J‘éviterai ici la course à l’actu. Etre le millième à relayer une info sans y ajouter quoi que ce soit, ce n’est pas de l’info c’est du bruit. Mais une rapide rétrospective du crowfunding à la sauce kickstarter s’impose pour tenter de comprendre comment nous en sommes arrivés à financer une salade à 35 000 patates.

Crowdfunding

Crédit Photo https://www.flickr.com/photos/analogica/

Crédit Photo https://www.flickr.com/photos/analogica/

Une idée révolutionnaire qui a accouché d’une souris très vorace. Une personne a une idée géniale, utile, originale mais ne trouve pas de financement classique (comprenez « les banques ne prêtent qu’aux riches ») alors elle demande à la foule (crowd) de la financer (funding). Et c’est bien puisqu’alors la foule peut financer plein de projets géniaux pour la planète ou pour soi. Encore faut-il que le « porteur de projet » trouve la foule. C’est bien beau de brailler comme un putois pour lever cent mille balles, mais si personne ne vous entend vous récoltez juste de quoi vous payer un café. C’est là que les plateformes de crowdfunding sont arrivées. La promesse ? Faire se rencontrer projets et financeurs de projets. Sur le web ça veut dire créer du trafic, faire venir les gens sur votre page de projet, beaucoup de gens pour qu’une petite partie finance. En contre partie, les plateformes prennent une commission.

Kickstarter ?

Le roi incontesté du Crowdfunding. Kickstarter est né en 2009 et a permis de financer 65 000 projets pour un montant global de 1,5 milliards de dollars et 6,5 millions de contributeurs. Et dans tous les domaines; même si la technologie se taille la part du lion : Peeble la montre pour iphone et ipad (10 millions de dollars) – ne me demandez pas pourquoi, ça me donne envie de pleurer. Mais aussi jeux vidéos, musique, cinéma, écologie, il y en a pour tous les goûts mais pour des montants tout de même limités qui fleurtent souvent plus avec le microcrédit.

Pognon j’écris ton nom

Ce qui était une idée géniale donc a commencé à brasser tellement de pognon que forcément des investisseurs généreux ont investi en masse dans les kickstarter de tous les pays. Pas pour sponsoriser un projet hein mais pour prendre des parts dans les plateformes de crowdfunding. Et les généreux investisseurs aiment bien repartir avec des généreux pourcentages. La belle idée a commencé à ressembler à une entreprise classique : « dès qu’une entreprise doit des comptes, elle commence à faire les siens.« 

Le cas : Oculus Rift

Oculus Rift est un projet de masque immersif pour les jeux vidéos. Un retour de la réalité virtuelle.

Kicksarté le 1er septembre 2012 pour 2,5 millions de dollars alors qu’ils ne demandaient « que » 250 000 dollars. La vie est belle non ? Tout va bien, le crowdfunding c’est génial on vous dit.

Oui sauf que Oculus Rift est racheté en mars 2014 par Facebook pour 2 milliards de dollars. Vous avez bien lu. Je vous épargne les histoires de taux de changes mais en 18 mois, on est à fois 8. Et la question se pose « ceux qui ont donné de l’argent pour financer en septembre 2012, vont-il récupérer quoi que ce soit » ? Non. Car souvent le crowdfunding s’apparente à du mécénat. Vous donnez et en échange, vous êtes contents. Et après tout vous le saviez quand vous avez donné. Vous ne demandez pas votre pièce de deux euros à un clochard que vous croisez dans la rue en costard parce qu’il s’en sorti. Là c’est pareil. Surtout que si vous souhaitez investir, c’est possible, il y a d’autres sites qui vous donnent des parts dans l’entreprise. La vraie question serait plutôt, les créateurs d’Oculus ont-ils réinvesti plusieurs millions dans des projets sur Kicksarter. On peut parier que non (sur le site, Oculus n’a sponsorisé qu’un projet en 2014 qui a obtenu 11 000 dollars).

Quelle Salade

Oculus Rift pose une question : a-t-on envie d’aider ou de gagner ? Mais les gens qui ont investi dans Oculus Rift l’ont fait parce qu’ils avaient envie d’un casque pour tuer des zombies en réalité virtuelle, pas par altruisme. Ils auront leur casque, les mecs d’Oculus sont millionnaires, les investisseurs de kickstarter se frottent les mains car ça fait de la pub et Facebook a encore acheté un truc hors de prix. Tout va bien. Mais alors c’est quoi le problème ?

Kickstarter, et ses équivalents, avaient des règles très stricts pour accepter un projet. Au tout début il fallait une vidéo, plutôt classe, qui décrive le projet et un projet créatif s’il vous plait, qui contribue à aider la communauté (quoi que cela veuille dire). Mais Kickstarter prend 5% de l’argent qui est misée et plus de projets, ça veut aussi dire plus d’argent collectée. Donc les règles se sont assouplies, de mois en mois, jusqu’à laisser passer cette histoire de salade de patates. « Je fais une salade pomme de terre » et le mec a récolté 35 000$ (et ça continue de grimper). Il ne demandait que 10$ certes et a surement fait ça pour s’amuser mais le résultat est là, kickstarter va toucher un peu et surtout s’est fait une pub monumentale.

Et la réalité s’impose : ces plateformes ne sont plus là pour aider qui que ce soit mais pour prendre leur commission. Thierry Crouzet en parlait il y a quelques mois et ça ne s’est pas amélioré. L’évolution de blablacar qui verrouille son service, le rend moins simple pour en tirer plus d’argent est symptomatique.

Alors que faire ?

Peut-être arrêter de cracher à longueur de journée sur Wikipedia déjà. Ce n’est pas parfait, Wales n’est pas un ange et il faudrait rendre tout ça moins vertical mais le service est gratuit, sans publicité et la seule logique financière est d’assurer l’équilibre*.

On peut aussi éviter de filer 10 dollars à des projets visiblement bidons pour ne pas donner d’idées aux autres. Pour le reste, pas grand chose à faire sinon éviter les intermédiaires trop gourmands**  partout où c’est possible. Et espérer, espérer que nous deviendrons un peu plus curieux et un peu moins moutons en commençant par soi-même…

* Et devenir le maitre du monde mais il commence à y avoir la queue alors un de plus ou un de moins.

** De ce point de vue Kickstarter fait plutôt figure de bon élève puisqu’il ne prend « que » 5% ce qui pour un intermédiaire est relativement raisonnable.

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