon ? Le moment a existé, tu ne peux plus rien y faire. Tu as raté le coche. Tu as raté ta vie ». La bête lui parlait, il écoutait et il entendait. Le seul fil qui le retenait à la vie était cette idée, aussi absurde que stupide, qu’avec les progrès de la science, il pourrait peut-être, un jour, revenir au moment crucial. Et alors, rien ne serait trop tard. Tout redeviendrait possible.


Papier – 10€

Acheter sur Amazon

A propos de l’auteur

Roman, nouvelles, pièces, scénario ou encore ouvrage sur la technologie, je touche un peu à tout lorsque je n’ai pas les yeux fermés. Entre rire et larmes, je cherche l’histoire qui surprend, le personnage qui interpelle, la situation qui dérange, la formule qui claque, le dialogue qui percute.

PartagerTweet about this on TwitterShare on LinkedInShare on FacebookShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

La newsletter

Abonnez-vous et recevez des textes exclusifs, des nouvelles noires, des romans, des news. Une fois par mois en moyenne. Désinscription à tout moment.

Newsletter Valery Bonneau

Vous voilà abonné.e.